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Déguerpissement illégal de Dikolo-Bali: Le Président Paul Biya prié de venir au secours des victimes

Dans une lettre, adressée au Président Paul Biya, dont nous vous déclinons ci-dessous l’intégralité du contenu, le collectif des victimes des déguerpis de Dikolo-Bali implore son implication pour pour que justice soit rendue aux victimes.

Objet: Déguerpissement illégal de Dikolo-Bali du 14 Mai 2022

Excellence Monsieur le Président,

« Hommage à la cité de Douala, symbole vivant du dynamisme de notre peuple et témoin privilégié de l’éveil du nationalisme camerounais. Puisse cette belle ville chargée d’histoire connaître un développement harmonieux à la dimension de son passé prestigieux et de son avenir prometteur ».

C’est par cet hommage vibrant et chaleureux que vous avez salué la ville de Douala le 21 septembre 1991 lorsque vous lui avez rendu une visite officielle au plus fort d’une période agitée de l’histoire du Cameroun plus connu sous le nom de « années de braise ». Ces mots puissants sont la preuve, s’il en fallait une, de l’attention, de l’affection et de l’admiration toute particulière que vous portez à cette ville et sa population. Ils nous disent également que vous aviez foi en son « avenir prometteur ». Nous voulons croire que ces sentiments sont restés intacts.

Excellence, Monsieur le Président, c’est le cœur lourd et chargé de peine et de douleur, que nous vous écrivons cette lettre ouverte, alors que redéfilent dans le miroir de nos mémoires les images insoutenables de l’injustice : le fracas et le vacarme de tracteurs détruisant des habitations ; la détresse et l’incompréhension des enfants et des jeunes, les larmes et les lamentations des femmes, des personnes âgées et des handicapées ; la tristesse, la colère et la rage impuissantes des hommes. Ces images sont celles des violentes casses et des déguerpissements illégaux dont ont été victimes les habitants de Dikolo-Bali au matin du 14 mai 2022. 

Les eaux du temps s’écoulent tellement vite.

Un an déjà que tout cela est arrivé. 

Un an que s’est produit ce coup de force illégal orchestré par des représentants de l’administration camerounaise.

Un an que nous portons au fond de nous les meurtrissures de cette injustice.

Un an que des familles qui vivaient dans la paix et l’harmonie sur leurs terres, ont été brutalement jetées dans la rue.

Un an que de nombreux enfants n’ont pas pu reprendre le chemin de l’école, du fait que certains parents y avaient aussi leurs activités lucratives et du jour au lendemain ont perdu toutes sources de revenus avec les conséquences évoquées.

Un an que l’horizon s’est assombri et s’est refermé pour de nombreux parents qui ont vu, en quelques heures, partir en poussières et gravats leur maison qui était pour certains l’œuvre d’une vie.

Nous savons que l’onde de choc et le tintamarre de cette actualité sur l’affaire de Dikolo-Bali sont arrivés jusqu’à vous. Des fonctionnaires véreux et des hommes d’affaires sans scrupules se sont entendus en tordant le cou aux lois de la République pour tenter de déposséder de leurs terres des familles paisibles, sous le prétexte d’ériger un hôtel 5 étoiles sur les lieux.

Excellence Monsieur le Président, il convient ici de rappeler toute la symbolique que représente Dikolo pour le peuple Duala en particulier, le peuple Sawa en général et pour la nation Camerounaise dans son ensemble.

Dikolo est un lieu chargé d’histoire, de l’histoire du Cameroun. Il est l’endroit où les Bonanjo et la famille royale Bell vont être cantonnés par l’administration coloniale allemande en place après avoir été expulsés du plateau Joss, afin de mettre sur pied le projet apartheid (séparation des noirs et des blancs) en violation totale du traité commercial germano-duala signé le 12 juillet 1884 qui stipulait :  « article. 3. – Les terrains cultivés par nous, et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants ».

 Le Roi du clan Bell, Rudolf Dualla Manga Bell s’oppose ainsi au projet d’expropriation, d’abord de façon légale, allant jusqu’au Parlement allemand plaider la cause de son peuple, avant de se résoudre à fédérer les autres communautés du Cameroun contre le colonisateur allemand. Il est arrêté en mai 1914, jugé et condamné en un seul jour à l’issue d’un procès inique, et pendu le 8 août 1914 à 17 heures avec son lieutenant Adolf Ngosso Din pour « haute trahison » en même temps que Martin Paul Samba et le Chef Madola. Dikolo sera donc le lieu de la dernière nuit du Roi Rudolf Dualla Manga Bell auprès des siens dont sa mère, son épouse, ses enfants, sa famille élargie, sa communauté la veille de son exécution.

Excellence, Monsieur le président, en 1985 vous avez élevé le martyr Rudolf Dualla Manga Bell au rang de héros national en reconnaissance de la justesse de son combat pour l’ensemble de l’intégrité nationale.

 Aujourd’hui, à la reconnaissance communautaire et nationale s’est jointe la reconnaissance internationale ; en effet le 7 octobre 2022 à Ulm en Allemagne ville ou Rudolf Dualla Manga Bell a étudié le droit à la fin du XIXème siècle, a été inaugurée pour la première fois une place à son nom, la Rudolf Dualla Manga Bell Platz. Le 2 décembre 2022 la ville de Berlin a emboîté le pas à la ville de Ulm et inaugurée à son tour, la Manga Bell Platz en lieu et place de la Natchigal platz du nom du colonisateur allemand Gustav Natchigal qui a hissé le drapeau allemand sur le plateau Joss, tout un symbole. Dikolo devenu le village refuge du clan Bell et de sa communauté après une première expropriation illégale, subira au matin du 14 mai 2022 à quelques jours de la fête nationale du 20 mai un deuxième déguerpissement illégal qui causera un énorme choc aux habitants de Dikolo, à l’ensemble de la communauté Sawa, à la nation camerounaise et à la diaspora camerounaise. Le peuple Sawa est attaché à sa terre, à son histoire et à sa culture ainsi qu’au développement de sa ville. Il a contribué à la construction de la nation camerounaise par des hommes et femmes d’exception qui ont marqué et marquent l’histoire. Ceux-ci se sont lever comme un seul homme par solidarité avec les déguerpis de Dikolo-bali afin de manifester leur colère, leur indignation et pour réclamer justice, ainsi que votre auguste arbitrage.

Excellence, Monsieur le Président, nous vous sommes donc infiniment reconnaissant d’avoir instruit la plus haute autorité de la région du Littoral à savoir le gouverneur qui a procédé le 28 mai 2022 à la suspension des travaux sur le site Dikolo, de même que par la décision que vous avez prise de mettre en place une commission ad hoc chargée de faire toute la lumière sur cet évènement malheureux de la vie de notre nation. Grâce à votre discrète intervention, les velléités de ces individus, dont l’action mettait en péril le vivre ensemble et la paix sociale, ont été réduites à néant car c’est le triangle national tout entier qui s’est ému du drame qui s’est passé le 14 mai 2022 et qui a été repris par les médias nationaux et internationaux. Mais la situation n’en est pas pour autant réglée. Les victimes de ces déguerpissements illégaux sont désormais des sans-abris. Alors que leurs titres fonciers sont toujours valides, ils n’ont plus de toit. Ils tentent de survivre vaille que vaille au gré des circonstances et de solidarités précaires, quand ils ne sont pas tout simplement dans la rue.

Ils n’ont bénéficié d’aucune aide des autorités locales, d’aucune assistance des services sociaux. Aujourd’hui, on dénombre une vingtaine de personnes parmi les déguerpis du Dikologate, qui sont décédées, victimes des chocs traumatiques divers qu’ils ont subi du fait de cette tragédie.

La Commission ad hoc que le gouverneur de la Région du Littoral a mise en place à la suite des instructions venues de la Très Haute Hiérarchie a rendu ses conclusions et son rapport a été transmis « à qui de droit », pour reprendre l’expression du gouverneur.

Excellence, Monsieur le Président, peu importe à quelle Haute Autorité ce rapport a été remis, nous nous tournons vers vous, l’Autorité Suprême de notre pays. Nous, collectifs du Kod’à Mboa, qui avons décidé de prendre la plume pour vous écrire cette lettre ouverte, à la suite de nombreuses autres lettres « fermées », avons nos regards et nos oreilles tendus vers vous. Parce que nous savons que vous seul détenez la clé et la solution de ce problème. Parce que nous avons compris le message que vous avez adressé à la communauté Sawa, à la ville de Douala et à travers elle à la Nation camerounaise en stoppant le coup de force que ces fonctionnaires véreux et de leurs alliés, des opérateurs économiques remplis d’argent, d’assurance et d’arrogance, qui ont tenté d’arracher les terres de paisibles citoyens camerounais. Vous avez lancé indirectement un message pour dire non à la forfaiture, à l’injustice, à la loi du plus fort et aux forces de l’argent. Nous avons la faiblesse de croire que ce message veut dire non à ceux qui tordent le cou à la loi, à ceux qui violent impunément le droit à la propriété foncière dans ce pays et à ceux qui portent atteinte au vivre ensemble et qu’ils devront rendre compte de leurs actes devant les tribunaux de notre chère République.

Excellence, Monsieur le Président, vous avez reçu mandat du peuple camerounais et à ce titre vous êtes le garant de la constitution camerounaise qui dans son préambule déclare notamment :

  • « L’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi ;
  • Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement, sous réserve des prescriptions légales relatives à l’ordre, à la sécurité et à la tranquillité publics ;
  • (…)
  • La nation protège et encourage la famille, base naturelle de la société humaine. Elle protège la femme, les jeunes, les personnes âgées et les personnes handicapées ;
  • L’Etat assure à l’enfant le droit à l’instruction. L’enseignement primaire est obligatoire. L’organisation et le contrôle de l’enseignement à tous les degrés sont des devoirs impérieux de l’Etat ;
  • La propriété est le droit d’user, de jouir et de disposer des biens garantis à chacun par la loi. Nul ne saurait en être privé si ce n’est pour cause d’utilité publique et sous la condition d’une indemnisation dont les modalités sont fixées par la loi ;
  • (…)
  • Le droit de propriété ne saurait être exercé contrairement à l’utilité publique, sociale ou de manière à porter préjudice à la sûreté, à la liberté, à l’existence ou à la propriété d’autrui ».

À la lecture de ces morceaux choisis de notre constitution, il est clair que les droits fondamentaux des habitants de Dikolo-Bali composés d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes, de personnes âgées, de personnes handicapées ont été violés et que justice doit leur être rendue.

À ce propos, nous avons la profonde conviction que vous êtes la seule autorité capable de restaurer les droits des victimes de Dikolo-Bali. Ils ne demandent pas grand-chose. Ils veulent que leurs terres, dont ils possèdent toujours en bonne et due forme les titres fonciers, leur soient restitués. Pour cela ils attendent que soit retiré le décret d’expropriation qui a ouvert la voie à cette situation. Ils demandent d’être dédommagés pour les préjudices qu’ils ont subi du fait des destructions de leurs habitations et de leur expulsion et ce sans qu’aucun permis de démolir n’ait été délivré par les services de la ville et du traumatisme qu’ils continuent de vivre.

Une décision en leur faveur de votre part, au-delà du cas spécifique de Dikolo , serait salutaire pour la nation toute entière. Car des Dikologate, il y en a un peu partout au Cameroun. Le droit de la propriété foncière est en péril. Les forces de l’argent, la corruption, la prévarication, et toutes ces tares que vous dénoncez régulièrement dans vos discours et dans vos actes au travers de l’opération anti-corruption « épervier » ont été mise à nu en mondovision dans ce dossier.

Excellence, Monsieur le Président, vous espériez en 1991, à propos de Douala, que « cette belle ville chargée d’histoire connaissent un développement harmonieux à la dimension de son passé prestigieux et de son avenir prometteur ». Oui notre capitale aspire à connaître un développement harmonieux. Nous soulignons « harmonieux », car nous sommes, comme vous, attachés à la paix et à l’unité de notre cher et beau pays. C’est pourquoi nous ne doutons pas un seul instant que grâce à votre intervention, l’affaire de Dikolo-Bali trouvera très bientôt une issue favorable pour les victimes. Ce serait la victoire de la justice et de l’Etat de droit au Cameroun.

Dans l’attente de votre diligence, veuillez agréer Excellence, Monsieur le Président à l’expression de nos très haute considération.

Fait à Douala, le 11 Mai 2023

Kod’à Mboa

Collectif de soutien aux déguerpis de Dikolo-Bali

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