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mardi, août 16, 2022
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Daniel YAGNYE TOM au sujet du Cameroun: le pays dans l’impasse

1960 est considérée comme l’année « magique » du soleil des indépendances où la plupart des états de l’Afrique subsaharienne accédaient à la « souveraineté ». Entre le 1er Janvier 1960 et le 31 Décembre 1960, 17 pays dont 14 sous administration française acquirent leur « indépendance ». Subitement cette année-là, la même France amnésique qui avait exclu toute perspective d’indépendance à Brazzaville en 1944, « changeait » de stratégie en octroyant des autonomies à la place des véritables indépendances: avec le contentieux historique franco-africain (1) qui créa la FrançAfrique, elle sortait ainsi officiellement par la porte, pour mieux rester en rentrant officieusement par la fenêtre ! Un regard lucide et dépassionné sur ce qui se passe aujourd’hui en Afrique dite « francophone » montre que tous ces pays font face au même problème, celui de la conquête de leur souveraineté politique. Du Mali à la République Centrafricaine, en passant par le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal, la Guinée Conakry et le Cameroun et etc…, le combat est le même, celui de la libération des menottes de la France et de la conquête de la véritable indépendance ! Oui le Cameroun notre pays ne constitue pas une exception, bien qu’étant le tout premier à obtenir son « indépendance » le 1er Janvier 1960. Au contraire, on découvre de plus en plus un État camerounais bâti pendant toutes ces décennies dans le mensonge, la violence et la corruption, la méconnaissance et une opacité totale sur son histoire récente tout comme aucune référence à la violence dans laquelle est née cet état.

Pourquoi le Cameroun ne commémore jamais son accession à l’indépendance ? Pourquoi le Président Paul Biya qui s’adresse religieusement au peuple camerounais tous les 31 Décembre de chaque année, parle de tout sans jamais faire la moindre petite allusion à l’indépendance du 1 er Janvier 1960 ? Et pourtant c’est l’unique pays dans l’Afrique subsaharienne dite « francophone » où la France a mené une guerre atroce contre les populations qui voulaient leur indépendance politique. Dans ce pays pendant toutes ces décennies, on a vécu avec une France absolument muette sur ce pan lugubre de son histoire jusqu’au 3 juillet 2015 où pour la première fois à Yaoundé, la France officielle reconnaissait par la voix de son Président François Hollande, les épisodes tragiques des années 50 et 60, où l’armée française a elle-même massacré des milliers d’upécistes, et puis ensuite encadré les massacres de la jeune armée camerounaise. Mais ce qui surprend encore le plus dans notre pays, c’est ce silence assourdissant de la classe politique camerounaise qui a pourtant perdu des centaines de milliers de ses filles et fils lors de cette quête pour son indépendance. Comment interpréter ce silence? Comment comprendre le fait que plus de six décennies après cette indépendance, l’Union des Populations du Cameroun ( U.P.C ), le principal artisan de l’indépendance, continue sans organisation libre ni fonctionnement normal ? Oui comment expliquer aujourd’hui cette réalité politique qui oblige certains membres de l’UPC à vivre encore condamnés à l’exil politique ?

QUE FAIRE DE CET HÉRITAGE EMPOISONNÉ D’UNE INDÉPENDANCE MORTE-NÉE ?

L’heure n’est pas aux lamentations ni aux pleurs sur la nature de l’indépendance obtenue le 1 er Janvier 1960. Même étant d’une importance historique certaine, l’urgence n’est non plus à la recherche des coupables et des responsables des génocides puisque l’écrasante majorité de ces acteurs politiques et militaires n’est plus de ce monde. La priorité politique de l’heure est donc à la recherche des solutions au contentieux historique national (2) du Cameroun Occidental, dénommé abusivement et faussement « crise anglophone », l’heure est à la recherche des solutions aux problèmes des camerounais. 

Lorsque l’on parle du Mouvement des millions de nordistes, de la guerre au Cameroun Occidental, du retard de développement de l’Est du pays, du mécontentement des populations du Sud et du Centre, lorsque l’on évoque les problèmes Bamileke et des Bassa ou bien du fédéralisme communautaire, on est en plein dans les manifestations et les recherches des solutions au contentieux historique national.

S’il n’apparaît plus prioritaire d’accabler le BDC-UC-UNC-RDPC  aujourd’hui pour la trahison de ses pères fondateurs sur la nature de l’indépendance reçue le 1 er Janvier 1960, il est par contre un devoir patriotique pour ce parti d’enlever les menottes à l’UPC, et de le laisser fonctionner librement. Car il est absurde et même dangereux pour un pays qui se prétend être un état de Droit, que tous les principaux acteurs politiques s’accommodent du musèlement de l’UPC, il n’est plus acceptable que le parti au pouvoir et les partis dits de l’opposition restent tous calmes et sereins face à l’impossibilité pour l’UPC d’être un parti indépendant.

Malheureusement les intérêts particuliers des partis priment et sont encore privilégiés chez-nous au moment où partout ailleurs en Afrique dite « francophone », la llibération du joug de la France constitue la priorité politique absolue ! Priorité qui exige l’unité de toutes les forces patriotiques de notre pays pour un agenda et les mesures générales essentielles à prendre avec urgence, à notre avis, l’une des plus importantes étant naturellement le boycott du « made in France » au Cameroun et en Afrique. Elle devient intolérable et inacceptable, cette attitude ingrate de la France après tout ce qui s’est passé à partir de Douala le 27 Août 1940, et  l’apport crucial de l’Afrique dans sa libération et celle de l’Europe du fascisme allemand.

LA MÊME GUERRE, HIER AU CAMEROUN ORIENTAL, AUJOURD’HUI AU CAMEROUN OCCIDENTAL.

D’une part de l’inaliénable droit des peuples à l’autodétermination et de l’autre, au droit légitime de sauvegarde de l’intégralité de son territoire, notre pays est ainsi pris dans un tourbillon de violences. Comme dans les années 50-60 dans le Cameroun dit « francophone », l’horreur s’est installée aujourd’hui au Cameroun Occidental : treize mois seulement après l’épouvantable massacre de sept élèves du Mother Bilingual Academy de Kumba, survient l’ignoble attaque du Lycée Bilingue d’Ekondo Titi avec le décès d’une enseignante, de trois élèves et des dizaines de blessés dont plusieurs très graves. Les ténèbres de la haine et de la violence aveugles qui ont toujours eu peur de la lumière et de la vérité dispensée par l’enseignement se sont abattues dans les écoles, l’enfer de la sale guerre fratricide préfère se gaver désormais du sang frais de nos jeunes élèves et des enseignants innocents. Trop c’est trop! il est temps de mettre fin à cette spirale de morts, ceci d’autant plus que les bandes armées qui sèment cette odieuse terreur dans ce conflit mettent de plus en plus les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) dans une situation de stress permanent susceptible de provoquer à n’importe quel moment des bavures. La jeunesse patriote du pays se sacrifie avec dévouement dans les divers fronts militaires jouant ainsi un rôle de premier plan dans la stabilité sociale et la défense de l’intangibilité des frontières du pays. Il faudrait sans équivoques féliciter ces jeunes et les FDS en général pour leur héroïsme dans cette lutte pour la défense des aspirations légitimes de notre peuple dans le maintien de l’intégrité du territoire. D’autre part, de plus en plus conscientes de leur rôle dans la construction du pays, les FDS améliorent leurs capacités de compréhension de l’histoire de notre pays. Elles méritent un encouragement spécial pour l’organisation du Deuxième Colloque d’histoire militaire, certes beaucoup reste encore à faire mais c’est un grand pas dans la bonne direction de la réconciliation nationale, ceci d’autant plus qu’elles ont joué un rôle primordial dans la création de cet état camerounais aujourd’hui dans l’impasse du contentieux historique.

Patriote Théophile Yimgaing Moyo! Présent !

Camarade Théophile Yimgaing Moyo! Présent !

Patriote Théophile Yimgaing Moyo ! Présent !

Daniel Yagnye TOM 

Représentant spécial de l’UPC en Afrique centrale et Australe.

Président de l’Alliance Patriotique.

  • Le contentieux historique franco-africain : il s’agit d’un litige susceptible d’être porté devant l’ONU et devant la justice internationale, en l’occurrence le Tribunal de la Haye. Ce contentieux avec la France coloniale et colonialiste est constitué par ses actes délictueux commis en Afrique en vue de créer des états entièrement sous son contrôle. Dans le cas du Cameroun sous sa tutelle de 1919 à 1959 mais transformée pratiquement en colonie car le mandat octroyé par la Société des Nations a été largement détourné de ses dispositions premières, des crimes restés impunis ont marqué notre pays. Quelques éléments du Contentieux Historique franco-camerounais : la dissolution de l’UPC et les massacres de Mai 1955,la loi-cadre de 1956-57,les assassinats de Um Nyobe et du président Moumié, les génocides dans les pays Bamileke et Bassa, etc…
  • Le contentieux historique national : il s’agit des mesures politiques, administratives, financières, économiques, sociales, culturelles etc…ayant pour objectif de renforcer l’état mais qui affectent gravement l’unité nationale tout en la détruisant dans la durée. Par exemple, le référendum de 1972, apparemment renforçait l’état mais affectait durablement notre unité nationale, le retour à la République du Cameroun, la même chose…

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