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Cancer : la maladie aussi dangereuse en Afrique que le sida et le paludisme

En 2015, 530 000 personnes ont été emportées par le cancer en Afrique subsaharienne. Un chiffre comparable aux dégâts causés par le sida ou le paludisme : respectivement 860 000 et 627 000 morts sur le continent la même année*. Mais ces ordres de grandeur similaires ont quelque chose de trompeur.

Certes, le VIH ou le moustique anophèle provoquent des ravages, mais les systèmes de santé subsahariens sont armés pour lutter contre eux. Ils demeurent en revanche largement démunis face aux tumeurs.

Le frein le plus évident à une bonne prise en charge des cancers en Afrique est le manque d’équipement. Les centres de radiothérapie répondant aux standards internationaux s’y comptent sur les doigts d’une main. La technologie la plus répandue (ou plutôt la moins rare) y est la cobaltothérapie, depuis longtemps abandonnée ailleurs dans le monde. Il faut dire que le prix d’un accélérateur de radiothérapie moderne se chiffre en millions d’euros : un investissement difficile à envisager pour les hôpitaux subsahariens.

La lutte africaine contre le cancer manque également de bras. Dans un pays comme le Cameroun (23 millions d’habitants), qui n’est pas le moins bien loti, le ministère de la Santé ne recense que quatre oncologues médicaux et trois radiothérapeutes. Bien entendu, ces praticiens sont tous basés dans la région de Yaoundé ou dans celle de Douala. La fuite des cerveaux joue un rôle important dans ce phénomène : la formation d’un oncologue médical ou d’un chirurgien spécialiste des cancers urologiques peut durer quinze ans, elle se fait souvent à l’étranger et débouche immanquablement pour un praticien africain sur d’alléchantes offres en Europe ou en Amérique.

Au-delà du coût des équipements et du manque de ressources humaines, il y a aussi une explication structurelle au retard que l’Afrique accuse en matière de lutte contre le cancer. Les systèmes de santé africains s’y sont, à très juste raison, construits autour des problèmes de santé les plus urgents, comme les maladies infectieuses, les pathologies infantiles évitables grâce à la vaccination, la mortalité maternelle… Autant de domaines dans lesquels ils ont d’ailleurs rencontré un certain succès. Le nombre annuel de morts causés par le paludisme en Afrique subsaharienne a par exemple diminué de presque 40 % entre 2003 et 2015.

Mais s’ils ont appris à distribuer des moustiquaires imprégnées d’insecticides dans des zones réputées inaccessibles ou à conserver des vaccins à la température adéquate sans électricité (et ce ne sont pas de maigres exploits), les systèmes africains doivent inventer des outils de nature totalement différente pour répondre aux défis du cancer, de la prévention au traitement en passant par le diagnostic. Il ne s’agit pas uniquement de questions financières. Le dépistage du cancer du sein, par exemple, n’est pas extrêmement coûteux. Il exige en revanche des réseaux et une organisation spécifiques.

Une adaptation est donc nécessaire, et elle est urgente, car l’Afrique fait désormais face à ce que les spécialistes appellent la « double charge de la maladie » : les maladies dites « transmissibles » y persistent, tandis que les maladies dites « chroniques » s’y développent. Cette double charge est d’ailleurs aggravée en Afrique par le fait qu’environ une tumeur sur quatre y trouve son origine dans un virus (hépatite, VIH, papillomavirus…), contre environ une sur vingt dans les pays du Nord.

Heureusement, les choses bougent, et le continent commence à investir dans la lutte contre le cancer. Au Burkina Faso, par exemple, le président Kaboré est rentré d’un voyage au Qatar, en avril, avec la promesse du financement du premier centre de radiothérapie du pays. Et au Sénégal, l’ambitieux projet urbain de Diamniadio, au sud-est de Dakar, devrait abriter un centre national d’oncologie. Mais il y a urgence : actuellement, des milliers de patients subsahariens partent chaque année se faire soigner à l’étranger, où ils arrivent trop souvent à un stade avancé de leur pathologie. Pour ceux qui ont les moyens de se payer le voyage.

* Chiffres de l’Institute for Health Metrics and Evaluation, de l’université de Washington.

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