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vendredi, mai 7, 2021
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EPÎTRE AUX FRANÇAIS : VOICI POURQUOI IL FAUT DIRE NON AU SOMMET FRANCE-AFRIQUE DE MONTPELIER ?

Par Serge Simon Soho, Analyste politique Upeciste et Membre de l’Alliance Patriotique

Peuple de France, Gouvernants de la France métropolitaine, filles et fils de la France d’outre-mer et des diasporas, il est temps de changer structurellement les rapports entre les peuples et les nations. Je crois en ce monde où il n’y a ni maître ni esclave mais simplement des citoyens. Ayant récemment écrit à un de mais frère au sujet du sommet-mascarade de la France-Afrique, il m’est venu à l’esprit l’idée de m’adresser directement à l’auteur et maître du sommet. Je pense en effet qu’au lieu de perdre du temps et de l’argent du contribuable français et africain il vaudrait mieux passer aux actes. Au lieu de tourner la page je voudrais inviter la France régnante à changer de livre. L’assassinat, hier ou avant-hier peu importe, du colonel général maréchal Idriss Deby Itno « grand ami de la France » est un autre de ces évènements qui interroge et souille les rapports entre le pays des libertés et les régimes-prisons qu’il soutient en Afrique.

Il serait surprenant pour un grand nombre, de me voir commencer cette série de correspondances, par une épître aux français et préciser ceux de France et de souche. Pourtant la première explication peut logiquement être suffisante, je suis obligé de m’exprimer en Français. Je ne l’ai pas choisi et sincèrement ça ne m’enchante guère. Mais voilà j’ai perdu une partie de mon âme, je suis devenu une âme hybride qui peine à se faire comprendre dans une langue qui lui a été imposée à la force de la trique. Je vais rappeler que je suis Noir, comme aux Etats-Unis une seule goutte de sang dans votre corps vous fait Noir, même si votre apparence physique n’y renvoie pas directement. C’est depuis la période de la traite négrière. Ça me colle à la peau et je n’en suis pas moins fier. Oui en effet depuis le quinzième siècle l’Europe a imposé un Nouvel ordre mondial dont l’un des leviers est la pigmentocratie.

Je choisis donc de m’adresser à vous Français de France pour que nous levions toutes les équivoques. La première est qu’il pourrait arriver que nous ne nous comprenions pas puisque vous, vous êtes des Français qui ont pour langue le français et qui ont une âme de français. Moi je parle le Français du Kamerun allemand conquis en 2016 par la France et le Royaume-Uni de Grande Bretagne, enseigné par des bantus qui comme moi ont une âme bantu. Je suis un bantu, bassa de la forêt du fond de la Sanaga-maritime. Un homme qui a été soumis à toutes les tortures imaginables pour oublier sa langue et posséder une qui ne peut entièrement traduire et exprimer sa pensée. Tiens quand je dis cousin en français cela ne veut rien dire en bassa.

Mais mon cousin est mon frère, en ma langue vernaculaire, puisque vous avez fini par me ranger dans cette catégorie, esclave, c’est l’épithète qui me colle à la peau dans votre subconscient ou mieux dans votre inconscient psychique. Je me suis battu pour être libre depuis la cour de récréation. J’ai parlé ma langue j’ai été puni, ce n’est pas grave j’ai pu sauver ce qui reste de mon âme bassa contre votre volonté. Des années après vous souhaitez que la francophonie sauvegarde aussi les langues locales indigènes, comme des pièces de musée. Je ne comprends pas ce que cela veut dire, en fait cela ne veut rien dire, il s’agit d’incongruité subtil destinée aux imbéciles d’esclaves que vous êtes sûr d’avoir devant vous. Vous êtes dans votre rôle qui consiste à dire une chose et son contraire avec la certitude que les pauvres nègres que nous sommes ne saisiront que dalle. Oui à ce jeu vous n’êtes pas ignorant du fait que nous sommes aussi bons joueurs. Si l’appât du gain vous a souvent fait oublier que nous sommes des hommes pourvus de sens et de bon sens surtout celui de l’humour vous risquer gros en ce nouveau siècle. Il y avait à l’époque coloniale un chef de subdivision qui avait interdit la consommation du vin de palme aux populations ndognem. Lors d’une de ses tournées, son interprète croise ses frères du village avec du vin de palme. Il les arrête et leur annonce que le chef de subdivision est en route. Il leur avise cependant après une dégustation de leur vin de palme, que si on leur demande ce qu’il y a dans leurs calebasses, ils devront dire que c’est le « mbongo » et non le vin de palme. Quelques minutes après, le cortège du chef de subdivision intercepte ces villageois avec leurs calebasses de vin de palme. A la question qu’est-ce que vous transportez dans vos calebasses, ils répondirent en chœur : le « mbongo ». Ils proposèrent au chef de subdivision de partager leur breuvage qualifié de médicinal, ce qu’il fit et après de bonnes rasades, il s’exclama : et bien le « mbongo » vous pouvez le boire mais ne touchez pas au vin de palme ! Il avait certainement très soif le pauvre au point de ne pas pouvoir reconnaître au goût le vin de palme.

Il est possible qu’à force de nous prendre pour les dupes vous deveniez plus dupes. La règle de diviser pour régner ne saurait convenir à la gestion des peuples. Il devient de plus en plus évident que la dialectique du maître et de l’esclave est en marche dans les rapports entre les colons et les colonisés. Vous vous battez énergiquement contre un tsunami. L’issue de la bataille est pourtant connue d’avance. La vague géante va tout balayer et il faudrait recommencer en tenant compte des enseignements du risque de tsunami. Voilà ce qui vous attend, vous et nous. Engagés depuis des siècles dans une économie de prédation des richesses du globe au profit d’un petit nombre vous avez fait de la guerre un des leviers de votre système. C’est la raison pour laquelle les batailles autours des armes nucléaires sont si féroces. Vous pensez que le reste du monde va éternellement être à vos pieds ceci est une impossibilité systémique. La roue de l’histoire tourne et elle ne s’arrêtera pas sur votre temps, vous n’êtes pas les maîtres du temps loin de là, deux mille ans c’est trop jeune. Nous sommes tous acteurs des instants qui constituent le temps et l’histoire, notre histoire commune. Que Sarkozy ait imaginé que l’Afrique se fût arrêtée au bord de l’Histoire ne traduit que sa connaissance étriquée de notre destinée commune ? La conséquence de cette déclaration fut son limogeage presque catastrophique par votre peuple qui ne voulait plus d’un nain au propre comme au figuré à sa tête. Le propos est peut-être irrévérencieux, mais ne dit-on pas qu’il faut hurler avec les loups ? Oui nous sommes nous aussi un peu excédés par l’arrogance de certains d’entre vous en vers nous.

Avant de tenir un propos spécifique à l’endroit du président, je souhaite m’adresser aux « Français de France ». La précision en vaut-elle la peine ? Que si. Nous avons eu à faire aux Portugais, aux Allemands, aux Britanniques et aux Français. Chacun de ces peuples souhaitait faire du territoire Kamerun son bien, sa propriété privée un objet pour son développement pas pour le nôtre loin de là. Ce n’est pas grave à chacun sa terre son peuple, sa patrie, sa langue. Vous défendez les vôtres à nous de nous défendre.

Je souhaite cependant que nous puissions nous comprendre, un tout petit peu, tout au moins, le reste à chacun son interprétation. C’est bien ainsi, puisque je ne suis pas français et vous n’êtes pas bassa. Et même si je devenais par adoption Français je ne pourrais pas l’être vraiment, je serai de quel terroir ? Un français de Kahn, drôle quand même c’est possible sur la forme mais impossible au fond. Je voudrais commencer par vous saluer simplement. Il est dans mon naturel de bantu de poser cet acte même vis-à-vis d’un inconnu que je croise dans la rue. Ceci vous semble drôle ? Oui car ce geste n’est pas courant dans votre espace culturel. Il parait que chez vous le rejet est un principe de précaution. Chez moi à khan, la précaution est la convivialité et la solidarité. Le sourire ouvre les portes et apaise les cœurs. Nous sourions pour créer un pont avec l’inconnu qui de prime abord ne génère pas la crainte. La curiosité du bantu ne réveille pas en lui de manière primaire un instinct de répulsion, de violence et de conquête du bien d’autrui. C’est la raison pour laquelle même votre langue n’est pas pour nous un objet de convoitise. Nous nous n’avons pas une préférence primaire pour les gestes barrières, les murailles entre les familles, les groupes sociaux ou les peuples. Le symbole de votre invention macabre la COVID19, la distanciation sociale n’est pas dans notre agenda culturel nous on vit avec nos malades et on embrasse nos morts, vous isolez les premiers et incinérez les seconds. Les murs, même de nos jours on le sait et on voit les peuples qui en ont la prédilection, alors que nous parlons de votre village planétaire.

Le peuple français et mon peuple bassa ne sont pas en guerre. Le conflit qui est présent à travers la gestion de nos Républiques respectives nous est imposé par ceux qui nous dirigent. C’est la tribu ou l’ethnie planétaire des exploitants des classes ouvrières. Comme au début de l’ère industrielle ; Ils nous opposent pour mieux nous exploiter. Ici chez nous, comme là chez vous, les dirigeants sont dans le même camp, la même dynamique, asservir les peuples pour mieux se servir. Les nôtres sont au service des vôtres. C’est le nouvel ordre mondial imposé par le capitalisme libéral individualiste, depuis sa deuxième phase au début du dix-neuvième siècle. Certains pensent que c’est depuis le quinzième. A l’époque des massacres des conquistadores dans les Amériques. Oui cette Amérique surtout du Nord devenue le symbole de la réussite et du développement de l’humanité ? Mais qui se pose encore la question du prix payé par les populations de ce continent exterminée par l’Occident judéo-chrétienne. Pour une mine d’or ou d’argent découverte, n’importe quel aventurier, ici appelé pionnier avait le droit avec l’aide de quelques financiers, chrétiens, juifs ou musulmans restés en Europe, avec en sus quelques repris de justices et malfrats, de chasser le peuple trouvé sur la terre de la mine convoitée et de l’exploiter. La France a été de la partie surtout dans la vente de la main d’œuvre nègre, elle a eu sa Louisiane et d’autres territoires. Que de fortunes bâties à Nantes ou à Bordeaux sur la traite des nègres. Mais nous avons certainement pardonné, sans oublier. Ce crime-là a fait plus de victime que le nazisme et l’antisémitisme associés, mais il s’agissait de noirs donc peu importe. Et nous vous adressons nos salutations en ressassant ce souvenir pour effacer toute pointe d’ironie.  Il n’y a dans notre démarche ni candeur ni rancune. On dit que chez vous la méfiance est une règle de précaution et le pardon une faiblesse. Chez nous c’est l’oublie qui est une faute lourde, le pardon est une règle de vie tourner vers l’avenir.

Pourtant pour moi, la bonne précaution serait cette salutation car a priori, tout homme est bon. Donc je mise sur le côté positif de l’autre. C’est parce que je souhaite que l’autre pose sur moi un regard positif. En choisissant d’ouvrir cette série de missives par une lettre à vous, Français de France et de souche, je souhaite renouer les fils du dialogue interculturel coupés par les violences du passé et du présent. Ceci au nom de « l’autre France ». Celle des Gaston Donat, Lalaurie et beaucoup d’autres qui se sont tenus aux côtés des hommes qui se battaient pour leurs libertés dans le vaste territoire de « l’Empire colonial français ». Oui La république, mère des droits de l’homme, patrie des libertés a toujours caressé le rêve d’un empire. Comment peut-on le comprendre ? L’Etat a choisi d’exploiter et d’opprimer la nation, le peuple au profit d’une minorité.

Le Pays de Robespierre, Saint Juste, Danton et les autres sans-culottes qui ont décapité le Roi, arrière-petit-fils de Hugues Capet pour exprimer leur rejet définitif de la monarchie, comment ce pays regarde-t-il l’aventure vers l’empire ? Comment supporte-il le déni de liberté des autres peuples par les gouvernants de cette Nation. Il y a une explication, selon Claude Allègre « les français sont restés nostalgiquement royalistes. Ils sont certes devenus républicains, mais ils veulent un monarque républicain. C’est ce qui a fait le socle et le prestige du pouvoir du général De Gaulle.»[1]

C’est vrai que Napoléon et sa dynastie souhaitaient restaurer la monarchie pour la grandeur de la France. Alors devrais-je comprendre que pour sa grandeur la France ait toujours besoin de l’esclavage ? Peut-être que oui. L’histoire m’impose cette réponse, surtout quand je vois ce qui se trame en République Centrafricaine, au Niger, au Mali ou en Côte-d’Ivoire, au Tchad. Hier au Biafra ce ne fut pas différent. Et ne venez pas nous dire qu’il y avait la guerre-froide. La cause est plus lointaine et plus profonde que ce pseudo-conflit écran de fumé. A l’indépendance, presque tous les pays africains ont accepté le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Mais au nom des ressources pétrolières du golfe de Guinée, vous aviez soutenu la sécession du Biafra, au point où vos suppôts, la Côte d’Ivoire, le Gabon avaient reconnu l’Etat du Biafra. Aujourd’hui encore il y a des velléités de sécession au Congo démocratique, au Nigéria, au Cameroun et dans d’autres pays africains avec le soutien des hommes d’affaires et des gouvernants de votre pays. Nous insistons là-dessus, il ne fait aucun doute, le sous-développement n’est pas une fatalité, c’est un état de fait mis en place par vous et les institutions dites de la Communauté Internationale que vous avez mises en place depuis la fin de la guerre mondiale de 1939-1945.

Cinquante années d’indigénat et de travaux forcés dans les colonies plaident pour cette réponse, je ne peux qu’y souscrire. En outre malgré les indépendances, la France a continué à organiser et entretenir un système d’exploitation esclavagiste et de conquête militaire dans son empire colonial et dans les autres colonies « menacées par trop de patriotisme khamit ». Le droit à l’autodétermination de peuple n’arrange pas l’ordre mondial impérialiste. Si les autres peuples occidentaux au sortir de la première guerre mondiale avaient feint d’y croire, la position des USA sur le traité de Versailles et la création de la SDN fut une piqûre de rappel. Les Européens n’étaient pas prêts à laisser les richesses des africains aux mains des fils et filles du Continent. Ils ne le sont toujours pas à ce jour. La France a une kyrielle de faits qui le prouvent. Les Cousins qui se sont exilés aux Amériques en font de même au Moyen-Orient et en Amérique du Sud. Au Proche et Moyen-Orient on a créé de toute pièce un peuple messianique sorti de la légende biblique. Il s’agit en fait d’un poste militaire avancé chargé de sécurisé la réserve pétrolière de l’Europe. Entre temps le contrat mondial semble avoir donné à la France des dirigeants le mandat de continuer l’exploitation coloniale de l’Afrique. Au point où, en cette année bilan de soixante ans d’indépendance, c’est la France à travers son media soft-power qui organise une revue critique de la gestion des pays africains par leurs dirigeants, comme un propriétaire de chaine de magasins qui ferait un bilan de fin d’année, avec un nègre de service Alain F. Tous les palais ont ouvert les portes à RFI et France24. Les médias africains sont sagement tenus à l’écart, même quand des initiatives sont prises en interne les gouvernants ne daignent pas y prendre part. On le vit régulièrement au Cameroun avec les commémorations des héros de l’indépendance.  Il ne faut pas s’y tromper aucun débat de fond, lors de la revue de RFI, juste une lecture soporifique visant à montrer la préoccupation de la mère patrie pour le bien-être des indigènes. L’objectif reste de maintenir l’idée de la communauté. Une radioscopie à la fois hilarante et cynique. Car on se serait attendu à une revue profonde des questions de fonds, la monnaie, la défense, les accords de coopération signés en 1959… et renouvelés en 2009 en catimini, les coups d’état militaires entre autres, la solde des soldats africains de la France Libre cristallisée depuis plus d’un demi-siècle. Mais ça Alain F. n’a pas eu le droit d’en parler.

Le premier quartier de l’empire à faire les frais de cette rémanente volonté de domination raciste et esclavagiste fut la Guinée de Sékou Touré. Isolé au milieu des autres cercles de l’empire tenus en leste par De Gaulle et les siens, le pauvre Touré fut appauvri pour que personne ne soit attiré par son exemple. On le mit sous embargo, accentua l’inflation pour pousser ses compatriotes au soulèvement. Son régime fut infiltré de toutes parts et pour finir un des siens céda aux appels de l’impérialisme en faisant un coup d’Etat militaire.

Il ne fut pas le seul à subir l’ire du colonat français, au Cameroun Oriental déjà, en février 1958 André-Marie Mbida vit son contrat de confiance rompu et sa place offerte à Ahmadou Ahidjo après que les troupes de Lamberton eussent par la main d’un certain Abdoulaye assassiné le Père de l’Indépendance du Cameroun Ruben Um Nyobè un 13 septembre 1958. Après Um Nyobè la France se chargea de tous les autres nationalistes camerounais, Félix Roland Moumié fut empoisonné au thalium par Betchel à Génève, le 03 novembre 1960. Ernest Ouandié fut fusillé le 15 janvier 1971, après avoir été trahi par un prélat judéo-chrétien. Castor Ossendé Afana, trahi par un infiltré au-dessus de tout soupçon, fut sauvagement décapité par le peloton de l’adjudant Haman le 15 mars 1966 dans le maquis de Moloundou.  Les autres leaders nationalistes, Mpouma Kilama, Tankeu Noé, Séé Ipoumb etc… subirent le même sort, souvent avec la participation des suppôts locaux.

La France est directement impliquée dans plus de la moitié de la soixantaine des coups d’états qui ont eu lieu en Afrique entre 1958 et 2016, du Togo à la Centrafrique et de la Gambie à Djibouti. L’un de ses agents de service Bob Denard l’a avoué dans ses écrits. Le maître d’orchestre Foccart l’a également reconnu en essayant de nous expliquer que c’était de bonne guerre, la France devait défendre ses intérêts. J’espère qu’il y a là une reconnaissance implicite du fait que nous les africains nous devons aussi défendre nos intérêts, y compris par la violence. La défense des intérêts économiques des occidentaux a toujours été un facteur déterminant dans la prise de décision de la communauté dite internationale. En 1938 l’Italie de Mussolini décide d’envahir l’Ethiopie du Négus Sélassié. Un pays indépendant, la SDN au lieu de s’opposer à cette agression choisit d’imposer un embargo contre l’Ethiopie. La France coloniale qui ne veut pas entrer en conflit avec son cousin transalpin soutient l’Italie dans son entreprise impérialiste. Elle suivait sagement dirait-on les britanniques, les deux grands empires coloniaux ne voyaient pas en quoi l’aventure coloniale éthiopienne devait créer la brouille entre les civilisés. Lors de son discours à la SDN, le Négus Sélassié réfugié en Grande-Bretagne rappela alors aux européens que le précédent éthiopien allait bientôt se reproduire en Europe et embraser toute la planète. Sa prophétie se réalisa quelques temps après ce fut la deuxième guerre mondiale. On découvrit alors le vrai visage de la colonisation d’un peuple par un autre, pour sauver la face on inventa la notion de « Crime contre l’humanité », pour désigner un crime commis contre un être à la peau blanche. On décida de transformer en fait historique majeur ce qui aux yeux de beaucoup d’historiens européens ne fut qu’un de nombreux crimes perpétrés par les européens contre d’autres.  

Des années après cette infamie et les indépendances, chaque chef d’Etat français fit sa guerre coloniale en Afrique. De Gaulle ordonna celle du Cameroun et de l’Algérie. Il orchestra des reprises en main et des mises en coupe réglée au Congo Brazzaville, au Togo, et dans beaucoup d’autres pays de l’ancienne AOF/AEF affectueusement baptisée pré-carré français. Il faut comprendre par-là, une propriété privée de la France en Afrique, un peu comme le statut conféré au Congo Belge à la conférence de Berlin en 1884. « Etat indépendant propriété du roi Léopold II »[2].

C’est au Congo Belge que Giscard d’Estaing va s’illustrer en faisant sauter la légion étrangère française sur Kolwezi, une cité minière de la riche province du Katanga. Le prétexte était de venir sauver les expatriés, victimes officiellement des exactions des rebelles Katangais. En réalité il était question de voler au secours du roi léopard dont l’armée était mise en déroute par la milice nationaliste lumumbiste. Il ne fallait pas permettre une moindre remise en cause du pouvoir du maréchal allié inconditionnel de l’Occident, par les alliés du bloc de l’Est. Le maréchal avait d’ailleurs orchestré lui-même les massacres des occidentaux vivants à Jadoville (actuelle Likasi) et Elisabethville (Lubumbashi) au Shaba pour accélérer l’intervention des alliés européens qui semblaient hésiter au début du conflit.

Giscard va aussi se rendre célèbre par ses amitiés avec un autre dictateur africain l’empereur Bokassa premier.  Il est curieux d’observer que sous Giscard tous ces agents de la Françafrique en poste dans les ex-colonies veulent avoir un pouvoir monarchique. La France n’y trouve pas d’inconvénient. Le sacre de Jean Bédel Bokassa est d’ailleurs organisé par l’Elysée. On conseille et met à disposition du dictateur l’expertise de la France ou ce qu’il en reste, dans le domaine des grandes parades monarchiques. Dans le N°4 de Peuples Noirs Peuples Africains Mongo Béti écrit : Pour l’Africain qui a vécu en France, au début des années cinquante, l’atmosphère empuantie des mensonges de la guerre d’Indochine ou, plus tard, la folie sanguinaire de la pacification de l’Algérie avec sa stratégie raciste, ses techniques de terreur et leurs effets ravageurs sur la vie du petit peuple autochtone, c’était à se demander si on n’était pas revenu vingt-cinq, trente-cinq ans en arrière.[3] Il faut dire qu’entre-temps la France du général avait échoué dans la baie du Biafra face à une armée nigériane entièrement sous commandement africain. La guerre du Biafra se solda par un bain de sang fratricide et des atrocités indescriptibles. La France hantée par les récits de la victoire éclaire allemande et de la défaite de Dien-Ben-Phou devait redorer son blason militaire et justifier son rang de grande puissance surtout aux yeux des autres alliés.

En sautant sur Kolwezi Giscard avait simplement décidé de briser les reins à toute velléité de liberté véritable des peuples d’Afrique. Le Zaïre de Mobutu Sese Seko, le garant irremplaçable de l’extorsion forcenée des matières premières au profit du capitalisme devait servir d’exemple. Il fallait prouver aux autres que Marianne pouvait assurer la mission que lui avaient confiée les autres pays impérialistes en Afrique.

            Après le Cameroun et l’Algérie, Kolwezi était une sorte de répétition générale. Car en dehors des actions ciblées, coup d’état par mercenaires interposés comme au Gabon, la France n’avait pas mené une opération militaire de grande envergure pour soutenir un de ses dictateurs de service en Afrique. Il lui fallait tester cette option, au regard des revendications dans ses ex-colonies et des actions de certains mouvements nationalistes. Il fallait montrer aux autres alliés que la France pouvait aussi mener une guerre et la gagner ; même s’il fallait pour cela assassiner des hommes déjà désarmés.

Mitterrand lui, a un peu du mal en président de gauche, à affirmer officiellement la posture paternaliste et impérialiste de la France conquérante. Il doit préserver les intérêts de la France et de l’Occident dans cette partie du monde placée sous sa garde. Mais en même temps il veut montrer à une certaine frange de la population que la France est désormais respectueuse des droits de l’homme et des libertés y compris dans ses ex-colonies. Seulement le Tchad va lui offrir l’occasion de faire sa guerre. La situation est complexe il faut d’abord régler les palabres entre deux frères d’armes Hissène Habré et Goukouni Oueddeï. Il est en fait question de choisir entre les deux celui qui serait le plus apte à préserver les intérêts de la France. On valse entre l’ancien ennemi N°1 qui a enlevé une fille de la république et lui a fait des enfants, cet Habré là on n’est pas prêt à s’en accommoder. Mais Goukouni éprouve trop de sympathie pour un ennemi déclaré de l’Occident, le Guide de la Jamahiriya Arabe libyenne, Mouamar Khadafi. Alors contre mauvaise fortune on fait bon cœur. Hissène Habré est notre homme, soupir Mitterrand. On lui apporte le soutien nécessaire avec l’appui de l’ONU on contient les troupes libyennes au-delà du seize parallèle. En fait on met sous embargo l’un des belligérants. Abéché puis Faya-largeau tombe et Goukouni ne peut plus tenir, Habré et son chef d’état-major Idriss Deby s’emparent du pouvoir. La suite on la connait, Idriss prit la place de Hissène et devint Itno, l’homme providentiel à qui on accorde tout au nom de la pacification du Sahel.  En fait Habré était en sursis, le pauvre on ne lui avait pas pardonné. L’affaire Claustre est restée en travers de la gorge des gaulois. Ils attendaient juste le bon prétexte pour se débarrasser de ce nègre de service un de plus ou de moins peu importe il s’agit de bien meuble qu’on peut changer à sa guise, pauvre esclave si tu oublies cela tu es en train de faire fausse route. Paul Biya au Cameroun semble l’avoir oublié. Il a osé déclaré que le Cameroun n’est la chasse gardée d’aucune puissance. Puis il a répliqué à Hollande Ier, ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut. On attend de voir quel sort lui est réservé, mais le Cameroun c’est le Kamerun.

Les forfaits de la France de Mitterrand ne s’arrêtèrent pas au Sahara. Il a feint au passage d’exiger un plus grand respect des droits et des libertés individuelles des citoyens de l’ex-empire colonial. La démocratie devient une condition, du moins l’affirme-t-on à l’Elysée, pour l’aide au développement. Nous avions bien compris le message. Un simple borborygme et un grossier mensonge, comme savent le faire les crétois, les dictateurs de la France en Afrique vont continuer à recevoir l’aide de Paris y compris le soutien militaire.  La preuve, Mitterrand a poursuivi le projet Gaulliste de mise sous-tutelle de l’Afrique française. Il pouvait prendre le fouet pour mettre un peu d’ordre dans une cour de récréation devenue trop bruyante à son goût. Mais il pouvait aussi compter sur des vieux briscards comme Houphouët pour fouetter des jeunes trop turbulents comme Sankara.

IL y a eu l’étalon du Yenenga, le jeune capitaine Thomas qui au début ne semblait représenter aucune menace. La Haute-Volta une terre perdue dans cette vaste partie de l’empire ouest-africain, ravagé par l’exploitation coloniale sauvage de la faune et de la forêt. En effet ce n’était qu’un simple réservoir de main d’œuvre pour le grand voisin et à la limite petit jardin de coton. Mais que non, Sakara avait atteint la cible, par un discours précurseur un appel à un réarmement moral et à une prise de conscience qui ne s’adressait pas seulement aux jeunes voltaïques devenus Burkinabé entre temps. Ce Jeune turbulent et trublion est très vite devenu une menace pour l’entreprise de pillage en silence de l’Afrique. Il fallait le réduire au silence. Cette fois la France de Mitterrand n’a pas eu besoin de se salir les mains. Son homme de pacotilles, le Vieux Houphouët Boigny a pris les choses à main. Une rafale de Kalachnikov a balayé le président et ce ne fut qu’un regrettable accident, tenta d’expliquer son bourreau de frère Compaoré.                 

Mais entre-temps dans les grands lacs, une recomposition était en marche. Il fallait faire vite le Maréchal ne contrôlait plus la situation et il était devenu encombrant et affaibli par la maladie. La Belgique n’était pas en mesure de gérer la situation de toutes ses anciennes colonies. La France va alors entrer en scène du Rwanda au Zaïre en passant par le Burundi elle va infiltrer ses agents et du matériel pour éviter une révolution incontrôlée le coût humain importe peu. Il n’a jamais intéressé personne, Staline disait, les morts ce n’est que des statistiques. En réalité les accords sur le Congo avaient été prévus pour être rediscutés vers 1998. Seulement Mobutu ne voulait pas en entendre parler. Il avait pris goût et s’imaginait être devenu maître du jeu. Il faut savoir que dans les accords entre Léopold II et les autres puissances occidentales, les peuples du Congo devaient être progressivement associés à la gestion du territoire sous la conduite des colons belges installés sur place. On devait en fait évoluer vers un système similaire à celui de l’Afrique australe. Que ce soit le traité sur le Katanga, ou celui sur le Kivu ou encore celui sur le grand-Lac entre 1902 et 1916, il était clairement stipulé qu’au moins le tiers des ressources tirées de l’exploitation des colonies devait être réinvestis pour le développement de la Colonie. C’est ce qui explique l’urbanisation et l’organisation sociale et culturelle qui était implémentée dans ces territoires. Mais les revendications nationalistes ont un peu bousculé l’agenda des colons ce qui entraina les réajustements politiques. Cependant il faut dire qu’au fond la question de la mise à jour du cas du Congo n’avait pas été oubliée. Pouvait-on continuer à laisser un si vaste territoire aux africains au risque d’en faire un levier de réveil économique, culturel et politique au cœur du continent ?

La guerre du Congo, fut une mise en route de cette politique de réorganisation de la politique coloniale. Malheureusement il y eut des nouveaux acteurs, certains africains dont les intérêts n’étaient pas en harmonie avec ceux des commanditaires. Le premier de ces acteurs fut Laurent Désiré Kabila lui-même, choisi pour remplacer Mobutu il ne voulut pas se satisfaire du simple rôle de pantin de l’Occident. Il se prit à rêver d’un grand Congo qui serait le leader économique et politique de l’Afrique Centrale. Or pour les maîtres du monde, il était question soit de se remettre dans le rôle de Mobutu soit de favoriser la balkanisation du Congo. C’est la raison pour laquelle les autres suppôts de l’impérialisme sollicités pour faire tomber le roi Léopard espéraient obtenir en récompense une portion du scandale géologique. Les compagnies minières installées au Congo Kinshasa avaient commencé à se déployer au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et au Burundi. Le dépeçage du Congo pouvait commencer avec comme solution ultime une redistribution de la carte territoriale dans la région des Grands Lacs. Le Rwanda qui est le seul des protagonistes à avoir une longue frontière terrestre avec la RDC se lança le premier dans l’occupation effective d’une partie du Congo. L’Ouganda et la Tanzanie se limitèrent à venir en aide à des seigneurs de guerre charger de poursuivre les conflits larvés et l’exploitation du sous-sol au Congo. Le conflit du Congo ne doit pas faire oublier celui du Rwanda. La règle reste la même, que l’Afrique demeure cette pourvoyeuse de matière première et un débouché pour la pacotille et les produits de seconde main. Le marché des véhicules, du mobilier, des vêtements de seconde main en Afrique le montre très bien. Les enjeux sont énormes sur toute la chaîne économique, du petit artisan couturier de la Briqueterie au Cameroun au collecteur du secours catholique qui trie et conditionne les ballots de friperies, le principe d’exploitation coloniale continue à faire des victimes. Le couturier perd son emploi et décide de mettre ses économies entre les mains d’un passeur pour arriver en Occident. Là, il vous pose à vous le problème de l’immigration, du chômage et de l’insécurité. Mais passons, nous en étions encore aux crimes d’Etat au Rwanda.

Il est établi que la France, malgré l’embargo imposé au Rwanda avait continué à armer les génocidaires Hutu. Une note de l’Elysée mise au jour de manière fortuite a apporté cette preuve irréfutable que sous ordre de la Présidence de la République, Hubert Védrine a organisé et mis en exécution des livraisons d’armes au Hutu. Car disait-on des crises des Grands-lacs, (Même Dieu ne veut pas s’en mêler…). D’autres témoignages ont clairement établi la neutralité malveillante des troupes françaises présentent au moment du génocide. Des soldats français ont brisé le silence en affirmant que le politique a refusé de donner l’ordre à l’armée présente sur le théâtre d’opération de mettre fin au massacre. Dans certains cas l’initiative a été de soutenir les génocidaires. Les rapports de Macron et du Rwanda sur le génocide n’en disent pas autre chose mais si le langage diplomatique évoque la faute par omission ou négligence.

Quand vint le tour de Jacques, la situation était sous contrôle dans tout le pré-carré. Le Rwanda de Paul avait choisi de parler désormais anglais, mais les minerais du sang exfiltrés par son pays étaient toujours négociés à Anvers, le business était sauf. Le Congo redevenu démocratique était pillé sans vergogne mieux que sous le Maréchal Léopard. Le Pays le plus riche en ressources naturelles était devenu l’un des plus pauvres de l’Afrique et du monde. Sa reconstruction offrait un vaste marché aux multinationales européennes. Que demander de plus lorsqu’un riche solvable vous appelle à son chevet ? Le prêts-bails avait bien été inauguré par les Etats-Unis d’Amérique lors de la deuxième grande guerre. Il ne fallait surtout pas venir lui parler, à lui Jacques l’Africain de la démocratie en Afrique, non c’est un luxe dont ces sauvages ne peuvent se targuer. Alors les roitelets de services applaudirent des deux mains. De Lomé à Libreville et de Yaoundé à Brazzaville on se senti soulagé. Les Dynasties pouvaient tranquillement se mettre en place on se prépara à se passer le pouvoir de Père en fils sous le regard bienveillant du coq gaulois.  Faure devint l’homme fort du Togo tandis que Ali s’allia toute la famille biologique et politique de Bongo au Gabon, et que Franck commençait à écumer les couloirs du palais d’Etoudi comme conseiller de son président de père le roi Biya premier, Tandis que Deby mettait paisiblement toute sa famille aux affaires.

Malgré le calme apparent, la situation semble de moins en moins sous contrôle. Il faut dire que des nouveaux prétendants sont entrés en scène et les vieux dictateurs n’ont pas su laisser des héritiers dignes. Les petites expériences démocratiques ont souvent permis l’irruption des invités inattendus. Pascal Lissouba avait terrassé l’homme fort de Brazzaville, par les urnes et semblait ne pas vouloir marcher sur la voie tracée par Paris. Mal lui en a pris il fut remercié par une guerre civile et le roi Sassou fut rétabli sur son trône. Les héritiers de Houphouët, comme les deux voleurs et l’âne, ont laissé le troisième larron, Laurent prendre leur butin.

Laurent un autre, hors la loi, qui ne voulait pas se laisser conter a appris à son corps défendant la rude leçon de la Coloniale. Sarkozy lui a conté son histoire. Comme à Kolwezi à une ressemblance près, le BIMA prenant la place de la Légion Etrangère, la France est venue reprendre possession de sa colonie et confier sa gestion à un interlocuteur valable. Alassane Dramane Ouattara, quelle fin dramatique pour une Afrique qui se bat pour sa liberté. Des officiers français, le général Palasset de renseignements généraux, les colonels Hintzy, Pierre Héry et Lavoizière tous présents en Côte-d’Ivoire ont raconté le déroulé du coup d’état contre Gbagbo. Sarkozy n’a jamais réfuté ce fait. Ce que les témoignages des officiers supérieurs français révèlent c’est les détails du déroulement des opérations. Il y a eu une mise en scène savamment orchestrée depuis la constitution du Golf Hôtel comme présidence bis à la création des média radio et télé destinées à la propagande, pour polir l’image de Alassane Ouattara et préparer son adoubement par certains de ses pairs africains. Tout fut pris en charge par la France y compris les factures de l’Hôtel du Golf. Il fut ainsi créé la Radio Côte d’Ivoire puis la Télé Côte d’Ivoire qui vit le jour le 22 janvier 2011. Le général Castre est formel, tout était piloté depuis l’Elysée. La France avait pris l’affaire en main sans officiellement l’avouer. Elle avait trouvé son pion. Un homme qui est esclave de l’argent et du luxe démesuré ; tout le contraire de Laurent Gbagbo. La direction des opérations fut confiée à la DGSE. Même les discours du président du RDR étaient préparés par un officier de la DGSE. Sarkozy assurait personnellement le coaching, tout le personnel technique est arrivé via Bouaké comme le matériel. Le président Sarkozy tenait à avoir personnellement le futur président choisi par la France au téléphone au moins une fois tous les deux jours, précise le colonel Hintzy. En effet la partie n’était pas gagnée et selon des indiscrétions Alassane D. Ouattara n’avait pas le moral et la combativité nécessaire ; surtout que l’Union Africaine n’était pas encore favorable à ce nouveau putsch de la France en Afrique. Là encore c’est le président français qui va dealer pour calmer Jacob Zuma et Dos Santos. Que leur a-t-il offert, on en saura peut-être plus un jour. La suite est connue, après ce succès à l’AOF, Napoléon a mis le cap sur la Tripolitaine, mission assassiner le colonel Mouamar Khadafi et mettre ainsi fin ou ralentir considérablement les projets de développement de l’Afrique par une dynamique propre au continent. C’est vrai que Sarkozy avait d’autres affaires avec le colonel président. Il avait accepté au nom des contrats, à se mettre au service de Khadafi, longtemps mis au banc de la communauté international. Le futur président français avait accepté, contre billets de banque, à travailler pour que la Libye redevienne un pays fréquentable. Ziad Takkiedine a fait des révélations sur son rôle d’intermédiaire dans le transport des valises de billets de Tripoli à Paris. En 2005 Claude Guéan avait confié à Ziad l’organisation du voyage de Sarkozy à Tripoli. C’est ainsi que le 06 octobre 2005 le ministre de l’intérieur futur président de la République Française est reçu sous la tente de Khadafi en Libye. Il eut un entretien de trois quart d’heures entre le Colonel Khadafi et Sarkozy. Il y aurait eu des accords confidentiels que le futur président Sarkozy devait classer secret défense. Il se pourrait que le Colonel ait mis de grosses sommes d’argent du « fond souverain » libyen entre les mains de Sarkozy et de quelques argentiers européens. Le Guide de la Jamahiriya aurait demandé des engagements fermes de la part de la France vis-à-vis de l’Afrique en vue de l’avancement des projets de l’Union Africaine. Les européens surtout les français réalisaient bien que le projet libyen contrariait les intérêts français en Afrique. Lors de cet entretien Nicolas Sarkozy avait clairement révélé au Colonel qu’il va se porter candidat aux prochaines élections présidentielles. Le Colonel lui promet son aide politique. En retour le Colonel lui déclare son gène face à la question de son beau-frère Senoussi Abdallah le directeur des renseignements sous Khadafi condamné à perpétuité par contumace par la justice française. Selon Taher Daech, un an après cette rencontre des intermédiaires français seraient venus rencontrer le colonel Khadafi qui donna son accord pour un montant global d’environ 57 millions d’euros. Toutes les échanges sont enregistrés en audio et vidéo ce qui rend ces aveux difficilement réfutables surtout quand on a vu la suite en mondovision. La valse des porteurs de valises aurait commencé en novembre 2006. Le premier versement est de dix millions d’euros. Ziad Takkiedine a affirmé avoir effectué trois voyages à Tripoli et pour les deux premiers il a été reçu par Claude Guéan et lors du troisième il fut directement reçu par le ministre d’intérieur N. Sarkozy. Ziad a ainsi avoué avoir transporté cinq millions d’euros pour la campagne de Nicolas Sarkozy[4]. Cette version des faits aurait été confirmée par Béchir Saleh l’ancien directeur du cabinet du Colonel Khadafi et directeur du LAP un des fonds souverains libyens. B Saleh : « Le chef d’Etat sa vie c’est secret »[5].Saleh avait été exfiltré de Tripoli en 2011 par les services secrets français pour Paris où il passa cinq mois. Malgré les objections de Sarkozy il est clair qu’il a été en contact incestueux avec les milieux mafieux français. Lui qui qualifiait Khadafi de dictateur, est proche de malfrat comme Ahmed Djouri. Pour tout dire, treize ans après, lors de son procès sur les écoutes téléphoniques, ses agendas auraient miraculeusement disparus…, tout à fait curieux pour un ancien chef d’Etat français on est là en plein mafia italienne.

Après l’élection de Sarkozy à l’Elysée en 2007, le Colonel Khadafi a fait une visite en grandes pompes à Paris. Il a installé sa tente en plein Paris pendant cinq jours. L’Europe entière était médusée, surprise du faste et du déploiement réservés par la France au Guide libyen. Même certaines proches du guide, comme l’ex-amazone Zarha Mansour n’ont pas compris ce qui se passait entre le tapis rouge de l’Elysée et la partie de chasse privée, le Colonel et sa suite étaient aux petits soins.

 Mais il se pourrait qu’une fois élu Sarkozy n’ait pas honoré sa parole. Le colonel étant imprévisible le deal a tourné au fiasco et pour l’Europe il fallait éliminer Khadafi, dont l’un des crimes était de vouloir libérer l’Afrique de l’esclavage financière en créant des ‘Fonds souverains », et surtout le Fond Monétaire Africain. Car dès 2008 les relations entre les deux hommes se détériorent. La promesse de dix milliards d’euros de contrats faites par Khadafi est annulée. Sarkozy qui n’a pas fait gracier Abdallah Senoussi, mais qui espérait relancer l’économie française à travers ces contrats attend une occasion pour mettre fin à la vie du colonel encombrant. Dès la crise de 2011 à Tripoli, Pépin le Bref met à prix la tête de celui qui l’a aidé à conquérir la Présidence française et qui en sait trop. La suite on l’a vécu en direct à travers tous les médias de la planète. Comme Patrice Lumumba, Khadafi a été livré par les forces européennes à ses ennemis et assassiné.

Voici, peuple français de France, un aperçu des actions de vos gouvernants chez nous, en Afrique noir francophone. Nous n’avons pas l’impression que cette politique de spoliation de l’Afrique soit en train de changer. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de vous écrire en premier. Les Français, vous peuple de France avez désormais un destin lié au notre. On nous parle de l’économie durable, de protection de l’environnement, de lutte contre l’immigration clandestine. Tous ces maux sont conséquences d’une politique mise en place par vos dirigeants dans nos pays. Exploiter le continent et ses ressources au seul profit des occidentaux est une erreur, quelques soient les arguments avancés. Il arrive que les pauvres d’Afrique, comme ceux de l’Europe au quinzième et dix-neuvième se lancent à la conquête des continents supposés porter des meilleures opportunités d’épanouissement. Ne vous en prenez plus aux pauvres immigrés, ils sont poussés chez vous par la caste des gouvernants impérialistes qui nous pillent depuis le quinzième siècle. Le modèle de développement économique que nous avons actuellement est la principale cause des guerres et des conflits asymétriques. Il prône la liberté de prendre par la force des armes et non la liberté de réussir en tenant compte de l’harmonie. La confusion entre l’entreprise et la société a fait croire selon le modèle anglo-saxon que l’employé est un esclave au service des seuls actionnaires. Partout ici comme chez vous le capital pille et tue les peuples. Voilà la cause première du conflit et de son échec. Il est clair aujourd’hui que le modèle économique du nouvel ordre mondial occidental menace la race humaine et la planète. Il ne sait faire qu’une chose, réduire à la servitude les hommes et les choses. Il ne se soucie pas de l’équilibre de l’harmonie de ce que les africains appelaient la « Maat »[6].

L’Afrique a été victime de près de quatre siècles de crime contre l’Humanité sous l’étiquette de la traite négrière, parce que l’Europe voulait réussir l’exploitation agricole de l’Amérique. Puis il y a eu le second crime, celui de la colonisation avec sa cohorte de guerre de libération, de régimes ségrégationnistes dans de nombreux pays et des assassinats ciblés au nom de la raison d’Etat. Si l’Afrique se lance dans des procès contre la France, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal ou la Belgique bref toute l’Europe impérialiste du quinzième et dix-neuvième siècle, ce serait la ruine dans vos pays. Même si nous avons pardonné, il faut que nous résistions à l’amnésie imposée. Voilà pourquoi je vous écris afin que nous ne reprenions pas les modèles du passé qui ont engendré la première et la deuxième guerre mondiale. Puis le regard méprisant permanent posé sur le khamit ici en Afrique, chez vous en Europe ou encore en Amérique.

Les fortunes spontanées que vous voyez apparaitre ici et là en métropole, comme Bolloré, ne sont que les contremaîtres des temps modernes des champs de cannes à sucre et de café, coton, minerais divers produits au prix du sang des africains sous les regards complices de vos gouvernants depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

L’Afrique a payé un très lourd tribut lors de la première et la deuxième guerre mondiale. Nous savons ce que la métropole a réservé aux soldats africains. Ils furent massacrés à Tcharoye pour avoir revendiqué leur solde, puis classés comme soldats inconnus, leurs soldes cristallisés, ils ne sauraient se servir d’autant d’argent. Ah il paraît que vous, Excellence Macron, avez songé à réparer cette infamie en dressant enfin un monument à la gloire des soldats africains, ils ne tiraient pas ailleurs. Ils ont bel et bien accompli leur mission avec adresse et bravoure il est temps de l’enseigner à vos extrémistes dont certains parents avaient trahi la cause nationale. Pétain le héros de Verdun a bien fini comme paria de Vichy. S’il avait été un négro-africain, qu’on eût eu droit à tous les qualificatifs pour décrire son degré d’incompétence, son manque de consistance et que sais-je encore. Heureusement il s’agit du héros de Verdun, l’homme qui défila après la victoire de 1918 sur un cheval blanc comme Napoléon. Ça la France ne l’a pas oublié, une traitrise fût-elle celle d’un héros, reste une traitrise, plus une ruelle ne porte le nom de ce Grand homme de la guerre de 14-18. Vous excellence, vous n’oubliez ni sa grandeur ni sa bassesse. Vous avez associé son nom à l’hommage aux maréchaux, la réaction a froidement douché votre élan de cœur plus que de raison.

Les Français ont dit majoritairement non à cette initiative, le projet n’a certes pas été étouffé dans l’œuf. Mais rien ne s’est passé comme vous l’auriez souhaité. Oui Français de France vous avez refusé de rendre hommage au Maréchal Pétain héro de la guerre de 14-18.

Alors, lorsque le Président Macron demande aux africains d’oublier ces crimes, de l’esclavage au génocide au Rwanda en passant par la colonisation, n’est pas une insulte d’une grande infamie à tous les africains, un délit de négationnisme comme vous le dites au sujet de la shoah qu’un de vos concitoyens n’hésitent pas à qualifier d’un petit détail de l’histoire. Peut-on imaginer Macron demandant aux juifs d’oublier la shoah, juste un million de morts (un détail de l’histoire) selon JM Le Pen ? Il y a eu au moins Vingt-cinq millions de russes morts lors de la deuxième guerre mondiale et presqu’autant d’africains. Staline a parlé de simples statistiques qui font avancer l’humanité. Il y a eu près de deux millions dans la guerre récente du Congo-Zaïre. Oui, mais pour Macron les morts africains ne comptent même pas. Lui qui n’était pas né au moment des atrocités hitlériennes pourquoi ne demande-t-il pas à l’Assemblée française de revoir la loi contre le négationnisme. Oui puisque les jeunes générations de l’Allemagne n’ont rien à voir dans ce drame. Allons, Monsieur le président, un peu de courage, dites aux Israéliens que la Palestine n’est pas leur patrie comme l’Italie ne peut pas être la Patrie de tous les chrétiens du monde. L’Italie est bel et bien le pays des italiens. Que les reliques des premiers chrétiens y reposent ne fait pas de l’Italie le pays des chrétiens du monde. Le judaïsme n’est pas une nationalité, ni une race, c’est une religion et on ne peut pas revendiquer une patrie de manière aussi illogique, l’obtenir et perpétrer impunément des crimes contre les autres peuples autochtones. On sait tous que la communauté internationale a pris des résolutions qui devraient s’appliquer à tous. Un Etat pour les palestiniens qui ont leurs territoires, il faut arrêter la colonisation de Jérusalem-Est et des autres territoires palestiniens. Je crois qu’il est temps de faire respecter le droit à l’auto détermination par tous et pour tous.

Mais, J’oubliais, Excellence, il y a une communauté internationale pour les indigènes et une pour les civilisés. Je m’en souviendrai et je m’excuse d’avoir ainsi abordé un sujet qui ne concerne pas les nègres, même mes cousins les falashas, les fils d’Enoch le seul homme à être monté vivant au ciel. Revenons à ce qui nous concerne.

Vous avez en date du 7 novembre 2018 décidé d’associer le nom du Maréchal Pétain à la commémoration des héros de la première guerre mondiale, on a tous vu le rififi que vos propos ont causé. Le CRIF, a exprimé son indignation, de la droite à l’extrême gauche on a jasé et ouvertement critiqué votre décision. Entre temps Donald Trump a de manière unilatérale reconnu Jérusalem comme capital d’Israël en violation des résolutions de l’ONU. L’Union Européenne a fait semblant de s’y opposer mais on sait très bien à quel jeu elle joue. Je ne voudrais pas par ces propos prendre le parti des palestiniens, absoudre Adolf H, ce serait aussi suicidaire que la bombe H. Je ne veux non plus soutenir les fanatiques extrémistes de quelques bords qu’ils soient. La Fontaine nous l’a bien rappelé la raison du plus fort est la meilleure. Mais moi je pense que la meilleure force est la justice raisonnable. C’est cette justice qui met l’homme au centre de notre vie sur tous les plans rien ne doit avoir une valeur au-dessus de notre humaine condition.

Excellence pourquoi demander aux africains d’oublier ou même de pardonner des crimes pour lesquels les coupables refusent encore d’assumer entièrement la responsabilité ? La France n’a-t-elle pas adopté un délit de négationnisme ? N’est-il pas temps pour que les africains commencent à vous poursuivre pour « Négationnisme » ?

On ne saurait comprendre votre attitude, Excellence, sauf bien sûr, à relier vos propos à la vision judéo-chrétienne impérialiste porté par votre Europe Occidentale (L’Europe qui extermine). Oui c’est comme ça que les Africains devraient comprendre la politique européenne vis-à-vis de l’Afrique et de l’Amérique latine depuis le quinzième et seizième siècle. Le racisme a commencé à être insidieusement inoculé au peuple européen dès le quinzième siècle. La rencontre avec l’autre a été pour lui une occasion de conforter sa position de puissance. Mais il lui fallait vis-à-vis de son peuple une explication objective de l’usage de la violence qu’elle allait mettre en œuvre. On a alors créé des catégories, des races, comme pour les animaux et les plantes on a inventorié étiqueté et classé les hommes. Les chercheurs français ont été très nombreux à participer à ces pseudos recherches en sciences humaines qui ont donné naissance au « Code Noir ». Oui la France veut oublier qu’elle a été la seule Nation européenne à règlementer l’esclavage. Le Code Noir suffit à lui tout seul pour faire ce fameux procès pour Crime contre l’Humanité aux esclavagistes.

Rien que pour ce crime je me suis laissé convaincre par l’idée que mon premier destinataire devrait être la France. La Mère-patrie, diraient nostalgiquement nos grands-parents colonisés.  Car dans le processus encore en cours d’extermination des autres peuples de la planète par les Européens, les Français sont ceux avec lesquels moi le Bantu nsa’a[7] de Kahn j’ai un contact privilégié, par la langue, la religion, la mode vestimentaire et d’autres éléments de culture. Je veux d’entrée de jeu que nous nous comprenions bien, je n’ai aucune haine contre les français comme homme. Comment le pourrais-je ? Gaston Donat est un héros pour moi ? Mais Ramadier et Roland Pré et beaucoup d’autres, Chamault, Blatt sont des bourreaux des assassins. Mon fils est français et moi je suis camerounais. Je vois et regarde avec beaucoup d’admiration ce Camerounais, Monsieur La Tour Jean médecin, qui s’occupe sans état d’âme de ses frères d’Adjap ou de Ngoulemakong. Je me reconnais en Teddy votre champion de judo hors catégorie. Je n’ai rien contre tous ces français de Mbengbis, Kiki, Okola et ces africains de Tours, Amiens ou Lyon. J’ai applaudi Mbappè, Pogba, Kanté à la coupe du monde football même si mon souhait eût été que les Lions du Sénégal ou les Supers-Eagles du Nigéria gagnassent la coupe. Voilà le monde que nous aurions dû bâtir dès le quinzième siècle. Mais l’Europe des dirigeants, politiques, économiques et religieux a fait le choix égoïste de l’exploitation, de l’exclusion et des génocides.

Plus grave des érudits ont élaboré des théories pour justifier ce que les politiques avaient décidé de mettre en place au profit des économistes. Les religieux, enfermant Dieu dans les canons d’églises ont encensé l’entreprise et la machine s’est mise en branle. De bonne foi, oui puisque le Pape Bartholomé De Las Casas avait mis en bulle un argument valable. Il y avait des peuples ayant une âme et d’autre pas. Malheureusement nous les nègres des rives du Wuri et de la Sanaga, nous nous sommes retrouvés dans la mauvaise catégorie, celles des hommes sans âme. Il fallait nous humaniser par l’esclavage, le travail forcé puis l’indigénat. Après des siècles de cet odieux crime, Dieu le Père aurait touché le cœur des Blancs. Ils se seraient même battus entre eux pour abolir la pratique au nom de l’humanisme. Mais entre-temps nous nous sommes battus pour l’indépendance des Etats-Unis contre le Royaume-Unis. Des Noirs en armes à côté de leurs maîtres contre d’autres maîtres et leurs nègres, « les Buffalo soldiers » célébrés par le prophète jamaïcain Bob Marley. En réalité aux yeux des européens il n’y avait pas de curiosité dans ce fait. Ces Gabbros, métis, mulâtres, tiercerons, quarterons, et autres étaient là comme des chevaux ou autres armes dont on pouvait se servir pour venir à bout de l’ennemi puis s’en débarrasser dans une décharge ou une unité de recyclage. Le Noir a fait partie des biens meubles comme la charrette, la table ou la maison qu’on pouvait céder à un tiers en cas de faillite. De nos jours, votre perception n’a pas trop varié en Europe. Giscard aimait bien l’Afrique son jardin de chasse, mais l’aurait préférée sans les africains.

C’est pourquoi après être arrivés à la conclusion que l’esclavage primaire revenait plus cher et moins compréhensible aux yeux de la grande majorité de leurs populations, les occidentaux ont choisi de le moderniser. Il faut dire qu’entre-temps la révolution industrielle était passée par là. Les exigences de l’économie avaient changé. Les paradigmes, la compréhension et l’explication de l’asservissement d’une catégorie d’humains par une autre avait du mal à passer. Comme on le dirait de nos jours il fallait changer de logiciel. L’esclavage brut, élémentaire n’était plus supportable. Mieux il devenait contre-productif. C’était une concurrence déloyale au machinisme sur le plan agraire et industrielle. La guerre de sécession aux Etats-Unis d’Amérique le symbolise parfaitement. Les Etats du Nord industrialisés n’ont pas prôné et combattu l’esclavage par humanisme pour les nègres. Pas du tout, il fallait simplement trouver des débouchés aux industries et aux machines agricoles. La preuve est que le combat sur les droits civiques se poursuit encore… sous d’autres formes. On le voit tous les jours au pays de l’Oncle Sam. Selon que vous êtes blanc ou noir le jugement de la cour vous reconnait coupable ou non, si la balle d’un flic n’a pas choisi de vous neutralisé ou pas, à moins qu’un flic un peu barge est choisi de vous étrangler.

            Mais ceci ne vous choque pas Monsieur le président ? Question superflue dirait-on car la première curiosité serait celle d’un banquier de gauche ? Oui un banquier proche des partis de gauche au point de devenir leur porte étendard et de conquérir le pouvoir suprême. Il fallait le faire. Pour un bantu de mon aire cosmogonique votre succès exprime une seule chose. La personnalité extrêmement maline, déterminée et sans scrupule. Un homme qui est prêt à tout pour atteindre son objectif. Oui, vous êtes comme cette femme, Billy Typton qui accepta de passer pour un homme afin de réussir dans le milieu très phallocrate du jazz.  C’est la seule explication de votre ancrage à gauche alors que vous êtes porteur d’une politique ultra libérale. L’Europe a besoin de passer à une autre phase de l’exploitation du reste de la planète. La vieille France avec ses méthodes ringardes ne peut plus suivre le rythme impulsé par la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud. Même les Américains du Nord ont dû faire recours à un va-t-en-guerre qui ne reconnait plus les accords de l’OMC met des barrières douanières et menace de destruction toute nation qui veut réduire l’épaisseur du porte-monnaie américain. Tout le monde s’aligne, tous sauf ceux qui ont choisi leurs voies depuis : La Russie, la Chine, La Corée du Nord.

Lorsqu’on a élucidé cette énigme, alors on cerne un peu plus votre personnalité et on comprend votre politique. En ce qui me concerne, les choses sont on ne peut plus claires. Vous êtes le prototype du français auquel je dois m’adresser, un homme de terrain et de terroir, un fils du pays en quelque sorte de la lignée des Mitterrand, Giscard, Hollande, De Gaulle et non un fils d’immigré effarouché par l’arrivée de nouveaux venus qui voudraient lui prendre sa place. Avec vous on a la France des français et sa politique royaliste, impérialiste et paternaliste, on a l’original dans toute sa beauté et non une pâle copie que nous sert un Sarkozy ou un Trump. Cette France occidentale, judéo-chrétienne qui est sous le joug du libéralisme ultralibéral et qui veut cacher son jeu sans le changer. C’est en comprenant cette filiation au royalisme libéral qui est en vous que les Français de France et moi pourrions comprendre que nos destins sont liés. Nous sommes tous esclaves de ce système qui confisque une grande partie des richesses d’une nation au profit d’une minorité en se réfugiant derrière le bouclier d’une démocratie viciée et de contre-vérités scientifiques. Oui, Excellence votre politique est celle du banquier et de l’économie capitaliste ultra-libérale, tout pour les patrons rien pour les ouvriers. Si, un tout petit peu, de quoi continuer à produire comme l’avait décrit Zola dans Germinal. Le poker du banquier est connu de tous, pile il gagne face son client perd.

A Dakar, un de vos prédécesseur, Nicolas le bref a cru devoir donner une leçon d’histoire aux africains en déclarant qu’ils sont sortis de la marche de l’histoire. C’était pathétique, il n’avait réussi qu’à révéler au monde ses propres lacunes en histoire. La suite me donne fortement raison. Il a été balayé par Hollande et se retrouve empêtré comme un petit filou de quartier malfamé dans des affaires de pique-sou. Il est temps que la politique des pays comme la France ait des hommes et des femmes capables d’arrêter la marche vers l’impasse et la ruine. L’ancienne politique se nourrit de l’esclavage et de la guerre. Depuis François Mitterrand on a semblé comprendre qu’il faut agir autrement. Mais il a manqué à Mitterrand le courage d’affronter les réseaux Foccart et Pasqua à travers lesquels la métropole gérait en sous-traitance son empire colonial. Les affaires Elf-Aquitaine et Total sont venues mettre à nue ses dessous scandaleux et peu louables des crimes de la France en Afrique. Le témoignage d’Omar Bongo Odimba avant sa mort a jeté un pavé dans la marre en apportant la preuve des liens incestueux entre certains dictateurs africains et les dirigeants français. Ils ne forment plus qu’une seule et même famille, qui met ses membres au pouvoir en France et en Afrique dans le seul but de sauvegarder leurs privilèges. Le témoignage de Bongo a montré comment Sarkozy a été élu grâce au soutien des présidents africains, lui Bongo, Sassou Nguesso, Paul Biya, sans oublié Khadafi. La suite on la connaît c’est d’ailleurs Bongo qui a conseillé Sarkozy sur le choix de certains de ses ministres et ambassadeurs. Cet « illuminatus »[8], terme de corruption morale très sophistiqué, est devenu le cheval de Troie de la politique française en Afrique au point de perdre son propre peuple dans les méandres de la Françafrique.

            Les français, vous Monsieur le président, vous devez comprendre que l’Afrique n’a plus besoin de cette relation de type féodale. Vous êtes venu à Ouagadougou, ex-Haute-Volta devenue depuis pays des hommes intègres. Vous avez été on ne pense pas assez sincère vis-à-vis de la jeunesse africaine. Elle a vu en vous un modèle de réussite. Une réussite personnelle cela va s’en dire. Celle que chacun souhaite pour lui-même et pour son fils, atteindre les hautes sphères de la politique et de la finance avant la quarantaine. Personnellement excellence, je ne peux que vous tirer ma révérence. Vous êtes cet exemple qui doit inspirer dans un certain domaine les jeunes africains. Mais laissez-moi vous dire, qu’ici dans cette franche de l’empire colonial français, votre France n’admet pas ces trajectoires, sauf quand elle accepte de se plier au bizutage de la mère patrie. Nos génies sont bridés ou brimés quand ils ne sont pas contraints à l’allégeance à une secte ésotérique occidentale, à l’homosexualité ou à l’exil. Dans mon pays le Cameroun, je ne peux pas faire la liste exhaustive de ces brillants compatriotes réduits au silence ou enterrés avant le temps parce qu’ils ont osé indiquer une autre voie possible à celui que la France avait choisi pour administrer son Cameroun indépendant. Ahmadou Ahidjo puisqu’il faut le citer, n’a fait qu’appliquer la feuille de route que la France lui avait donnée pour ce pays qui a conquis son indépendance de haute lutte au prix du sang de ses plus dignes fils. Oui, vous dites que vous n’étiez pas né, vous et moi savons que ce n’est pas une excuse, vous connaissez au bout des doigts l’histoire de la guerre de cent ans et de la Révolution Française vous n’étiez pas né non plus…. Passons donc, votre pilule est trop amère, elle ne peut pas passer au nom de l’antériorité des faits.

             Vous êtes d’une génération qui doit puiser dans l’histoire pour réécrire autrement l’Histoire. Vous et moi n’étions pas nés au moment des faits, mais mes grands-parents ont été d’abord allemands puis français. Alors qu’ils n’avaient rien demandé à vos gouvernants. L’esclavage et la colonisation leur ont été imposés. Le néocolonialisme nous a été aussi imposé à vous et à moi mais à votre seul profit et moi je vous dis que nous ne l’admettons plus. Vous devez assumer vos positions et tenir compte de notre droit à assumer les nôtres. Vous avez affirmé dans un de vos discours que « entre la défense des intérêts de la France et la défense des droits de l’homme le choix était complexe et difficile » nous vous comprenons. Seulement vous prônez aussi le multilatéralisme nous vous comprenons également. Mais êtes-vous disposés à nous écouter et à nous comprendre ? Ce n’est pas sûr ; nous espérons que oui, le monde n’a plus beaucoup de choix, la voix de l’Afrique doit être écoutée.  Face à la ruée des désespérés vers ce qu’ils considèrent comme la « terre promise » nous n’avons plus qu’à attendre, la suite de l’histoire est connue. Même dans le mythe biblique ceux qui se ruent vers la terre promise finissent toujours par la conquérir. L’Occident a envahi l’Amérique au XVième – VXIième siècle c’était sa terre promise, elle en a pris le contrôle peu importe le prix humain et la brutalité la vérité est là devant nos yeux. Arrivés hier en aillons les immigrés irlandais, hollandais, anglais, français, allemands, italiens en imposent aujourd’hui à la planète toute entière avec fierté et arrogance, en vestes et cravates. Ils parlent aujourd’hui de construire un mur pour lutter contre l’immigration des peuples d’Amérique latine. Ces peuples dont ils ont exterminé à coup de Colts et Winchesters les ancêtres.

Vous avez promis une nouvelle relation entre l’Afrique et la France, c’est bien mais elle commence par une nouvelle orientation de votre économie ultralibérale vers un peu plus de communautarisme à l’africaine. Ne nous y trompons pas une fois de plus le manque de travail ne peut pas avoir pour solution la baisse de la démographie. Le travail fait corps avec notre humanité et c’est le modèle économique qui est malade.  Votre prédécesseur Sarkozy, ne comprenant pas le courroux d’un de ses concitoyens lui balança : « casse toi pauvre con… ». Une expression qui traduit tout le mépris et l’arrogance de la seigneurie vis-à-vis du serf, du sans-culotte qu’est le citoyen français ordinaire aux yeux des Enarques, cette nouvelle seigneurie créée pas De Gaulle. Vous n’êtes pas passé bien loin en disant à un chômeur que vous, il vous suffit de traverser la rue pour trouver du boulot. Or le chiffre du chômage n’a pas beaucoup changé depuis que vous êtes aux affaires. C’est vrai que vous aviez trouvé un boulot à votre ami Benala, mais le con il a tout gâché. Le poids de la dette a atteint le taux record de 100% du PIB. Vous êtes depuis la mi-novembre face à une grogne sociale inattendue, le mouvement des « Gilets jaunes ». Traversez donc la rue Excellence et trouvez du boulot à chacun de vos concitoyens. Les Gilets jaunes plus de trente semaines de grogne et vous n’avez pas eu de solution. En fait oui vous avez déterré le « SAC » Service d’Action Citoyenne, une bande de voyous et de flics que Pasqua infiltrait parmi les manifestants pour discréditer toutes les revendications citoyennes. Vos services laissent faire les « blacks blocs » et autres casseurs professionnels pour essayer de discréditer le mouvement auprès des français. C’est là l’expression de votre propre dépit. Moi je vous comprends votre culture vous a bridé et confiné dans une vision monochrome qui vénère le profit et exalte un seul investisseur, celui qui apporte le capital financier. Or c’est le capital humain qui est au cœur de l’entreprise et non le capital financier qui n’est que l’unité de valeur et de mise en relation.

  Inviter à un entretien avec le chef de votre gouvernement, les membres de ce vaste mouvement citoyen, les Gilets jaunes, ont tous décliné votre offre. Du moins, en dehors de Jason Herbert, le seul qui a voulu discuter avec Edouard Philippe. Il est venu poser ses conditions avant de claquer la porte. Ça il faut le vivre pour le croire, un sans-culotte qui refuse la main tendue d’un noble, que dis-je d’un roi Edouard Philippe, un vrai nom de franc. Il est loin le temps où la simple invitation d’un premier ministre de la République était déjà un signe d’apaisement. Si déjà avec vos « cons citoyens » dixit Sarkozy, vous ne vous en sortez pas ; comment comptez-vous sortir de la liaison cagnarde qui sera bientôt celle de la France-Afrique ? Une relation tellement alambiquée que ceux qui tiennent les rênes sont dépassés par l’allure et les proportions de cette nébuleuse.

Entre les marchands de la mort, les négoces flous autour des matières premières, les politiques tatillonnent des dictatures masquées, la France elle-même ne sait plus où donner de la tête. Le continent pour certains est dans la bonne voie, pour d’autres par contre il est au bord du chaos, surtout dans sa partie francophone. Mais ils y accourent tous, Missionnaires, Marchands et Militaires comme à la belle époque. On se demande bien pourquoi ils courent encore alors que tout va à vau-l’eau ? Un artiste africain bien connu a tiré un tableau très expressif des effets de la politique française en Afrique. Il parle d’une navigation trouble entre les gombos de Bongo, la sales sous de Sassou et les faux comptes de Konté, comme un méandre marécageux dans lequel toute personne lucide s’abstiendrait de s’aventurer. Car de ce méandre ne peut surgir que le chaos, un chaos qui ne se limiterait pas au Cameroun ou simplement à l’Afrique. Le cas de la Côte d’Ivoire est là devant nos yeux pour vous rappeler qu’à force de pêcher en eaux troubles on risque se retrouver pris dans ses propres filets. La CPI ne sait plus où donner de la tête. Sorro reconnaît son tort et prépare les populations du Nord à accepter un prochain président venant du Sud. Alassane Dramane risque vivre une fin de règne dramatique avec son commanditaire Sarkozy. Les preuves sont accablantes, c’est Laurent Gbagbo qui avait gagné les élections. C’est la France qui avait armé et poussé les rebelles venant du Burkina à attaquer la Côte d’Ivoire. C’est l’armée française qui a assassiné des jeunes ivoiriens à Abidjan, le général Palasset est sans équivoque là-dessus. Alors une fois Gbagbo et Blé Goudé libérés que devons-nous faire ? Passer l’éponge ? Non ce serait trop facile, personne n’a jamais osé demander aux juifs de passer l’éponge sur les crimes nazis. Il faut que les coupables des crimes en Afrique commencent à payer. La société civile africaine doit se saisir de la question et ester devant les tribunaux en Afrique et en Europe. L’ancien président Sarkozy et ses complices doivent être poursuivis en Côte d’Ivoire et en France. Ce n’est pas une urgence car tout semble s’emballer depuis l’implosion de la Libye par le fait de Sarkozy. On dirait que des hordes de barbares ont décidé de se ruer sur votre chasse gardée ce qui met à mal vos intérêts et les nôtres aussi. Vous comprenez pourquoi je choisis de commencer par vous Excellence, votre politique est déjà mise en péril comme celle de Hollande. François ne voulait plus des interventions françaises en Afrique mais il ne pouvait pas lâcher les mines d’uranium du Niger, de bauxite de Guinée ou d’or de Centrafrique ou du Mali. Si ensemble nous ne travaillons pas à une gestion équitable des ressources de la planète au profit de tous sans une égalité mais dans l’équité, le monde court à sa perte.

             En m’adressant aux Français de France, je voudrais nous éviter un conflit asymétrique et multidimensionnel. Les Camerounais n’éprouvent pas de la haine contre les Français ou les autres Européens et Américains. Chaque peuple a le droit de défendre ses intérêts et tout faire pour assurer un minimum de bien être à sa population. Mais cette quête de bien-être des uns ne doit plus se faire au détriment de celui des autres peuples. Dans son rapport d’information de 2013 l’Assemblée Nationale française a fait un état général de l’Afrique en indiquant très clairement les facteurs qui contre balancent l’élan d’afro-optimisme qu’on remarque depuis une décennie sur la planète. Pour les parlementaires français ; sans méconnaître la pertinence des analyses qui annoncent une croissance de l’Afrique similaire de celle de la Chine dans les prochaines années ; Les élus français appellent à la réserve au regard des crises et de la fragilité des régimes politiques surtout en Afrique francophone[9].

            Ce rapport fort intéressant prend pour exemple, la rapidité avec laquelle le Mali, vitrine démocratique unanimement encensée jusqu’au dernier jour, s’est effondré et les difficultés du Nigéria à maîtriser l’insurrection des islamistes de Boko Haram. Il évoque entre autres raisons de la fragilité des régimes, les velléités de quelques chefs d’Etat de se maintenir au pouvoir envers et contre tout en modifiant les règles du jeu. Nombre de pays africains, francophones ou anglophones restent profondément marqués par d’importantes fragilités structurelles qui handicapent leur développement, quand elles ne l’hypothèquent pas pour longtemps[10].

            En conclusion les parlementaires français demandent de porter un regard lucide sur ce qui se joue à des centaines de kilomètres de la méditerranée. Pour comprendre les raisons qui ont conduit au fait que, près de soixante ans après les indépendances, malgré les politiques d’aide au développement, les pays africains soient toujours mal classés en termes d’indices de développement et fréquemment en situation d’instabilité.

            Un paradoxe est particulièrement frappant quand on examine l’évolution de la politique africaine de la France au cours des dernières années.

            D’une part, alors que la France affiche depuis longtemps son souhait de redéfinir ses relations avec l’Afrique et notamment sa volonté de réduire sa présence militaire, la Politique africaine du pays se traduit en fait par un engagement croissant dans les crises qui secouent le continent. Au cours des dix dernières années, la France est intervenue en Côte-d’Ivoire, au Mali, en République Centrafricaine et au Niger.

            D’autre part alors que la France affiche sa volonté de mieux soutenir le développement économique et social de l’Afrique, en réalité, l’aide au développement est sur une pente descendante. Elle consacre des moyens budgétaires croissants au titre de ses opérations militaires et de sa participation aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, mais son effort en faveur de l’aide au développement régresse. La France déclare aujourd’hui (2015) 8,5 milliards d’euros au titre de son aide au développement on note une diminution depuis 2011[11].

            Excellence, faut-il être plus explicite ? Peut-on l’être quand les parlementaires français nous disent qu’il y a un problème dans les rapports entre votre politique et l’Afrique noire. Il faut, sire, intégrer le fait que nous ne venons pas mendier les euros des pauvres français qui suent sang et sueur pour leur bien-être ; mais nous ne voulons plus suer pour leur bonheur. Nos parents ont pris les armes pour défendre la France alors empire. Ils étaient des soldats au même titre que les français de la métropole. Mais à la fin les uns ont été payés en francs métropolitains et les autres, relégués au rang de tirailleurs sénégalais, en francs coloniaux. A ce jour les descendants de soldats africains réclament à la France des milliards de francs au titre de la solde de leurs parents cristallisée par Jacques Chirac.

Une de vos élues Vanessa affirmait en janvier 2019 dans un entretien avec des journalistes sur RFI et TV5 Monde que les enfants africains qui embrassent l’immigration clandestine ont pour seule faute d’avoir tiré la mauvaise carte à la loterie de la naissance. Voilà le type d’arguments qu’il faut rejeter avec véhémence. Elle assimile la misère en Afrique à une malédiction ou une calamité naturelle ce qui évidemment est faux. Nous savons vous et moi que le continent est victime du pillage et de la spoliation de ses richesses par le système mis en place depuis le quinzième siècle par la traite négrière et qui se poursuit jusqu’à ce jour. La révolution anglaise de 1689 et celle française de 1789 n’ont pas parachevé le processus de réhabilitation de la classe ouvrière. On a simplement reformé la monarchie en élargissant la cour par une démocratie de rente maquillée. Sous le masque de la Haute administration politique et de l’aristocratie industrielle, commerciale et libérale, la noblesse et la bourgeoisie se sont reconstituées. Ici comme ailleurs ceux qui ont bénéficié des fruits de la révolution anti monarchique, avec une éducation gratuite et la santé gratuite sont entrain de fermer les portes derrière eux et de l’imposer aux autres nations notamment africaines.              

Mais vous n’y avez pas échappés et la crise actuelle est un refus que la France oppose au plan que vous êtes venu exécuter à savoir la liquidation des acquis sociaux de la révolution.  Face aux tenants de l’ultra libéralisme anglo-saxon, la France est le dernier bastion de la révolution gauchiste marxiste avec son système de répartition des richesses et son filet social qui peut faire des émules en Afrique. Les français qui se battent aujourd’hui ne le savent peut-être pas, mais la vraie mission, votre vraie cible, Mr Macron est contre le développement de l’Afrique. Ce qui se joue en France n’est qu’une répétition générale, la bataille finale est devant être livrée en Afrique et contre les africains, peut-être même sans les africains comme en 1885. C’est ça l’esprit de Berlin que beaucoup d’africains « désafricanisés » ne comprennent pas.                                                                         

L’Europe mercantile veut l’Afrique sans les africains. Il ne s’agit pas de la couleur de l’être mais de l’homme-peuple-nation avec une âme propre qui s’enracine à un terroir, l’Afrique. Cet homme qui accepte la polygamie sans la sacraliser mais qui rejette l’homosexualité sans la discriminer et la condamner publiquement de manière ostentatoire. Cet homme chez qui le tabou est une mesure barrière servant à protéger certaines valeurs. Les africains ont la ferme volonté de vivre heureux en Afrique, comme le pygmée dans sa forêt. Mais si vous détruisez son environnement alors il doit se battre.

 Cette femme qui est parti du Congo démocratique jusqu’à Agadès à pied avec son bébé ne fuit pas la misère ; mais la prison dans laquelle la politique européenne de « l’arrested development » a plongé l’Afrique depuis cinq siècle. Aujourd’hui que l’Afrique frappe de force aux portes du développement on est face à une impasse. On joue avec les dictateurs, Ici Paul Biya, là-bas Idriss ou Sassou. Même les opposants d’hier, Alpha Kondé, I. B. Keita commencent à changer de curseurs face à votre terrorisme économique et culturel. On veut même convertir des nouveaux aux anciennes méthodes. Alpha Kondé veut ainsi être l’oméga. Au Cameroun on feint de mettre la pression sur le vieux lion mais en réalité on souhaite qu’il tienne le Cap à l’Ouest face aux appels de l’Est, avant de lui trouver un successeur digne. Un homme mouillé par le système et fabriqué par lui qu’on aurait pris le soin de maquillé en opposant. Un jeu de dupe en somme avec comme levier la « diplômite », cette maladie du tout diplôme qui fausse souvent toute lecture objective de la réalité politique. Il faut sortir du mythe du sous-développement et amorcer la marche commune vers le bien-être de tous. Pendant que vous sembliez encore préoccupé par les frondes internes, un mystérieux invité a fait irruption sur la scène, la COVID19. Parti de l’Est le virus a déferlé sur l’Europe et l’Amérique du Nord alors que vous priez en secret qu’il fonçât sur l’Afrique. Les plans d’aide étaient déjà échafaudés pour le continent, pas la peine, pour lui le CORONA, l’Afrique est un continent pauvre et sans intérêt, il faut frapper ceux qui se croient invincibles.  Comme vos plans pour le développement du continent ne sont pas à jours, il faudrait dire aux Noirs ce qui vous fait peur.

Industrialiser le continent pourrait créer ou accentuer la crise de l’emploi en Europe et en Asie. Je dis pourrais car il n’est pas prouvé comme tendent à le démontre vos Prix-Nobels que le tissu industriel africains entrerait nécessairement en conflit avec l’industrie européenne, américaine et asiatique. Pourquoi n’explore-t-on pas un champ de complémentarité. Les bénéfices engrangés par une mono centralisation des industries ne peuvent-ils pas être redistribués par une poly-nucléarisation industrielle ?

            Est-il logique et compréhensible, excellence qu’en une heure un seul individu gagne plus d’argent qu’il ne lui faut pour vivre pendant un siècle ? Cependant juste à côté cent individus manquent de quoi survivre pour une seule journée ? Mettez toutes les armes que vous voulez sur les Champs Elysées pour dissuader ces milliers de sans-culottes de se lever et marcher à la quête de la survie vous ne les arrêterez pas. C’est le même principe pour les africains qui se ruent vers l’Europe rien ne les arrêtera tant que votre système ne les laissera pas assumer leur destin librement chez eux. L’ONG OXFAM le rappelle à chaque parution de son rapport. Une minorité confisque l’ensemble des richesses de la planète. En cette fin d’année 2018 Oxfam signale que les vingt-une premières fortunes mondiales possèdent plus d’argent que le tiers des habitants les plus pauvres de la planète. Dit ainsi c’est n’est peut-être pas compréhensible. Les richesses superflues des vingt-une personnes suffisent largement à sortir près de trois milliards d’individus de la misère. C’est-à-dire qu’on pourrait prélever sur la fortune de ces vingt-un richissimes pour offrir un toit et un repas à trois milliards d’individus sans affecter la richesse des multimilliardaires. Alors il vaudrait mieux bien s’interroger si les travailleurs étaient rémunérés au juste prix de leur apport dans la production de la richesse l’investisseur pourrait-il se retrouver avec trois mille ans de salaire comme Bill Gates ? Non sincèrement la part du capital est surévaluée ainsi que le bénéfice des actionnaires investisseurs.

Voilà l’un des leviers sur lesquels on pourrait objectivement agir sans avoir à créer des conflits à travers la planète. Le COVID19 a révélé avec une terrible véhémence, la supercherie  des dirigeants politiques qui travaillent de connivence avec certains argentiers de la planète pour continuer à amasser sur les dos des peuples même en cas de crise. Il y a eu le fameux problème des masques et des tests, puis le problème du traitement à la chloroquine. Il s’agit de produits que tous les gouvernements de la planète peuvent faire fabriquer dans leur pays et à moindre coût. Mais les connexions établies avec les pays d’Asie pour maximiser les profits ont entrainé de grande pénurie. Entre temps les morts se sont accumulés, le personnel soignant s’est éreinté en vain pour un salaire de misère. La logique du profit n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut questionner la répartition des richesses tant au niveau national qu’international. Vous avez, Excellence reconnu dans vos diverses allocutions lors de cette crise sanitaire, qu’il est important de préserver une certaine égalité d’accès à certains services sociaux comme la santé, l’éducation et le logement. Vous avez également plaidé pour l’annulation de la dette partielle ou totale des pays pauvres. Encore que la dette, on se souvient qu’elle avait déjà été annulée pour certains pays comme le Cameroun. On a parlé à l’époque d’une initiative au profit des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Nous pensons Monsieur le président qu’il est simplement question de revoir la gouvernance mondiale et de permettre l’accès de tous au bien-être. Si nous ne le faisons pas nous mettons en péril les écosystèmes de la planète et poussons des milliers de pauvres vers la migration. Les pays dits riches seront bientôt envahis pars des hordes de migrants, et ils risquent de sombrer dans le chaos. Tout ira très vite les extrémismes risquent de s’emparer du pouvoir dans vos différentes nations et transformeront les vieilles démocraties en dictatures.

Votre dissuasion militaire continuera à marcher mais ce n’est plus pour longtemps. Même vos soldats robotisés du vingt-unième siècle ne pourront pas tenir devant la vague déferlante et il n’y aura plus personne pour contenir les rancœurs accumulées. Luigi Di M. vient de dénoncer la politique de coopération monétaire entre la France et quatorze pays africains ayant en commun l’usage de l’ancien franc des colonies françaises d’Afrique. L’Italie n’est pas seule à voir d’un mauvais œil cette coopération inique qui appauvrit l’Afrique. Ce que l’Italie dénonce, l’Allemagne y avait déjà fait allusion au moment du passage à l’euro. La dernière actualité en date, qui a révélé une fois de plus les velléités de la France à vouloir imposer son diktat au peuple africain, est l’élection en RDC. Votre Ministre Le Drian a osé non seulement remettre en cause les résultats mais aussi exiger de l’Etat congolais la procédure à suivre. Or des chefs d’Etats qui sont vos amis ont commis des forfaits plus criards et le France gouvernementale est restée muette. Certains qui ont plus de vingt ans au pouvoir avec des années d’assassinats politiques dans le dos et des révisions des constitutions sur mesure ont cru bon de vous emboiter le pas. Mais quelques jours après ils ont après concertations avec vous à Bruxelles décidé de s’aligner à nouveau sur vos positions. Oui vous avez dit prendre acte de ce du résultat des élections en RDC et appeler le nouveau président à veiller à la préservation de la paix.  Au Cameroun le même gouvernement a commencé par féliciter le président élu. Puis exiger un dialogue pour apaiser une crise post-électorale qui objectivement n’avait plus de raison d’être quand on sait ce qui s’est passé en 1992. Mais une fois de plus vous avez évoqué la préservation de la paix. Ce mot n’a pas le même sens chez vous selon qu’il s’agît de l’Afrique de l’Amérique latine, de l’Asie ou de l’Europe.

 En réalité on peut assassiner des milliers de nègres comme le faisait votre ami Idi Amin Dada sans que cela ne provoque la moindre réprobation. Le plus important est de préserver les intérêts de la Métropole. Votre visite en ce mois de janvier 2019 en Egypte en est la preuve s’il en fallait encore une. Votre Le Drian a eu un discours lisse face à la crise algérienne. Oui dans ce pays où un président fantôme postulait pour un cinquième mandat depuis un lit d’hôpital, la France n’a rien trouvé de mieux que « laisser les algériens faire leur choix ». Mais quel choix y aurait-il entre un mort et un vivant pour une fonction quelconque ? Décidemment face aux intérêts de la France même la langue française perd tout son sens dans la bouche de ses plus hauts dirigeants.  Le fantôme a donc fait volte-face, le système a plié sans rompre il se donne du temps pour renaître de ses cendres. La crise s’est installée. Le peuple algérien lui souhaite autre chose. Comme d’ailleurs les burkinabé, les maliens, les ivoiriens ou les camerounais tous souhaitent la rupture avec « l’ancien régime ».

Mais les cris de ces millions d’africains, appelants à l’amélioration de leurs conditions de vie, ne vous émeuvent pas. C’est compréhensible, vous n’avez pas été élu pour servir les intérêts de l’Afrique. Il n’y a que vos affidés et suppôts qui pensent le contraire. Alors pourquoi vous ne laissez pas l’Afrique aux africains. Ah j’oubliais ils ne sont pas assez matures, ni assez intelligents pour prendre en mains leur propre destin. C’est, une fois de plus, l’esprit de Berlin. Le comble du ridicule, est que vous avez formés beaucoup de peaux blanches au masques noirs pour relayer ce discours dénué de tout fondement logique. Ils s’opposent avec fermeté à « l’Afrofuturisme » cette projection positive de l’Afrique dans l’avenir qui s’inspire « de l’afrofuturisme américain » dont les résultats sont aujourd’hui visibles.

 Seulement après plus d’un siècle de votre présence le sort des africains n’a pas fondamentalement changé, nous croulons toujours sous le poids de la misère et des dictatures. Votre modèle fondé sur le Produit Intérieur Brut (PIB) élevé est obsolète. Nous pensons qu’il faut œuvrer à la recherche d’un Bonheur Intérieur Brut (BIB). Alors la question est simple : à qui la faute ? Nous pointons du doigt nos dirigeants et nous allons le leur rappeler. Mais comme on le dit dans un proverbe africain, « le lièvre dit au chien, s’il ne s’agissait que de toi, je ne m’enfuirais pas, mais c’est celui qui est derrière toi qui me fait courir autant ». L’actualité en Côte-d’Ivoire et au Venezuela révèle clairement les enjeux économiques des nations impérialistes USA et Union Européenne en tête, face au réajustement qu’impose l’arrivée des nouveaux acteurs Chine, Inde et Pakistan sur la scène internationale. La COVID19 est venu apporter un argument supplémentaire au plaidoyer en faveur d’une plus équitable répartition des richesses de notre planète.

Monsieur, Macron vous semblez enfin avoir pris conscience de la menace qui pèse sur nous tous, êtres humains vivants sur cette terre patrimoine commun de toute l’humanité. Vous vous êtes engagés à changer de cap en mettant en berne toutes vos reformes, alors que vous vouliez une France plus compétitive. Une compétition néfaste pour l’homme et la planète.

            Nous voulons que les français de France, intègrent définitivement dans leurs subconscients que l’Afrique n’a pas viscéralement besoin de la France pour se développer. Le Développement d’un peuple ne peut et ne saurait dépendre d’un autre sauf si celui-ci est réduit en esclavage. Or les Africains ont depuis plus d’un siècle aujourd’hui engagé une lutte sans merci contre leur asservissement par les impérialismes de tout ordre. Le combat auquel ils se livrent trouve malheureusement parmi les obstacles, les ambitions égoïstes de certains français. Nul n’est besoin de les citer ici, vous les connaissez et nous aussi. Il est inutile de se murer dans une approche raciste comme les extrémismes auxquels vous faites face essaient de le faire croire. Ils se trompent et de cible et de stratégies. Nous les comprenons et partageons leurs inquiétudes quant à la menace qui pèse sur leur bien-être. Mais il y a des peurs que seuls les imbéciles veuillent transformer en leviers de haines. Car la haine est mauvaise conseillère en tout temps et en tout lieu. Hitler, Mussolini et les autres fascistes en semant la haine en Europe au vingtième siècle, avec la complicité de certaines de leurs victimes, vous ont fait récolter les raisins de la terreur.

            Malheureusement, Vous semblez ne pas comprendre qu’il ne faut plus, quel que soit la raison, tolérer les théories fielleuses de vos extrémismes. Ne vous laissez non plus déborder par vos pairs de l’ultra libéralisme. Ils nous conduisent tous, tout droit au mur. Les marchés ne sont pas infinis et vouloir les conquérir de manière permanente et pour le profit d’un seul conduit nécessairement au conflit. Nous avons pour exemple la guerre commerciale entre les USA et les autres géants le Canada, la Chine et l’Union européenne. Cette guerre commerciale n’est que la manifestation partielle d’un mal plus grave, l’échec de l’ultra-libéralisme que vous ne voulez pas assumer. La crise du libéralisme économique a commencé depuis le début du dix-neuvième siècle. Les deux premières guerres mondiales ont été des manifestations de cette crise du modèle capitaliste ultra libéral. Au lieu d’en tirer objectivement les conséquences, on a fait le choix d’un contingentement de la situation à travers des institutions dites internationales qui en réalité ne sont que les bras séculiers de l’impérialisme occidental judéo-chrétien face au reste du monde. Le modèle avait pourtant montré ses limites depuis les premières décennies de son implémentation. La guerre de sécession aux Etats-Unis en fut le premier. Depuis on est allé de conflit en conflit comme disent les latins «a mari usque ad mare »[12], pour dire qu’on s’est égaré.

            La preuve de cette crise permanente, vous disais-je, est que les USA eux-mêmes n’hésitent plus à remettre en cause les règles de l’OMC et certains traités internationaux. Le mal est tellement profond que Donal Trump, sans se tromper, veut construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Quelle honte, un fils d’immigrant qui veut interdire l’immigration. Or vous continuez à vouloir ignorer cette réalité. Ce qui à nos yeux est une grave erreur, la voix de la Chine, de l’Inde, du Pakistan, de la Russie, du Brésil ou de l’Afrique du Sud ne sauraient plus être longtemps ignorées.

            Excellence, je reviens là-dessus, depuis la quinzaine de novembre 2018 une frange de votre population a engagé un mouvement de protestation contre la vie-chère. Il a été baptisé le mouvement des « Gilets Jaunes ». Depuis lors, votre gouvernement voit rouge et pourtant il n’est pas question de faire appel à une ONG pour appeler les forces de l’ordre à la retenue. On est entre civilisés, comme en mai 1968 la France va tirer elle-même les leçons de cette crise, sans aucune interférence. Lorsqu’un mouvement similaire va s’enclencher dans une de vos ex-colonies on entendra des voix de Paris de Rome et de Londres, comme si l’Afrique n’avait pas droit à ses propres révolutions. C’est vrai que les régimes en place dans certains pays Africains sont le fruit des machinations de l’Elysée et de la rue Oudinot. C’est la raison pour laquelle votre choix déclaré de sortir de la « Françafrique » a fait naître beaucoup d’espoir au sein des populations africaines et françaises.   Mais il y a un temps pour tout, surtout pour nous les camerounais qui faisons face comme l’Espagne à une crise sécessionniste. Malheureusement ici chez nous les armes circulent déjà. Le Cameroun n’en fabrique pas. On entend des parlementaires américains et allemands se mêler ; pourtant tout à côté en Espagne ils ne disent mot. Les basques ont pendant longtemps pris les armes pour leur indépendance, ils ont posé des bombes y compris en France. On n’a pas entendu les injonctions américaines ou autres pour imposer à l’Espagne le dialogue. Face aux dégâts et à la répression des forces de l’ordre dans la crise des gilets jaunes. La France est face à son destin et on n’entend aucune voix donneuse de leçons. La France en a d’ailleurs connu d’autres avec les nationalistes corses qui sont allés jusqu’à assassiner un préfet de la République. Où était cette communauté internationale pour dire que les corses, les basques ont droit à leur indépendance. Les espagnols, les français sont-ils tous unanimes sur les choix de leurs gouvernants au sujet de ces crises ? je n’en suis pas si sûr. Mais l’option gouvernemental est restée celle de tous, bon gré mal gré. Pourquoi au Nigéria, au Soudan, au Cameroun vous pensez que nous devons continuer à subir la balkanisation impérialiste ? Pour le sacré principe du diviser pour régner, quelle forfaiture ! Le comble est que des voix inaudibles ici trouvent un écho très favorable et nous sont renvoyées comme des solutions à appliquer pour sortir de crises fomentées de manières artificielles par vos officines.

La crise dite anglophone que connaît le Cameroun s’enlise de jour en jour. Et on entend des voix pernicieuses se lever ici et là, pour demander à un Etat de retirer ses forces armées d’une zone de guerre. Vous donc le pays est cause partielle de cette crise, vous avez gardé une curieuse attitude silencieuse. Je préfère d’ailleurs que ce soit ainsi, y compris sur le plan économique et social. Que vos lobbyistes laissent les camerounais gérer leur crise, nous en sortirons plus forts du moins si nous n’en mourons pas. Oui je sais vous allez nous brandir l’accord de Cotonou et toutes ses implications juridiques en faveur de la liberté et des droits de la personne humaine. Oui je vous suivrais volontiers sur cette voie. Car Vous êtes les premiers concernés, vous qui n’appliquez pas le droit au développement des peuples africains. L’Accord demande que l’accès à l’emploi soit une priorité pour redonner la dignité aux pauvres que vous avez appauvris. Mais que ni, on dépouille un peu plus les camerounais au profit des français. 

            Evidemment, les Français de France, je tiens à le préciser, sont libres à la lecture de ces propos de me croire ou pas, de me haïr ou de m’aimer peu importe. Mon but est de leur exprimer une autre vision du monde venant d’un colonisé, qui n’est peut-être pas celle qu’on dit être la bonne. Mais face à la crise, pourquoi ne pas oser une autre alternative. Quand une porte est fermée ne dit-on pas que de nombreuses autres sont ouvertes ? Cette colonisation qui a divisée le monde depuis le quinzième siècle. Les européens devenus américains ont hérité de l’Amérique latine. Avec une petite fenêtre pour l’Espagne et le Portugal. Les USA sont tellement attachés à leur héritage qu’après les putschs militaires ordonnés depuis la maison blanche et une période d’accalmie, Trump veut désormais nommer les chefs d’Etats au Venezuela et dans bien d’autres pays.

            Monsieur le président, messieurs et mesdames les français retenez une chose, il est urgent de changer votre regard. Un regard façonné par la traite négrière, l’esclavage et la colonisation. Des crimes que vous essayez de minimiser et de reléguer dans la poubelle des petites histoires. Au point où Christine Angot a osé dire que les esclaves étaient mieux traités que les juifs dans les camps de concentration. (Mais quel négationnisme et aberration). Question de démontrer que la traite et l’esclavage ont été moins graves que l’extermination des peuples dits inférieurs par le régime nazi. En fait comme beaucoup de nazi les européens ont cultivé vis-à-vis des africains le même complexe de supériorité et ils ne comprennent pas la résilience du khamite après tant de forfaits commis contre lui. Angot a exprimé la pensée de la grande majorité des leucodermes. D’ailleurs à côté d’elle, il y avait un journaliste qui semblait tout à fait sur la même longueur d’onde et qui achevait ses phrases. Heureusement les réactions qui ont suivi cette catastrophique sortie ont clairement démontré le contraire. On ne peut pas se mettre à hiérarchiser les crimes et les douleurs des hommes. Non surtout lorsqu’on doit en assumer consciemment ou non la paternité.  Si une telle entreprise été engagée ceux qui se plaignent à longueur de journée à travers le monde à coup de commémoration et de journée de mémoire pourraient se retrouver au dernier rang. Nous les africains comme aimait le répéter Wangari Mataï, avons tellement soufferts que si nous avions abdiqué nous ne serions plus là ; mais nous n’abandonnons jamais, nous avons continué, nous continuons et nous continuerons à nous battre. Malgré la catastrophe que vous avez planifiée, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme que vous financé, nous allons nous battre et nous nous retrouverons tous dans l’impasse. C’est déjà visible ici et là avec le COVID19. Les français doivent se demander comment leur gouvernement n’arrive pas à mettre fin à la crise en Centrafrique ? Pourquoi l’armée française s’enlise au Mali et comment Boko Haram tient tête à quatre pays dans une zone entièrement enclavée et surveillée par les satellites français et américains 24H/24 et sept jours sur sept, douze mois sur douze ?

            Face à la crise sanitaire planétaire la France à travers son Président s’est faite avocate de cette Afrique des dictateurs qui ont appauvri leurs pays, pour l’annulation de la dette. Nous dirons que c’est pour protéger les peuples et non les dirigeants soit. Mais pourquoi ne pas permettre aux africains de faire face eux-mêmes aux obstacles qu’ils rencontrent sur leurs chemins vers le développement.

Monsieur le président, je vous tire ma révérence et vous félicite d’avance pour ce que vous allez accomplir pour le bien-être des français. Aux dernières nouvelles vous avez entendu les cris des misérables. Vous avez décidé d’augmenter le salaire des smicards et de geler la réforme des retraites et la hausse des prix des carburants. Comme vous avez promis de faire la politique autrement eh bien dites à vos collègues roitelets des comptoirs français africains que la France attend d’eux une gestion républicaine des pays dont ils ont la charge. Inutile de les convoquer à un sommet, vous n’avez plus besoin de rassembler vos agents commerciaux, il faut agir.

L’Afrique des européens est à oublier pour faire place à celle des africains pour les africains et par les africains.  C’est ce que la génération macron africaine attend de vous et non l’aide au développement ou les interventions militaires ou les sommets Afrique-France. Attendre, c’est peut-être une formule de politesse. Vous avez planifié une recolonisation par le chaos. Après avoir tenu à bout de bras les dictateurs, aujourd’hui vous voulez leurs trouver des remplaçants que vous injecté dans le camp de ceux qui étaient opposés au monstre que vous avez créés hier. Car pour vous, il n’est pas question que des africains qui souhaitent une gestion républicaine de leurs affaires prennent le pouvoir en Afrique.

Votre jeu de contrôle de l’économie de la planète ne concerne pas que l’Afrique. C’est une vaste toile d’araignée qui va de l’Amérique latine à l’Asie du Sud en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est pourquoi en Algérie on donne du temps au système pour trouver en son sein un leadership nouveau capable à la fois de fédérer le camp des nationalistes et d’apaiser le peuple. Au Cameroun le régime a lancé une vaste épuration pour faire place nette à celui qu’il aura choisi avec votre onction. En Côte-d’Ivoire c’est le branle-bas en noir et blanc. Avec la libération de Gbagbo et Blé Goudé vous et vos affidés êtes sur le grill. Il ne serait pas surprenant de voir la CPI appelé à la rescousse pour neutraliser ce binôme nationaliste qui veut mettre fin à la servitude de l’Afrique par la France. Dramane a jeté l’éponge à son corps défendant on le sait. Mais vous êtes à la manœuvre pour qu’il confie les clés de la maison à un « interlocuteur valable ». C’est le même scénario au Cameroun, on jauge l’opinion publique, on phagocyte les partis d’opposition, on discrédite des leaders pour faire place nette à la prochaine marionnette, on susurre le Franc Biya. Vos prédécesseurs avaient invoqué pour la Libye le droit d’ingérence humanitaire. Le service après-vente leur a manifestement fait défaut. Les Etats-Unis font face aux mêmes difficultés dans les sphères qui leur ont été confiées, déjà l’Afghanistan va être bientôt abandonné à son triste sort.

            On voit bien le cynisme que vous affiché vis-à-vis des palestiniens. Des autochtones devenus apatrides chez eux parce que l’Europe veut se donner une bonne conscience. Les juifs ou mieux, les Israéliens de religion juive dictent avec votre soutien leur volonté à l’ensemble des pays de la région en violant allègrement les résolutions de l’ONU. En Amérique latine, depuis la fin d’année 2018 Les USA veulent redorer le blason de la « pax americana » mise à mal ces dernières décennies par quelques pays dit bolivariens. Le successeur de Chavez en fait actuellement les frais. On évoque la faillite économique de son pays pour exiger son départ. Pouvait-on imaginer une telle démarche contre le gouvernement portugais au moment de la grande crise qu’a connu ce pays ? Face aux évènements en France peut-on imaginer la Russie ou la Chine qui demanderaient aux Français de renverser le président Macron. Vos théoriciens viennent sur les plateaux des télévisions expliquer les causes de l’inflation galopante. Or nous savons tous qu’il s’agit de théories erronées qui partent d’un principe subjectif qui est la référence au dollar américain depuis 1944. Il faudrait que nous commencions à changer les monnaies de référence. Si nous avons des échanges plus intenses avec la Chine eh bien en se servant de l’étalon or, nous pouvons établir un taux d’échange entre notre monnaie nationale et le yuan chinois. Vous savez très bien que c’est la politique américaine du prêts-bails qui a fait que le dollar américain a pris la place de la livre sterling.

Depuis la fronde des « gilets jaunes » a-t-on entendu une seule voix de la communauté internationale demander la démission du gouvernement et du chef d’Etat français ? Alors d’où vous vient cette arrogance si ce n’est de la fausse certitude d’une supériorité militaire qu’on userait au cas échéant ? C’est ce qui explique la virulence des protestations et la violence des actions mener contre tout pays qui essaie de se hisser militairement au niveau de vos pays. Mais combien de temps cela tiendrait encore. La Chine, la Russie, l’ont fait au sortir de la deuxième guerre mondiale. Le Brésil, la Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan ne se laissent plus conter. Ailleurs même sans dissuasion nucléaire des pays ont atteint les performances qui vous poussent à réfléchir par deux fois avant toute intervention. Les aires de jeu que vous avez encore ici et là vous seront bientôt violement interdites si vous ne vous efforcez pas à changer de paradigme de collaboration avec les propriétaires.

            A l’heure où la Chine est entrain de renverser le sens de l’histoire nous ne pouvons plus nous voiler la face. On entend souvent des experts, vos experts dire que la Chine vient piller les ressources minières de l’Afrique. Ce que l’Occident a fait des siècles durant sans aucune critique ni concurrence. Toutes les forêts et les faunes de l’AOF ont été rasées par les colons français ça au moins vous le savez ? La Chine au moins à clairement donner son programme pas d’ingérence politique directe, pas d’ouverture en faveur de la pseudo-démocratie, un Etat fort mais pragmatique pour permettre le développement social et économique. De son côté l’Europe est dans la guerre des contraires, elle prône la démocratie et soutient les dictatures. Elle dit souhaiter le développement de l’Afrique mais établit des relations qui bloquent le transfert des technologies et des compétences. La sortie de l’Italie n’est pas un plaidoyer en faveur de l’Afrique loin de là. C’est la réaction d’un complice qui ne trouve plus son compte dans le casse des caisses de l’Afrique. Le nazisme monétaire entretenu par la France à travers le franc cfa était accepté par tous. Le pillage de l’Afrique profitait équitablement plus ou moins à tous. Un peu comme celui du Congo dont la surveillance était confiée à la Belgique. Mais il se trouve que le partage n’est plus très équitable et les conséquences néfastes du système de sous-développement de l’Afrique se font plus ressentir chez les uns que chez les autres. C’est ce qui explique les grincements de dents de l’Allemagne et maintenant de l’Italie.

            Il est clair, comme l’affirme Achille Mbembè « … il n’y a pas meilleur laboratoire que l’Afrique pour jauger les limites de notre imagination épistémologique ni pour poser des questions nouvelles sur ce qui fait que nous savons ce que nous savons et sur les fondements de ce savoir. Les études récentes de l’Afrique ont montré comment mettre à profit de multiples modèles temporels afin d’éviter les modèles causaux à sens unique, comment ouvrir des champs à des initiatives de comparaison plus vastes et comment rendre compte des multiples chemins et des multiples trajectoires du changement (Guyer 2004). En réalité, il n’y a pas de meilleur terrain que l’Afrique pour une recherche curieuse de décrire la nouveauté l’originalité et la complexité et consciente du fait que la façon dont les sociétés se composent et s’inventent elles-mêmes au présent.[13] »

            Peuple français de France, Excellence monsieur le président Macron, la politique de l’autruche ne vous conduira qu’à la ruine. Créer des conflits en Afrique pour entretenir les juteux marchés des armes et se positionner en pacificateur ne convient plus, dans un monde ou les intérêts de toutes natures, familiaux, politiques, économiques, sociaux, et culturels sont de plus en plus imbriqués. En voulant asservir l’Afrique vous vous retrouverez en train de mettre en esclavage des millions de français. En voulant spolier les algériens vous aller vous retrouvez en train de piller les fonds d’un investisseur français qui mettrait au chômage des milliers de vos compatriotes. Nous avons, vous et nous le même destin. Vos visées économiques ne doivent plus passer avant notre bien-être en tant que peuple. Il n’est pas besoin de vous rappeler que les peuples africains ne pourraient plus se laisser faire. Vous avez beau jeu, dans la politique du chaos et de la pacification. Vous avez pris fait et cause pour le président de l’Assemblée National du Venezuela au nom des revendications populaires et de la crise économique. C’est ce que vous dites mais au fonds il s’agit de laisser agir les USA dans leur zone d’influence pour que Trump vous laisse les mains libres en Afrique. Ce scénario n’est plus efficace, il manque de discrétion et de finesse. Vous voulez faire main basse sur les matières premières qui sont en train d’échapper à la France en Afrique. Les Etats-Unis souhaitent la même chose en Amérique latine et au Moyen-Orient, alors vous vous mettez d’accord. Peu importe les vies humaines et le bien-être des autres peuples. Nous vous avons compris et nous savons désormais ce qui nous reste à faire ; La guerre, la guerre de mots et celles des maux. Les maux qui nous minent comme la dictature.   

Comme l’a rappelé le président du Venezuela Nicolas Maduro, votre politique est passéiste elle renvoie à l’ère des empires coloniaux. C’est vrai qu’au fond votre politique est encore enraciné dans la philosophie de l’impérialisme colonial. Nous en souffrons tous. Le cas le plus flagrant est la question du nucléaire iranien. Pourquoi les Etats-Unis d’Amérique vont ils sortir d’un accord international de manière unilatéral et imposer des sanctions économiques à toutes les entreprises qui entretiendraient des relations économiques avec l’Iran. L’Europe ne peut-elle pas saisir cette occasion pour sortir définitivement de la tutelle encombrante des USA et exiger s’il le faut le respect du droit international par tous et pour tous ? Le filleul américain au Moyen-Orient, Israël respecte-il assez les résolutions des Nations-Unies et les autres traités et accords internationaux ? Pourtant personne au sein de votre fameux club des gentlemen n’ose demander sa mise sous embargo. Mieux en pleine période d’apartheid, l’Etat hébreux entretenait allègrement des relations économiques avec ce pays alors sous embargo sans que cela n’entraine la moindre sanction contre Israël. Une telle application très partiale et partielle de la loi au niveau international ne peut que conduire le monde vers le chaos que nous observons presque partout.

C’est la raison pour laquelle, nous ne vous convions pas seulement à ouvrir une autre page des relations entre les peuples indépendamment de la couleur de la peau, des continents et des origines culturelles ; Mais il faut changer de livre. Tous les hommes aspirent au bien-être, black, blanc, boer, jaune, marron ou rouge nous souhaitons tous avoir un emploi décent, une maison, une bonne éducation, des soins de santé et des loisirs. Vous vous êtes engagés à faire la politique autrement. A l’observation il parait que ce soit très difficile, La République en Marche, marche sur les pas des anciennes politiques. La conséquence est là devant les yeux du monde « La république voit jaune ». Les défections dans les rangs des marcheurs se font en cascades. Après l’affaire Benalla, voici Ismaël votre conseiller qui suit les pas de Lefort, une démission de plus, certains diront peut-être une de trop. Votre élection qui a suscité l’espoir en France et en Afrique vire doucement au désespoir. Mais comme le dit un proverbe chinois une crise est à la fois une menace mais aussi une opportunité d’envisager les choses autrement. Elu par défaut il serait peut-être temps de vous faire élire par un choix objectif et raisonnable. En offrant aux françaises et aux français qui ne sont pas les premiers de cordées une vie meilleure et non la servitude à la finance mondiale. Vous êtes l’un des rares présidents, sinon le seul, qui ayant la majorité à l’Assemblée nationale a eu deux gouvernements différents sous un même mandat, un de gauche, puis un autre de droite. C’est une démarche propre à une république en marche. A moins que ce soit une marche à reculons en tout cas sous vos latitudes tout est possible. Un homme de sexe masculin peut en épouser un autre, ici ça choque un peu comme beaucoup d’autre entre autres.

Notre souhaite est que cette marche vous conduise sur l’autre voie, celle qui procurerait le bien-être aux français sans produire le malheur en Afrique. Les relations entre nos peuples sont tellement interconnectées qu’il serait catastrophique et suicidaire de continuer à parler d’une périphérie et d’un centre. Le Monde est devenu à la fois le centre et la périphérie partout, la COVID19 vient de le démontrer. Cela se voit dans la manière dont le surplus des valeurs créé dans les nations nouvellement industrialisées est capté par les nations désindustrialisés à travers des réseaux de production transnationaux, les échanges extérieurs et la finance internationale.

            La Chine est désormais la première consommatrice de cuivre, d’étain, de zinc, de platine, et de minerai de fer africains et une grande consommatrice de pétrole, d’aluminium, de plomb, de nickel et d’or. L’accélération en cours et la redistribution des forces productives mondiales que la Chine dirige n’ignorera pas l’Afrique pour toujours. Donc à travers la Chine et tous les nouveaux pays industrialisés l’Afrique se retrouve au centre du jeu des intérêts. Mais on peine à lui reconnaitre cette position centrale que l’Amérique et l’Europe ne veulent pas accepter. La sortie de la Grande Bretagne de l’Union européenne et la crise diplomatique avec l’Italie vont peut-être vous pousser à regarder le monde autrement. De toutes les façons les USA ne peuvent pas laisser la Chine prêter indéfiniment à l’Afrique, afin qu’elle l’Amérique continue à acheter des produits chinois et creuser le déficit de sa balance commerciale[14]. La Chine et l’Amérique se retrouvent ainsi face à une obligation de révision de leur base relationnelle vis-à-vis de l’Afrique où il faut créer de la valeur ajoutée. Pour la Chine cela contribuerait à construire une économie domestique plus forte et pour les USA cela enclencherait une réduction du déficit commercial et de la dette vis-à-vis de la Chine.

            Face à cette probable redistribution des cartes, nous demandons à nos frères et sœurs de l’autre France, un réel acte de contrition pour l’esclavage et la traite négrière américano caribéenne et pour la colonisation. Surtout qu’on ne vienne pas nous ressasser qu’il faut oublier qu’on ne sait pas qui indemniser. Excellence, dans une lettre du 14 juillet 2020, Polly Miette et Gilles Dégras vous ont parlé du Palais de l’Elysée et de son premier propriétaire le négrier Antoine Crozat. Ce palais n’est pas le seul grand monument du monde bâti par les négriers et les richesses tirées de la traite et de l’esclavage. Un autre petit rappel historique, au moment de l’indépendance de Haïti la France avait exigé et obtenu de la jeune République l’indemnisation de toutes les familles de propriétaires d’esclaves qui avaient été obligés de libérer leurs esclaves. Mieux encore après l’échec de la restauration napoléonienne les esclavagistes avaient obtenu vingt millions de franc-or d’indemnisation. Nous avons donc des précédents en France et ailleurs. Si on a pu bien indemniser les esclavagistes ; ce n’est pas les vingt millions de déportés de l’Afrique vers le nouveau monde qu’il serait difficile d’indemniser. Les formes et la fréquence ne saurait être difficile à définir.

Si pour l’esclavage et de la traite le cas vous semble complexe, avançons avec la question des soldes de nos parents qui ont libéré la France et dont les salaires ont été confisqués par un subtil mécanisme de gèle et de dévaluation. Excellence vous êtes un banquier et vous êtes donc outillé pour comprendre qu’un soldat de première classe qui touchait 1200 anciens francs en 1945 date de la fin du conflit devait une fois le franc cfa créé percevoir 600.000 francs cfa une fois rentré en Afrique. Mais le gouvernement de la Métropole a évité de donner un pouvoir d’achat aux vétérans qui auraient constitué une nouvelle bourgeoisie susceptible de mettre en difficulté le colonat français en place et de booster les économies des colonies devenues pays indépendants. Aujourd’hui encore le trésor français doit des milliards de francs CFA aux vétérans et à leurs ayants-droit. Mais bien entendu l’argent des nègres est comme l’or de l’Amérique au quinzième siècle. Les africains comme les amérindiens de Christophe Colomb ne connaissent pas l’utilité de l’argent. Il ne faut donc pas leur en donner même quand il leur appartient. Voyez-vous Excellence, vous reproduisez les caricatures coloniales et de manière subtile vous continuez à piller l’Afrique et à spolier les africains. Le malheur est qu’il y a des africains et des français qui croient en vous et à votre mensonge. Mais Erasme le disait déjà, l’esprit de l’homme est ainsi fait. Le mensonge à plus d’emprise sur lui que la vérité. Si on retient qu’au lieu de 600.000 francs le soldat africains de la France Libre a perçu 1200 francs CFA jusqu’à la mort du dernier d’entre eux en 2004 par-là, la France doit environ 423.950.400 aux ayant droit de chaque soldat de la France libre. On comprend aisément le plaidoyer en faveur de l’annulation de la dette. En fait c’est l’Europe qui doit des milliers de milliards de francs CFA à l’Afrique.

Il est en effet temps, Français de France, pour vous et nous, d’imaginer ensemble un monde plus harmonieux. Un ensemble qui soit à la fois profitable à tous et à chacun. Nous pouvons y arriver ne laissons pas nos peurs et nos complexes nous en dissuader. La violence qui a suivi l’émergence d’une nouvelle puissance depuis l’invasion de l’Egypte pharaonique par les perses de Cambyse cinq siècles avant notre ère ne doit plus être la règle. Nos progrès scientifiques techniques et technologiques et notre grande diversité doivent devenir le pilier de la paix et de l’harmonie de notre monde. L’aquarelle est belle parce qu’elle est faite de plusieurs couleurs souvent agencées de manière disparate. Si elle était monochrome elle ne serait plus belle, elle ne serait plus elle-même.

            Nous savons que l’histoire de l’humanité et surtout celle de l’Occident est faite de cette volonté de domination, de puissance, de vanité et d’avidité qui a souvent conduit à des guerres. Malheureusement elle se heurte à celle de l’homme profond faite de compassion, d’amour et de solidarité toujours en quête de paix et d’harmonie. Pour les africains cette histoire est bien résumée dans le « blues » cette musique qui est l’expression de la lutte et de l’espoir de victoire qui animait les esclaves malgré une oppression et un système d’une violence inouïe. Il, l’africain, a cette force spirituelle qui le pousse à transformer ses larmes de douleur de l’instant présent, en larme de joie pour l’instant d’après. 

A l’échelle de notre planète la France est comme les pays africains dominée par les impérialistes suprématistes porteurs du capitalisme ultra-libéral dont le péché originel est l’esclavage. Ainsi les superpuissances, contrôlées par les multinationales en quête des ouvriers toujours plus productifs mais à moindre coût, pillent les nations et détruisent la planète. Entre temps les pauvres de tous les pays continuent à s’appauvrir. Elles ont déclenché au quinzième siècle une expansion coloniale d’une extrême violence. Le premier acte fut le génocide des peuples autochtones des Amériques. Puis il y a eu le pire crime contre l’humanité la traite et l’esclavage des khamites dans le nouveau monde. L’ère industrielle a imposé un réajustement et une réorientation des politiques, un aggiornamento comme ce que veut Macron. C’est ce réajustement qui a entrainé la politique de colonisation directe de l’Afrique. Il est aujourd’hui indéniable qu’il n’y avait aucun brin d’humanisme dans l’entreprise coloniale du dix-neuvième siècle. Il était essentiellement question de trouver des solutions aux problèmes économiques liés à l’industrialisation et à l’inutilité de l’esclavage en Amérique. L’Europe devait par la suite, après la deuxième guerre mondiale se réajuster à nouveau pour garder la main mise sur ses colonies tout en répondant aux exigences du paysage imposé par les impératifs de liberté. Il fallait accorder l’indépendance aux anciennes colonies sans leur donner un véritable espace de liberté. Un peu comme les Etats-Unis avaient mis fin à l’esclavage sans accorder des droits civils aux anciens esclaves. Aujourd’hui que cette liberté est plus ou moins en train d’être conquise par les africains on assiste à un autre réajustement progressif et pernicieux. L’usage de la violence terroriste contre les Etats africains. Car sur le plan géostratégique les moyens de maintenir les Etats africains sous tutelles est surtout la menace de déstabilisation politique. Pendant le premier demi-siècle d’indépendance les agents placés à la tête de ses ex-colonies n’ont pas œuvré pour une véritable dépendance militaire de leurs Etats. Les armées sont restées des espèces de gardes-chiourmes modernisées au service du roi pour faire respecter l’ordre public et semer la terreur contre les opposants taxés de subversifs.  On leur apporte souvent une assistance technique militaire qui ne sert qu’à apporter une onction du parrain à des opérations plus ou moins licites. Entre temps et il faut le dire la France a 8000 hommes sur le continent africain. Mais cela n’empêche pas les groupuscules terroristes de continuer à semer la terreur. Question, à quoi sert cette présence sur le sol africain ? Il s’agit de protéger les intérêts de la France en Afrique. Car il faut le savoir et le dire la France réalise 17% de son commerce mondial près de 40 milliards d’euros avec et grâce à l’Afrique. Elle, cette France des français gouvernants a été pendant de longues décennies la première nation exportatrice de bois tropicaux, sans en posséder sur son sol à proprement parler. Alors il faut comprendre que la présence française en Afrique n’est ni de la solidarité ni de l’aide aux africains, mais une simple nécessité vitale pour elle-même et ses collègues impérialistes. 

            Ainsi lorsque Sarkozy fait assassiner le président libyen Khadafi le 19 mars 2011, il exécute une décision collective des multinationales qui orientent les politiques des grandes puissances occidentales. Cet acte a créé le chaos dans presque tous les pays soudano-sahéliens. Cette instabilité donne l’occasion à la France et aux autres Nations impérialistes de reprendre la main au nom de la lutte contre le terrorisme. Un peu comme la colonisation venait mettre fin aux guerres intestines nées du commerce de la traite. Le mode opératoire qui consiste à créer des crises pour imposer ensuite des leaders aux peuples africains est désuets et contre-productif. C’est vrai que pour, l’Europe occidentale et les patrons de la finance mondiale qui contrôlent nos pays respectifs le plus important est la mise en coupe réglée des richesses du monde. La guerre a toujours été un levier économique pour le modèle économique libéral. L’Europe est même surprise de vivre déjà trois quarts de siècle sans un conflit majeure.  On a vu le cimentier Lafarge financer les djihadistes en Syrie pendant que la Turquie laissait le pétrole des terroristes être commercialisé dans son sol. On dirait que la paix obstrue l’horizon et la pensée occidentale.

            La France et l’Europe ne doivent plus avoir pour vision économique et socio-culturelle, imposer leur modèle au reste de la planète. Les civilisations comme les hommes qui les créent sont mortelles. Il n’y a donc pas une qui soit supérieure aux autres parce que porteuse de gènes d’éternité. Toutes les productions culturelles sont essentiellement fonctionnelles. Notre grande diversité est une preuve de l’extrême ingéniosité d’adaptation de l’espèce humaine à la grande diversité des écosystèmes de notre univers. Cette diversité est de ce fait un gage de sécurité, de survie et d’harmonie de l’homme. Armer des hordes de barbares au Sahel pour imposer aux peuples africains des hommes liges et une politique c’est préparer une implosion planétaire qui se profile à l’horizon à travers l’immigration, l’internationalisation du terrorisme et du crime organisé.        

On voit déjà cette implosion en Amérique latine. On l’a vu le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis avec Al-Qaeda. On fait semblant d’oublier ces horreurs en voyant ce que vos gouvernants organisent en Afrique. On assiste progressivement à une désarticulation des Etats en Afrique subsaharienne. Le populisme se banalise en Europe et les fascistes gagnent du terrain et comme en 1933 se hissent au pouvoir. Nous ne voulons pas terminer cette missive sur une note triste.

            Excellence une maxime chinoise dit que la crise comme une pièce de monnaie a toujours deux faces. Une qui représente la menace et le déclin et une autre qui représente une opportunité et la relance, la réussite. Le moment est arrivé pour les peuples du monde de faire la politique autrement que par la violence. La loi du plus fort ne peut pas éternellement être la meilleure, surtout dans le domaine des relations entre les peuples. Car nul ne peut être éternellement fort. Il ne suffit plus seulement de dire que les africains soient représentés dans les différentes institutions internationales, pour parler vraiment de l’indépendance. Ils doivent être libres de leur choix et avoir le choix d’une autre alternative que celle imposée par les modèles occidentaux. Car comme le disait Nelson Mandela : être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.

Est-ce que vous pouvez regarder un africain dans les yeux et lui dire : Monsieur vous-être libre ? Bien sûr que non.

 Monsieur Macron ! En dehors de la déclaration enthousiaste de Ouagadougou vous avez bien compris le sens de la politique africaine de la France : du blaguer et tuer comme le chante un célèbre musicien africain Chiken Jah Fakoly. Car la violence terroriste observée aujourd’hui dans la bande sahélo-soudanaise, au Nigéria, au Cameroun, en Centrafrique et au Congo, on sait très bien qui l’entretien et dans quel but. Oui Excellence, les armes ne tombent pas du ciel et les munitions ne poussent pas dans les savanes comme de l’herbe folle. Cette violence qui prive de liberté les nombreux pays est une arme que vous tenez contre la tempe de nos pays pour obtenir de force ce qui est sur le point de vous échapper. Idriss votre ami a failli être renversé, la France lui a prêté main forte et son opposant est même déjà sous le coup d’une poursuite judiciaire qui risque le conduire à la CPI, mais lui Itno vient d’être effacé. Au Cameroun de Paul, votre nouvel ami M.K. est passé par la case prison et vous avez déclaré au salon de l’agriculture à un activiste, activiste oui, que vous aviez mis la pression sur le chef d’Etat pour que M.K et les siens soient libérés.

Il semblerait qu’il ait outrepassé la mission qui était la sienne, crédibiliser une élection gagner d’avance. Il n’a pas compris le pauvre. Il a cru que l’heure du remplacement du joueur fatigué par les intrigues du pouvoir était arrivée. Mal lui en a pris et tempi pour les pauvres camerounais qui y ont cru. Ceux qui appellent depuis 1948 au changement de système espèrent toujours car pour eux il s’agit de sauver la liberté. Victor Hugo le disait très bien : sauvons la liberté et la liberté sauvera le reste. Vous dites que l’Afrique est pauvre, sous développée, mal gouvernée, exploitée, pillée… Moi je vous dis sauvons la démocratie en Afrique et la démocratie sauvera cette Afrique lasse de vos mots rancies.

             Excellence pour l’africain que je suis, il s’agit de reprendre possession de mon destin. A travers le monde cette bataille est en cours, c’est elle que mène le peuple palestinien, c’est elle que mène le peuple tibétain, c’est elle qui est en jeu entre les Etats-Unis et la Chine, entre les Etats-Unis et l’Iran. User du terrorisme comme épée de Damoclès pour imposer à l’Afrique de nouveaux alliés de l’Occident ne mènera nulle part ailleurs que vers un chaos indescriptible. Des vagues de migrants qui continueront à déferler sur les côtes européennes, une contagion du terrorisme qui ne manquerait pas de frapper au cœur même des pays qui se croient à l’abri. Une crise économique qui du fait de l’interconnexion n’épargnera aucune partie du globe. Il restera alors une solution, comme en 1914 et en 1939, celle de la guerre. Mais cette guerre que certaines nations pensent gagner de manière chirurgicale serait peut-être la plus catastrophique de l’humanité. Elle sera asymétrique, comme le montre déjà le terrorisme ici et là. A l’image de la guerre du Yémen le front sera matériel et virtuel et les cibles seraient globales. L’ennemi sera partout et nulle part, le voisin, l’ami, le frère tout le monde pourrait se retrouver dans un camp ou dans l’autre au gré de nos intérêts divers et multiformes. On assiste depuis peu à une montée d’adrénaline entre les USA et l’Iran puis les USA et la Chine. Pour les américains la cibles est peut-être le territoire iranien mais pour l’Iran la Cible pourrait être n’importe quel allié américain de la région avec pour objectif de retourner la population de ce territoire contre les USA. En Afrique Centrale la France veut créer un contexte sécuritaire qui lui redonne le rôle de gendarme de l’Afrique. Avons-nous pensé aux conséquences en chaîne d’une déstabilisation du Cameroun, du Tchad, de la Centrafrique. Le soutien de Paris à Idriss me fait pensez que vous avez réexaminé la question et que nous sommes au moins d’accord sur la nécessité de la paix. Or le développement économique est le meilleur socle de la paix.

            Je vous exhorte Excellence, au regard de cette sombre perspective, à propulser une nouvelle politique de coopération entre la France et l’Afrique en particulier et entre les différents peuples du monde en général. Entre la France et l’Afrique il faut avoir à l’esprit la description faite par un artiste africain qui a dans un album titré la Françafrique. Je m’en réfère parce qu’il y a actuellement une vaste mouvance pour l’annulation de la dette africaine. Mais est ce que l’Afrique doit encore après 400 ans d’esclavage, de colonisation et de travaux forcé ? Non il faut que la France quitte de la gestion des monnaies des pays africains à travers le francs CFA. On n’imagine pas les USA ayant leur mot à dire sur l’euro et vice versa. De même qu’on ne voit pas la Russie s’ingérer dans la gestion du dollar us.

            La nouvelle coopération entre l’Afrique et les autres peuples du monde doit être équitable et préserver le bien-être de l’homme, peu importe la couleur de la peau, l’homme doit être remis au centre de la coopération internationale.


[1] Le point, n°1991 du 11 novembre 2010, p.28.

[2] Cette appellation qui n’a aucun sens juridique fut pourtant celle retenue à l’issue de la conférence de Berlin en 1884-1885 pour la colonie belge d’Afrique équatoriale.

[3]Peuples Noirs Peuples Africains, N°4, juillet-août 1078, p. 2.

[4] Site de Mediapart.

[5] Entretien entre Béchir Saleh et les journalistes de cash investigation diffusée par Afrique Média le 27/04/2019.

[6] Maat, concept de l’égyptien ancien qui désigne l’équilibre harmonieux de l’homme et l’univers qui préserve l’ordre et la paix, il s’agit d’un principe de gouvernance et de gestion qui consiste à veiller à la préservation de l’interaction entre tous les éléments de la nature et toutes les couches de la société.

[7] Nsa’a, singulier de bassa, mot pour désigner mon peuple en ma langue.

[8] Illuminatus, singulier d’Illuminati, expression utilisée par des milieux scientifiques pour désigner les membres d’un complexe réseau quasi mafieux qui dirigeraient en contrôlant toutes les richesses de la planète et les hommes politiques.

[9]Assemblée Nationale, Rapport d’Information N°2746, mai 2015, P.9.

[10] Ibid, P.10.

[11] Op. Cit., p.11.

[12] A mari usque ad mare : d’une mer à une mer, pour dire de mal en pire.

[13] Achille Mbembè, L’Afrique en Théorie, 2019, p.176.

[14] Achille Mbembè, Op.cit., p.151.

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