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Une rue d'Addis Abeba, le 5 janvier 2008. © SamEffron/CC/Flickr
Une rue d'Addis Abeba, le 5 janvier 2008. © SamEffron/CC/Flickr

Pourquoi les villes africaines tuent-elles à petit feu ?

Les villageois africains, à l’instar de ceux des autres continents, n’ont qu’un rêve : gagner la ville et profiter de ses mille et un bienfaits.

Ils n’ont pas tort. Depuis des décennies, nos villages n’ont connu aucun progrès. Ce sont des lieux de désolation, sans infrastructures, sans perspectives. Les paysans sont encore loin, très loin de l’essentiel pour vivre un tant soit peu décemment au XXIe siècle.

Les cases de fortune sont toujours la norme. Imaginez un pauvre cultivateur ayant travaillé dur pendant des mois pour planter ce dont il a besoin pour se nourrir. Une partie de cette production sera vendue et rapportera quelques sous après la récolte. Pour vendre un sac de maïs ou de manioc, il faut parcourir plusieurs kilomètres afin d’atteindre le marché du village. Et comme les moyens de transport sont un miracle, la production est portée sur la tête.

Quelques rares paysans ont un vélo, qui leur facilite la tâche. Mais ils ne montent pas sur le vélo, ils le poussent, après avoir posé la marchandise sur le porte-bagages ou entre la selle et le guidon. Lorsque les citadins arrivent à la campagne, ils se comportent comme des êtres supérieurs face à la lie de l’humanité. Bien entendu, les villageois, dont la vie est rude, se mettent à rêver. Séduits, ils préfèrent désormais la ville à la campagne. Et jurent d’y aller un jour, d’y envoyer leurs enfants. Les pauvres, s’ils savaient !

Ô villes, ô mirages ! J’ai voyagé dans beaucoup de villes du continent, jusqu’à l’océan Indien. Très peu répondent aux normes urbanistiques. À mon grand désarroi, j’ai noté que nos villes ne se distinguent pas en matière d’ordre, de propreté, d’infrastructures, d’organisation. Au contraire, le chaos y est roi.

On peut me rétorquer qu’elles n’ont pas assez de moyens, que l’exode rural complique la situation, et patati et patata. Le problème fondamental, n’est-ce pas un manque criant de vision de la part des gouvernants ? Combien faut-il avoir d’yeux et de nez pour se rendre compte que nos villes sont des décharges ?

Que les autorités urbaines ne savent pas ce que c’est que la pollution atmosphérique, le traitement des ordures ménagères, la construction de caniveaux pour l’évacuation des eaux ou l’entretien de ceux qui existent ? En un mot, ces messieurs et dames, qu’ils soient élus ou nommés, n’ont aucune notion d’hygiène publique. Et c’est une grande calamité pour les citoyens.

Si je me trompe, j’aimerais bien qu’on me dise pourquoi, à une époque où la protection de l’environnement est fondamentale, des montagnes d’ordures trônent dans toutes les villes, sauf rares exceptions ? Pourquoi ces ordures sont-elles dans les marchés, sur la voie publique, là même où la nourriture est vendue ?

Et l’on ne nous parle jamais de la qualité de l’air dans des villes où la pollution est permanente, où roulent des véhicules antédiluviens, champions en émission de dioxyde de carbone. On n’éduque pas la population, en lui apprenant à ne rien jeter sur la voie publique sous peine de sanctions. On laisse des commerçants vendre des produits alimentaires au milieu d’ordures, sur des voies où circulent toutes sortes de véhicules du matin au soir. On triche en montrant un centre-ville reluisant, alors que les communes qui l’entourent sont répugnantes.

L’air de nos villes est irrespirable, et il finira par nous achever tous. C’est après l’hécatombe que les maires et leurs chefs comprendront que diriger est une question de méthode, d’ambition, de planification, de détermination, de sérieux et d’abnégation. Que c’est enfantin de s’émerveiller devant la beauté et la propreté des villes étrangères ! Car le progrès ne sort pas du néant : on le crée.

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