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Cameroun : terreur sur les militants du MRC

Le témoignage d’un jeune de Yaoundé 4

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Venu suivre l’audience en appel du professeur Maurice Kamto, ses camarades et alliés depuis le 12 février 2019 à la prison de Kondengui à Yaoundé, Steve BABARI raconte à Diaf-TV son arrestation au Palais de justice de Yaoundé, sa détention toute la journée du 09 avril 2019 et sa libération. Non sans s’inquiéter de l’instrumentalisation des appartenances régionales dans les services publics camerounais.

Ce témoignage a été recueilli par Alex Gustave AZEBAZE

« Ce Mardi 09 Avril 2019, comme chaque fois qu’il y a une audience de nos amis politiques (AP) poursuivis dans le cadre des manifestations pacifiques du 26 Janvier 2019, je suis sortie de la maison à 07h pour le palais de justice de Yaoundé centre administratif. À mon arrivée, j’ai trouvé un impressionnant dispositif policier. Pour ceux qui connaissent les lieux, l’axe qui part du ministère des finances jusqu’à la Sonel centrale était bloqué à la circulation, et le passage des piétons filtré par la police. Comme tout camerounais qui ne se reproche de rien, venant de la sonel centrale je me suis rendu à la barrière de police et me suis présenté à la policière en lui présentant ma CNI, lui faisant comprendre que je venais assister à une audience. Cette dernière m’a laissé passer. J’ai continué mon chemin et suis entré au palais de justice par l’entrée à côté de l’Iford non sans avoir procédé au même rituel que précédemment cette fois avec des gendarmes. Une fois dans l’enceinte du palais de justice, je suis entré dans la salle 4 du tribunal de grande instance où j’ai déposé mon sac à côté d’autres militants et je suis ressorti pour uriner. Une fois sorti, je suis interpellé par un papa en béquilles qui, ne pouvant pas descendre les escaliers seul, me demande de l’aide pour le soutenir. Une fois fait, il me priera par la suite de le conduire au bureau du procureur général qui se trouve au cinquième étage de l’immeuble principal du palais de justice. C’est ainsi que sur le chemin pour l’y conduisant, je tombe sur un officier de police en civil qui me reconnaît. Il était en effet l’un de ceux qui m’ont auditionné aux renseignements généraux lorsqu’on s’est fait interpeller en pleine séance d’investissement humain à Nkomo, il y a quelques semaines. Aussitôt qu’il me voit, il me dit  » comment as-tu fait pour entrer? » Notons que le palais de justice est un service « public ». Ce qui m’était reproché était le fait que en tant que militant du MRC je n’avais pas le droit d’accès au palais de justice! En m’interpellant il prend ma Carte d’identite narionale (CNI) et mon téléphone. Je le suis car je ne me reproche de rien, je récupère mon sac en salle d’audience qu’il se permet de fouiller et récupère l’écharpe du MRC dans mon sac d’une valeur de 1500 Fcfa qui ne m’a pas été rendue. Il récupère également ma carte du MRC. Qui m’a été restituée au commissariat central numéro 1.
Quand il m’arrête il m’amène vers son collègue à l’extérieur du palais de justice en face de l’entrée principale où se trouvaient des policiers et gendarmes en tenue. Ils ont commencé à jouer sur ma psychologie en disant « vous pensez que Kamto vous fera quoi même s’il devient président ? Il ne vous connait pas, vous allez regretter Paul Biya quand il partira. » Je l’ai écouté sans rien dire. Puis il m’a laissé là où j’ai passé plus de 02 heures de temps avant de venir me récupérer pour m’amener d’abord au parquet disant qu’il me laissera là-bas en cellule et que le mercredi suivant on devait me déférer pour Kondengui. Car pour lui, c’est moi qui ai voulu car je suis têtu!!! Sans rien dire, et toujours en souriant, je l’écoutais.
Une fois arrivé là-bas, on est de nouveau reparti au palais de justice. Et sur le chemin il me lance: « tu veux aussi être président de la République ? » J’ai répondu avec une question: « pourquoi pas ? » Il me dit: « ok tu iras d’abord faire 06 mois à Kondengui ».
Après on a pris un taxi à ses frais pour le commissariat central No1 de Yaoundé, où j’ai retrouvé 16 autres personnes qui avaient été interpellés. Parmi eux, des militants mais aussi de simples passants qui venaient récupérer des pièces au palais de justice. Au commissariat central numéro 1 on a été enregistré avant de venir nous faire sortir en triant 10 des 17 pour nous amener dans le bureau du commissaire central où il y avait des commissaires principaux, des officiers et les 02 officiers des renseignements généraux qui m’avaient interpellé pour leur préciser que  » nous, au nombre de 10, étions des dangereux ». Et de faire la répartition des enquêteurs pour chacun de nous. L’un des officiers qui m’avaient interpellé n’a pas oublié de préciser que « j’étais une pièce importante dans le parti », que « j’avais dans mon sac à dos des cartes de membres et des documents du parti » si bien que le commissaire principal qui devait mener mon audition a envisagé un instant qu’on aille perquisitionner le domicile de mes parents.
L’audition a ainsi débuté: « quel est ton nom? » ; « ta date de naissance? », le lieu de naissance? »; « ton quartier de résidence? »; etc. Puis vient le commissaire central avec un questionnaire de près de 05 questions envoyées depuis la DGSN par le directeur lui même. Entre autres questions, il nous demande: « es tu Bamileke? » « On vous a payés combien ? » « Pourquoi vous criez Kamto président? », etc. Après l’audition, je suis allé dans une salle pour être fiché par 02 dames. L’une d’elle m’a clairement fait comprendre que « en tant que ressortissant du Centre, je devais soutenir Paul Biya, que les bamilekes vont me donner quoi? »
J’ai ainsi été scandalisé de découvrir à quel point dans nos services publics, même au plus haut niveau, on utilise ce poison pour nous manipuler… Elle a ajouté que « c’est parce qu’on vous caresse; si j’étais président, je demanderais qu’on vous chicotte correctement après l’interpellation, puis on vous envoie pour 03 mois à Kondengui où on devait bien vous sodomiser et voir si après ça voys manifesterez encore »!
Après cette litanie violente j’ai été ramené en cellule.
Vers 20h on nous a tous réunis dans un bureau où on a demandé à l’avocat présent de sortir, puis un parterre impressionnant de hautes personnalités de la police camerounaise est venu à notre rencontre pour nous rappeler que « même si les lois sont mauvaises, elles s’appliquent et que pour toute manifestation on devrait se rassurer d’avoir la loi de notre côté ». Et d’ajouter: « en France ils ont le droit de casser parce que c’est un pays riche mais au Cameroun on ne peut se le permettre car on a pas d’argent pour dégrader le peu qu’on a ». Et moi de m’interroger intérieurement: « qui a cassé quoi au Cameroun, on ne sait, de plus on sait que le Cameroun est un pays riche mais la mauvaise gouvernance nous plonge dans une pauvreté extrême! » Après ce discours, il nous a été annoncé qu’on serait tous libéré mais qu’on nous a fichés et que la prochaine fois la procédure ira jusqu’au bout.
Je me suis alors posé la question pourquoi pas cette fois-ci, surtout avec les ménaces du ministre Atanga Nji?
Nous avons ainsi été libérés après que nos téléphones nous ont été restitués ainsi que toutes nos affaires.
Mais je déplore la perte de la somme de 25.000 FCFA appartenant au parti, la non restitution d’une écharpe du parti que je devais remettre à une militante de Yaoundé 4 qui l’avait achetée. Un autre sympathisant MRC n’a tout simplement pas retrouvé son téléphone. Quant à un autre, sa batterie a été retirée du téléphone!!!
Je profite pour dire merci aux avocats qui nous ont assisté, merci au parti MRC et son directoire; merci à tous ceux qui nous ont envoyés des messages de soutien et d’encouragement. *Le monde ne sera pas détruit par les méchants, mais par les hommes de bien qui laissent faire les méchants sans rien dire, alors résistons pour nos libertés*  »
Recueillis par AGA

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