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DEUXIEME LETTRE À ACHILLE MBEMBE : « CE QUE VEUT L’AFRIQUE »

PAR SERGE SIMON SOHO , Militant de L’UPC et de l’ALLIANCE PATRIOTIQUE, Membre de l’ASSOCIATION DU 27 AOUT

Cher aîné, je viens une fois de plus vous faire entendre une voix de l’Afrique, l’Afrique profonde, réelle et meurtrie par 300 ans d’esclavage, 100 ans de colonisation et 100 ans de néo colonisation, avec leurs cohortes de crimes contre l’humanité.

Je sais que vous n’êtes pas naïf au point de croire que la France qui vient de laisser ou faire assassiner Idriss Ier Itno Déby, ignore ce que veut l’Afrique. Je pense aussi que vous n’avez pas perdu le sens de l’humilité, pour imaginer un seul instant que l’Etat français ignore avec qui en Afrique il faudrait vraiment discuter en vue de la refondation de la relation entre l’Afrique et la France. C’est d’ailleurs parce que moi – militant nationaliste camerounais animiste qui crois à l’intégration africaine comme solution fondamentale à la résolution du « Problème National africain» – je crois en vous. C’est la raison pour laquelle j’insiste je sais que vous avez les compétences et la force d’esprit pour faire le geste qu’il faut. Dire « Non » au plan de Macron.  Quand il faut organiser une escroquerie à ciel ouvert comme celle envisagée par le sommet des 17 et 18 mai dernier, où Macron veut renflouer les caisses de la France sous prétexte de solliciter 100 milliards de dollars US de DTS au FMI et à la Banque Mondiale. Or les réserves de change confisquées par la France du fait du francs cfa dépassent largement ce montant et ne représentent qu’une infime partie des richesses de quatorze pays africains, enfermés dans le carcan du franc des colonies française d’Afrique fabriqué par De Gaulle.

L’idée de vous charger de « préparer l’échange libre et sans tabou » entre le Président et la société civile lors du prochain sommet Afrique-France de Montpellier en juillet 2021, non Octobre désormais, ne passe pas aux yeux de la grande majorité des africains. Mais on peut en tirer profit pour poser un acte symbolique fort qui va réellement faire date. Surtout que votre hôte aime les symboles, il vient de célébrer le bicentenaire de Napoléon Bonaparte l’esclavagiste et il va certainement célébrer aussi l’abolition de l’esclavage. Peu importe il est comme ça, il vit de contradictions et il dit ce qu’il oublie.

Si vous semblez espérer quelque chose de Macron laissez-moi vous dire qu’il s’agit de la France et non de l’individu Macron. Cette France qui n’a pas hésiter à faire un coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire en 2010. Si Vous vous en doutez laissez-moi vous rafraichir la mémoire avec le témoignage de Laurent Gbagbo.

Aujourd’hui qu’il a été lavé de tout soupçon on ne peut plus dire qu’il raconte  des histoires ou sa version de l’histoire :  Des Militaires français sont venus devant le portail, un de leurs chars l’a défoncé à coups de canon. Il y a eu ensuite des coups de feu, et dans la fumée, j’ai entendu : on veut Gbagbo ! on veut Gbagbo ! Je me suis levé : c’est moi Gbagbo. Ils m’ont saisi. J’ai reconnu Wattao. Il a dit il ne faut pas le toucher.

La suite nous la connaissons tous et la CPI malgré les efforts de la France et des USA n’a pas trouvé de preuves suffisantes pour condamner L’ex président ivoirien. Mais là n’est pas le problème. Car si Gbagbo n’est pas l’auteur des crimes commis dans ce pays depuis 2003, qui en est responsable ? La France a certainement la réponse à cette question ?

Si Macron veut une once de crédibilité sur sa démarche, il pourrait commencer par rouvrir le dossier ivoirien pour que justice soit rendue aux nombreuses victimes ivoiriennes, qu’on essaie encore de manipuler pour manifester contre le retour de Gbagbo dans son pays. Ça au moins il ne peut pas le nier en avançant les arguments fallacieux du discours de Ouagadougou, il a vécu les faits, les témoins français, ivoiriens, américains, acteurs directs et indirects sont presque tous encore vivants et jeunes pour un certain nombre.

Je m’en vais vous rafraichir la mémoire une fois de plus, en citant quelques-uns promus à des postes de responsabilité :

Commençons par « Ben Laden» Ousmane Coulibaly ancien com-zone de Odiéné, nommé préfet de San Pédro,  Tuo Fozié nommé préfet de Boudoukou, Koné Messamba préfet de Guiglo sans oublier le plus célèbre d’entre eux, Soro Guillaume ancien Premier Ministre et Président de l’Assemblée Nationale de Côte-d’Ivoire. Ce dernier a fait son mea-culpa, mais peu importe, il n’y a pas de pardon véritable sans contrition et pénitence.

A côté des Ivoiriens, nous pouvons ajouter l’officier de la force Licorne Georges Peillon auteur de l’ouvrage Ivoire Nue dans lequel il rapporte avec menu détails de nombreux faits qui pourraient suffire à confondre les coupables devant une CPI objective. Il affirme notamment en citant nommément, le Général Joana commandant de la force Licorne et Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense de l’époque, qu’il aurait suffi de trente-six heures à l’armée ivoirienne et à la force Licorne pour mettre fin à la rébellion avec moins de casse que celles qu’a vécues le pays. Mais au lieu de cela, Nicolas et l’Etat français ont choisi au prix de milliers de vies d’ivoiriens et d’autres africains de destituer un Président élu pour conserver cette partie de son pré-carré et passer un message fort aux autres Etats africains tentés par le changement de cap.

Cher compatriote et frère khamit, inutile de tourner autour du pot et de rêver à une refondation des relations franco-africaine à l’initiative de la France. Pour s’en convaincre il suffit de relire attentivement le rapport Védrine de 2013. Ce travail commandé, par le ministre français de l’économie et des finances, Pierre Moscovici, conclut que : l’Afrique est l’avenir de la France. En d’autres termes, sans l’Afrique la France n’a pas d’avenir, elle va être reléguée au rang de puissance secondaire comme l’est devenu le Portugal à la fin de la grande période coloniale.

Alors le problème pour moi et, je pense pour beaucoup d’africains, ce n’est pas ce que veut la France, mais « Ce que veut l’Afrique ». Car si pour la Gaule, l’Afrique est l’avenir de la France, pour nous les africains la France est le passé de l’Afrique. Si elle souhaite rester dans le jeu et bénéficier de ce que l’Afrique pourrait apporter au monde dans les années avenir, elle aurait intérêt à satisfaire les aspirations de l’Afrique profonde et non à lui imposer ses volontés. Il faut un schisme même dans les éléments de langage. Par exemple il faut arrêter de penser que la France a des intérêts et donc des droits à défendre en Afrique. Non les richesses africaines sont aux africains et ils ont les droits inaliénables d’en disposer à leur guise. Ceux qui comme la France, les USA, la Chine l’Inde ou le Brésil en ont besoin doivent se soumettre aux conditions posées par les africains. C’est à l’Afrique et aux africains de dire et de faire ce qu’ils estiment indispensable, nécessaire, utile agréable pour le continent et ses peuples.

Voici la raison pour laquelle je me suis résolu à vous écrire cette deuxième lettre, pour vous exprimer en partie ce que veut l’Afrique.

Le Devoir de Mémoire

L’Afrique souhaite, si ce n’est, exige, que la France reconnaisse que la colonisation est un Crime contre l’Humanité. Pour ce Crime là, nous irons jusqu’à demander des réparations. Mais il y a logiquement un effet domino qui va contribuer à un réarmement moral et à une relecture des liens sociaux entre nos deux peuples. Cet acte de contrition entrainerait par exemple le changement de la toponymie de certaines villes, places, monuments et rues en Afrique. Dès lors, il y aurait une remise en avant des vraies figures historiques de l’Afrique et une reconstruction des modèles. Les Boulevards Giscard à Abidjan, les Avenue De Gaulle à Douala, nous allons simplement les effacer ; pas besoins d’explication au nom d’une histoire commune, on ne célèbre pas ses tyrans…. Que la France les célèbre, c’est son droit. Pour nous, ils sont les symboles de notre misère, nous devons conjurer le sort en les vouant à la géhenne de feu. Les USA ont bien enseveli Oussama Ben Laden dans un espace inaccessible de l’Océan mondial.

L’Afrique pense que si Macron est de bonne foi, il devrait commencer par faire modifier la loi française sur le patrimoine culturel et ordonner ainsi sans condition aucune, la restitution de toutes les œuvres d’art et tous les biens culturels pillés et volés en Afrique par la France coloniale. Cette initiative est une conséquence logique de la reconnaissance de la colonisation comme Crime contre l’Humanité. Cette fois l’initiative devrait s’accompagner d’une indemnisation, c’est la loi, c’est la logique du système judiciaire partout dans le monde quand on est reconnu coupable, restituer le corps du délit ne suffit pas, il y a des dommages et intérêts. Il y va du respect de notre fameuse histoire commune.

La Fin des Indépendances Cadres

Vous le savez mieux que moi, De Gaulle et ses interlocuteurs valables avaient vicié le processus des indépendances en signant entre eux français à ce moment précis, des « Accords de Coopération et de Défense ». Point besoin de vous rappeler le texte ; vous le connaissez par cœur. C’est la France qui décide des orientations diplomatiques des pays du pré-carré français, c’est elle qui définit la politique monétaire et émet la monnaie de quatorze de ces pays, les privant au passage d’importante ressources souvent nécessaires pour l’investissement ou la relance économique par la finance. Vous savez que, osez remettre en question cette position entraine de facto une mise au ban, y compris par la force des armes, Laurent Gbagbo en a fait l’expérience et le pauvre Idriss qui commençait un peu à gesticuler vient d’en faire les frais, comme hier Thomas Sankara et beaucoup d’autres. Comme troisième verrou il y a les accords de défense qui interdisent aux pays d’Afrique francophone d’essayer de s’équiper auprès d’autres partenaires que la France sauf quand elle a validé le processus. On a vu le rififi causé par la présence russe en Centrafrique, le Cameroun la joue très serré avec une diversification des partenaires surveillées du coins de l’œil par l’Elysée. Tant que c’est Israël, les USA, la Grèce on tolère encore, mais jusqu’où ? Personne ne saurait répondre. Enfin, il y a cette main mise sur notre commerce extérieur pour ne pas dire nos économies par la confiscation de nos réserves de change jusqu’à 50%. Ici, point besoin d’explication, la France est assise sur des milliards de franc-or des pays africains et elle prétend souvent leur venir en aide ou leur octroyer des prêts. Monsieur Macron avait prétendu que si les africains voulaient prendre en main leur monnaie, il n’y voyait aucune objection. Mais depuis lors il ne cesse de s’opposer à cette démarche, pas besoin d’un sommet pour cela. Mais on a dû le rappeler à l’ordre, il est redevenu De Gaulle, le défenseur du Franc français d’Afrique détenu et géré par la France, confiscatoire des souverainetés africaines. Ce que veut l’Afrique aujourd’hui, toute l’Afrique est : la fin de la confiscation des souverainetés des pays africains par l’Etat français et ses gouvernants.

Oui, cher Achille, vous avez été témoin d’un tour de passe-passe auquel Macron en mondovision a essayé de rouler les Africains en évoquant une sollicitation des DTS en faveur des pays africains. Or le volume total dont pourrait bénéficier les cinquante-quatre pays africains trente-trois mille milliards de dollars n’équivaut pas, à la moitié des réserves de change des quatorze pays de la zone franc cfa, confisquée par la France depuis les indépendances. Il faut qu’un tel élan d’escroquerie planétaire cesse. L’Afrique n’a besoin ni de l’aide de la France ni de celle des institutions internationales, le monde d’interdépendance voudrait que chaque peuple défende lui-même ses richesses. Le Président américain vient de solliciter près de six mille milliards de budget pour aider à la relance économique de son pays ; y a-t-il un sommet pour en discuter avec les partenaires des USA ? non. Alors que Macron laissent librement les africains choisir leur voie.

Face à la responsabilité et à la complicité même niée, de la France dans le génocide des tutsi au Rwanda, j’ai suivi le discours pathétique, mais pourtant acclamé par certains français, du Président Emmanuel Macron, il a refusé lui aussi de reconnaître la complicité de la France. Dans un débat sur RFI ce soir du 27 mai, des français d’une certaine frange, gaullistes certainement, soutenaient ce point de vue négationniste. Lorsqu’on leur a rappelé le cas d’un secrétaire de préfecture comme Maurice Papon condamné pour complicité de génocide de juifs français sous le nazisme dont la France était devenue une simple colonie, il y a eu un vent de panique. Non, en fait ce qui est vrai pour les autres peuples ne peut pas l’être pour les africains. Non, Vous Achille, comme moi, nous ne pouvons plus permettre que des néophytes de la civilisation humaine continuent à nous brimer et à nous brider pour mieux nous piller. Pour la France comme pour la grande majorité des impérialistes des USA, de l’Europe et de leurs complices africains, puisqu’il y en a, la vie des africains ne vaut rien du tout. On peut en faire ce qu’on veut y compris les exterminer ; ce ne serait pas un crime ni même un délit, à la limite, pas une une faute. Il aura fallu qu’un à la peau claire ait décidé de coloniser et de réduire à l’indigénat des européens pour qu’on parlât de crime contre l’humanité.  Mais nous, aujourd’hui nous disons que les crimes perpétrés et impunis ont assez durés y compris les simples crimes économiques et il est temps que ça prenne définitivement fin. Les coupables doivent payer et un point d’honneur doit être mis sur les cas de la Côte d’Ivoire, du Rwanda, de la république démocratique du Congo et du Cameroun, où des européens ont perpétré des crimes contre l’humanité, ceci pour servir de levier à la bataille finale de la libération du continent africain.

Cela implique pour l’Afrique elle-même, l’émergence d’un nouveau leadership politique, économique et socio-culturel qui mette le cap sur la Construction d’une autonomie stratégique de l’Afrique. Cette autonomie suppose une souveraineté alimentaire, une souveraineté énergétique, une souveraineté militaire et une souveraineté en matière de recherches scientifiques stratégique (Pharmacie, informatique, électrotechnique, nucléaire …).

La France de votre hôte sait très bien qu’elle vit comme une sangsue sur l’Afrique, les évènements de la Côte-d’Ivoire, du Mali et du Tchad ne sont qu’un maigre échantillon de ce que nous pourrions, et vous le savez  mieux que moi d’ailleurs, mettre au menu.

Pensez-vous vraiment que trier au volet des personnalités, peut-être même pas représentatives de la voix des Africains, vaut vraiment la peine ? Non, ne soyez pas complice d’une distraction des impôts des français qui triment et voient jaune depuis des années. C’est par curiosité dites-vous, qu’il faut y aller. Pour écouter quoi et dire quoi, de qui et à qui. Si c’est le président Macron que vous allez écouter, c’est peine perdue. Il a déjà tout dit mais fait exactement le contraire de ce qu’il dit, ou l’oublie. Vous espérez peut-être qu’il va vous écouter, mais en entendrait-il quelque chose de votre beau discours, j’en doute fort bien. Il n’entend même pas ses propres citoyens.

Alors, le geste peut-être ferait date. Rédigez avec votre équipe d’experts un Mémorandum comme savait le faire Toussaint Louverture et envoyez-le-lui. Je me suis prêté au jeu en proposant pour titre « Ce Que Veut l’Afrique » et répondant « La Fin de la confiscation des souverainetés ». Faites-lui un pied-de-nez pour le sommet, le budget prévu à cet effet pourrait aider quelques ménages français. Les Gilets jaunes ont refusé de discuter avec son gouvernement en déclarant qu’il sait exactement ce qu’il doit faire. Au nom de la curiosité humaine n’y allez pas et nous verrons ! J’espère pouvoir compter sur vous ! Faites honneur au Cameroun et à l’Afrique rédigez un mémorandum, remettez-le à votre hôte, et aux chefs d’Etats africains, dites-lui que vous ne voulez pas dépenser l’argent du contribuable français pour une cause entendue. Que s’il le souhaite vous êtes plutôt disposé à faire le tour des pays africains pour plaider la sortie du franc cfa et la construction de véritables républiques avec des institutions fortes et stables. La France ferait alors œuvre utile.

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