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mardi, novembre 30, 2021
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BURKINA FASO: le procès de SANKARA, enfin, 34 ans après son assassinat

AA / Ouagadougou / Dramane Traoré

Ouvert lundi, dans la salle de Banquet de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat en 1987 du capitaine Thomas Sankara et de ses douze compagnons dans un coup d’Etat au Burkina Faso, a été suspendu pour deux semaines et reprendra le 25 octobre prochain, pour permettre à la défense des accusés de bien s’imprégner du dossier.

La défense des accusés a expliqué que c’est en fin septembre qu’elle avait pris connaissance du dossier et les avocats de la partie civile n’ont pas fait d’objection.

La demande de retransmission en direct ou d’enregistrement du procès faite par les avocats de la partie civile a été rejetée.

« Cela fait 34 ans que nous attendons la tenue de ce procès. Si notre consœur n’a reçu le dossier qu’une dizaine de jour de cela, nous n’avons aucune objection à leur requête », a déclaré, Prosper Farama l’un des avocats.

Mariam Sankara, veuve de Thomas Sankara a déclaré que la justice a suffisamment d’éléments pour aller au bout de ce procès.

« Nous voulons que justice soit faite. On veut la vérité. La justice a suffisamment d’éléments pour aller au bout de ce procès, sinon c’est triste. L’homme ne devrait pas avoir peur d’assumer ce qu’il a fait. Blaise Compaoré devrait venir répondre », a déclaré à la presse Mariam Sankara, dans la salle d’audience peu avant l’ouverture du procès.

Ouvert lundi à 09 heures, le procès avait été suspendu, deux généraux désignés comme juges assesseurs militaires ayant désisté. L’un pour des raisons de santé et l’autre pour des raisons de proximité avec certains accusés.

Ils ont été remplacés par trois officiers supérieurs, à savoir, le colonel-major Boureima Ouédraogo, le colonel-major Alfred Somda, et le colonel Saturnin Poda. Le président de la chambre de première instance du tribunal militaire est Urbain Méda.

« J’encourage le Tribunal à dire le droit, rien que le droit », a déclaré maître Bénéwendé Stanislas Sankara, dont le cabinet est en charge de la défense de la famille Sankara.

« C’est également la preuve que les droits de la défense sont garantis ; et cela augure de l’équité du procès », a-t-il ajouté.

– La responsabilité de la France –

« Nous exigeons à ce que ce ne soit pas du théâtre (…) quand il y a un procès sur tant de sang versé, cela veut dire que nous ne souhaitons plus qu’il y ait de telles situations dans notre pays », a, pour sa part, déclaré le secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina Faso, Bassolma Bazié qui s’est exprimé au micro du site d’information « Lefaso.net », .

« Il faut que les leçons qui seront tirées de ce procès puissent permettre que tous ceux qui sont sur le front de la conquête d’un mieux-être pour le peuple burkinabè soient en sécurité », a-t-il affirmé.

Dimanche dans un communiqué, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique a déclaré que des éléments nouveaux de l’enquête, font état de l’arrivée de Français le 16 octobre 1987 pour nettoyer les écoutes téléphoniques à Ouagadougou, craignant que le volet international du dossier soit ignoré.

« Ce procès risque d’être amputé du volet international du dossier, puisque, après la disjonction, seule l’instruction sur le volet national du dossier est close. Aussi, nous exhortons les avocats des victimes civiles à faire en sorte que le Tribunal évoque, tout de même, cette partie du dossier, au vu des éléments nouveaux de l’enquête, notamment l’arrivée de Français le 16 octobre 1987 pour nettoyer les écoutes téléphoniques », a écrit dimanche soir, le réseau dans un communiqué.

« Il est crucial de savoir qui sont ces personnes et qui les a envoyées », souligne le réseau qui préconise de relancer la commission rogatoire en direction de la France ou d’en lancer une nouvelle pour permettre d’éclaircir ces zones d’ombre.

« Ces écoutes auraient pu permettre, semble-t-il, de prouver la participation de Blaise Compaoré et de Jean Pierre Palm au complot visant à assassiner Thomas Sankara et ses compagnons », a ajouté le réseau qui exhorte le nouveau juge en charge de la poursuite du volet international à poursuivre l’instruction jusqu’au bout et notamment continuer à demander à la France de fournir effectivement les documents classés secret-défense, et les pays soupçonnés d’être impliqués à collaborer à l’enquête.

Thomas Sankara, père de la révolution burkinabè a été tué en 1987 avec douze de ses compagnons dans un coup d’Etat qui avait porté son frère d’arme, Blaise Compaoré au pouvoir.

Dans ce dossier, la justice burkinabè a procédé à la mise en accusation de quatorze personnes dont le président déchu Blaise Compaoré, qui vit en exil en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014. Ses avocats ont informé qu’il sera absent au procès.

Les inculpés sont poursuivis notamment pour « crimes d’attentat à la sûreté de l’Etat, d’assassinat, de faux en écriture publique, de recel de cadavres, etc… ou de complicité de ces infractions ».

Douze accusés sur quatorze, dont Gilbert Diendéré ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sont présents à ce procès dont le dossier fait près de 20 000 pages, selon la justice militaire.

Les deux absents que sont le président déchu Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, sont tenus de se présenter devant la chambre dans un délai de 10 jours à compter de l’affichage du mandat de comparution. A défaut ils seront jugés par contumace.

C’est en 2015, que le dossier de l’assassinat de Sankara, considéré comme le « Che Guevara africain », en berne sous le règne de Compaoré, a été rouvert après la chute de ce dernier par une insurrection populaire en octobre 2014.

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