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mardi, novembre 30, 2021
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AFRIQUE-FRANCE: les enjeux du sommet de Montpellier

Momar Dieng Sputnik

Plusieurs fois reporté, le Sommet Afrique-France de Montpellier n’échappe pas à la traditionnelle querelle de clochers. Mais cette édition particulière dans un contexte de crises graves auxquelles la France est confrontée sur le continent semble devoir obéir à des impératifs de politique intérieure française dont un scrutin présidentiel à venir.

Le Sommet Afrique-France, qui s’est ouvert ce 8 octobre à Montpellier, cristallise beaucoup de passions et de questionnements dans la diaspora africaine et au sein des organisations de la société civile africaine qui se sentent interpellées par l’évolution et la nature des rapports franco-africains. À six mois de l’élection présidentielle française, l’initiative du Président Emmanuel Macron, pas encore déclaré candidat à un second mandat, n’est pas loin d’être considérée comme un instrument fondamental au service de ses propres ambitions présidentielles.

« Le Président Emmanuel Macron pense avant tout aux 10 millions d’Africains et/ou de descendants d’Africains qui vivent en France. Cet élément électoraliste domestique est un puissant levier, un des éléments qui expliquent la raison pour laquelle ce sommet se tient maintenant. C’est un exercice solitaire, une sorte de manœuvre très auto-promotionnelle en vue de sa réélection », analyse Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) interrogé par Sputnik.

Ce sommet au format inédit et novateur, initialement prévu à Bordeaux puis reporté, se tient en l’absence des homologues africains du Président français, tous laissés au bord de la route, condamnés à suivre de loin (ou à boycotter) les interactions prévues à travers des dizaines d’ateliers programmatiques. De fait, « comme Macron est seul, il donne l’impression en gros de parler au nom des chefs d’État africains auxquels il se superpose. Ce côté paternaliste contredit la thèse de la disparition de la Françafrique« , ajoute Dupuy.

« Il ne faut pas se voiler la face, cette rencontre ne saurait masquer la profonde divergence quant à l’avenir de la relation entre la France et l’Afrique. Elle survient dans un contexte où notre pays apparaît en position de faiblesse et fait face à une série de crises diplomatiques qui n’ont jamais été aussi concomitantes. Ce n’est pas en deux jours et au terme d’un demi-sommet que l’on va réinventer une alliance dans les domaines de la santé, de l’entrepreneuriat, de la culture à travers le dialogue entre Macron et ses 11 débatteurs africains », note le président de l’ISPE.

« La Françafrique à bout de souffle »

En crise « sécuritaire » avec le Mali, sous tension « mémorielle » avec l’Algérie, interpellée sur le soutien apporté à la junte militaire au Tchad, la France s’ouvre ainsi une fenêtre de sérénité en tentant de renouer avec « l’esprit de Ouagadougou ». En novembre 2017, Emmanuel Macron avait agité quelques espérances avec la jeunesse africaine sur le campus de l’université de la capitale burkinabè dans un discours remarquable. Aujourd’hui, on se demande ce qu’il en reste.

« Au fond, c’est la Françafrique qui est à bout de souffle, comme le dit si bien [l’intellectuel sénégalais, ndlr] Boubacar Boris Diop. Elle a besoin d’un nouveau look, elle pense l’obtenir en s’inventant +sa société civile africaine+, en cooptant +ses+ intellectuels africains en vue de vendre l’illusion du changement. Quelle crédibilité accorder à cet exercice de rebranding quand Macron lui-même ne se prive pas de mater la société civile française [durant la crise des, ndlr] Gilets jaunes, d’anéantir l’expression démocratique en Afrique francophone? Sans doute, les dirigeants africains, traditionnels alliés de la France, sont-ils devenus une sorte de face honteuse qu’il faut essayer de rendre invisible avec de nouveaux artifices », indique à Sputnik le docteur Ndongo Samba Sylla, économiste sénégalais, auteur de plusieurs ouvrages dont « Le scandale du commerce équitable » et « L’arme invisible de la Françafrique, une histoire du franc CFA » en duo avec Fanny Pigeaud, journaliste à Mediapart.

« Élément louable »

Même s’il juge le sommet de Montpellier comme un vrai sommet France-Afrique et non Afrique-France, qui se tient en France et pas ailleurs, avec uniquement 12 pays (les pays d’origine des intervenants), Emmanuel Dupuy n’en salue pas moins son caractère innovateur.

« L’élément louable, c’est la redynamisation de la relation entre la France et les pays africains, ce nouveau départ, l’apport de la société civile, la mobilisation de personnalités qui, jusqu’à présent, faisaient partie des contre-sommets ou sommets alternatifs, les entrepreneurs, les personnes qui sont plus marquées par le business que par la politique. Tout cela est très bien. En même temps, les thèmes retenus: éducation, enseignement supérieur, la mobilité des personnes, l’entrepreneuriat, l’innovation, une sociologie pertinente des intervenants n’étaient pas mis en avant dans les précédentes éditions », reconnaît Emmanuel Dupuy qui considère le rapport de l’intellectuel camerounais Achille Mbembe remis le 2 octobre à Emmanuel Macron comme « l’élément structurant positif de ce sommet ».

L’économie est un des volets importants de la rencontre de Montpellier, le moteur d’une relation franco-africaine dont beaucoup d’Africains pensent qu’elle profite d’abord et plus à la France, en particulier dans les questions relatives à l’aide et aux investissements des groupes français.

« L’aide française est clairement liée, [car, ndlr] selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une bonne partie retombe dans l’escarcelle des entreprises françaises. Mêmes les dettes censées avoir été annulées par la France sont recyclées au profit de ces entreprises. La politique de Macron en Afrique s’inscrit dans le cadre de ce que ma collègue Daniela Gabor appelle le consensus de Washington. Toute la logique consiste à faciliter les investissements des entreprises françaises, de leur ouvrir des marchés et de faire reposer les risques auxquels elles font face […] sur les frêles épaules des États africains contraintes ainsi de cultiver des +bombes à retardement budgétaires+ », soutient Ndongo Samba Sylla.

L’économiste sénégalais juge, par ailleurs, « ironique que la France qui promet à Montpellier de favoriser l’innovation africaine maintient en Afrique francophone un système monétaire anachronique/colonial [le franc CFA, ndlr] qui nuit à l’épanouissement de l’investissement privé local« , selon ses dires.

Le titre est de la rédaction

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