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Espion empoisonné : la Russie ne réagit pas à l’ultimatum de Theresa May

La Première ministre britannique devrait annoncer mercredi une première série de mesures de rétorsion contre la Russie qu’elle juge «très probablement responsable» de l’attaque à l’agent innervant.

L’heure de l’ultimatum a sonné, mardi à minuit. Elle est passée et rien n’a bougé. Sans surprise, la Russie n’a pas obéi aux injonctions du gouvernement britannique et a refusé d’expliquer comment un ancien agent double russe et sa fille, Sergei et Yulia Sprikal, ont pu être contaminés le 4 mars dans la petite ville de la province anglaise de Salisbury par un agent innervant terriblement dangereux, le Novichok, fabriqué en Russie. Sergei et Yulia Skripal sont depuis hospitalisés dans un état «grave mais stable». Un policier reste hospitalisé et 35 personnes ont été examinées par mesure de précaution.

A Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov avait, dans la journée de mardi, catégoriquement refusé de collaborer à l’enquête, à moins que le Royaume-Uni ne lui transmette un échantillon de l’agent innervant pour «que nos experts l’analysent».

Mercredi matin, la Première ministre britannique Theresa May réunira donc une nouvelle fois son Conseil national de sécurité, qui rassemble ses principaux ministres et responsables des renseignements intérieurs et extérieurs. Puis, face à l’absence de réponse de la Russie, qu’elle a jugé «très probablement responsable» de la tentative d’empoisonnement, elle devra prendre une décision. Comment réagir ? Comment répondre à ce qui est, a souligné le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, «le premier usage d’un agent innervant sur le sol européen depuis la deuxième guerre mondiale» ?

D’autant que ça commence à faire beaucoup. Ces derniers temps, les Russes tombent comme des mouches au Royaume-Uni. Lundi soir, Nikolaï Glushkov, 68 ans, a été retrouvé sans vie à son domicile dans le quartier de New Malden, dans le sud-ouest de Londres. La police anti-terroriste a ouvert une enquête sur les «circonstances inexpliquées» de la mort de cet homme, «par mesure de précaution en raison des associations que cet homme semblait avoir». Nikolaï Glushkov qui fut, dans les années 1990, directeur de la compagnie aérienne russe Aeroflot, était aussi un proche de l’oligarque Boris Berezovsky. Ce dernier, ennemi juré du président russe Vladimir Poutine, est mort dans des circonstances troubles en 2013, toujours au Royaume-Uni. Il avait été retrouvé pendu dans une salle de bain. Sa mort n’avait pas été qualifiée de suicide mais, encore une fois, jugée «inexpliquée». Nikolaï Glushkov, qui avait fait cinq ans de prison en Russie pour blanchiment d’argent, était persuadé que Berezovsky avait été assassiné. En 2013, il avait affirmé au Guardian être «sûr que Boris a été tué. J’ai des informations différentes de ce qui est publié dans les médias».

Nikolaï Glushkov, qui était semble-t-il de santé fragile – il venait de subir une opération – est peut-être mort de causes naturelles mais la coïncidence, une semaine après la tentative d’assassinat contre Sergeï et Yulia Skripal, est suffisamment troublante pour être soulignée.

Boycott du mondial?

Dans un premier temps, Theresa May pourrait annoncer une série de sanctions sur le plan domestique : expulsion de plusieurs des cinquante-huit diplomates russes présents à Londres, gel d’avoirs russes et interdiction de voyager pour certains individus. La Première ministre a également évoqué une cyber-attaque ou la remise en cause de la licence d’exploitation au Royaume-Uni de certains médias russes, comme la chaîne de télévision Russia Today. Le boycott de la coupe du monde de football prévue cet été en Russie a même été évoqué.

Seulement voilà, rien ne laisse supposer que la Russie sera le moins du monde impressionnée par ces représailles. Toute la journée de mardi, l’ambassade russe à Londres a tweeté une série de menaces plus ou moins déguisées et parfois teintées d’une franche ironie. «L’ambassade a officiellement demandé des explications au Foreign Office sur les menaces de cyber-attaques entendues au Parlement et dans les médias. La Russie prend très au sérieux les attaques contre la cyber-sécurité», a-t-elle ainsi posté sur son fil, avant de prévenir que «ceux qui appellent à l’expulsion de diplomates russes se moquent de Global Britain et de ses diplomates à Moscou». Certains tweets étaient nettement plus menaçants comme celui prévenant que «toute menace de mesures « punitives » contre la Russie recevra une réponse. La partie britannique devrait être consciente de cela».

Pour avoir un impact quelconque sur la Russie, le Royaume-Uni, embarqué dans son rêve d’indépendance post-Brexit, a paradoxalement plus que jamais besoin d’alliés. La journée de mardi a été consacrée à un ballet de coups de téléphone pour rallier un maximum de soutien. Le président français Emmanuel Macron a été le premier à assurer Theresa May de la «solidarité absolue» de la France, suivi par la chancelière allemande Angela Merkel. Même le président américain Donald Trump, initialement plutôt tiède dans ses manifestations de soutien, a assuré que «les Etats-Unis sont à fond derrière le Royaume-Uni». Mais ces déclarations de solidarité seront-elles suivies d’actions concrètes ? Pourraient-elles préfigurer la «réponse globale» souhaitée par le Foreign Office ? Londres doit s’exprimer ce mercredi devant le Conseil de l’Atlantique nord, le principal organe de décision politique à l’OTAN.

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