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Manifestation à Bamenda, ville anglophone du nord-ouest du Cameroun, le 22 septembre 2017. / Stringer/AFP
Manifestation à Bamenda, ville anglophone du nord-ouest du Cameroun, le 22 septembre 2017. / Stringer/AFP

Pourquoi la crise anglophone divise les évêques au Cameroun ?

Les violences qui ont secoué, le 1er octobre, l’extrême ouest du Cameroun, anglophone, à la suite de la déclaration symbolique d’indépendance de cette région, ont suscité différentes réactions au sein de l’épiscopat du pays.

La crise anglophone continue d’agiter le Cameroun, où les prises de position sur le sujet se succèdent. Peu après la répression des manifestations organisées dans l’extrême ouest du pays en marge d’une déclaration symbolique d’indépendance de ces régions de langue anglaise, ayant causé plusieurs morts, les évêques locaux étaient montés au créneau de manière particulièrement vive.

La province épiscopale de Bamenda, qui couvre cette zone, avait ainsi dénoncé une volonté de « génocide » et « d’épuration ethnique », accusant les forces de l’ordre mandatées par l’État « d’usage irresponsable d’armes à feu contre des civils désarmés ». Une partie de la presse camerounaise n’a pas tardé à accuser ce groupe d’évêques de complaisance envers les « terroristes », leur reprochant de ne pas avoir suffisamment dénoncé les actes de vandalisme d’une partie de la population anglophone.

Une prise de position que la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) semble avoir souhaité nuancer dans les jours suivants. Interviewé par Radio France internationale (RFI), dimanche 8 octobre, son président, Mgr Samuel Kleda, a condamné toute violence, tout en appelant à l’unité. « Personne n’a le droit de tuer, a-t-il souligné. Quand nous disons que nous dénonçons la violence, c’est parce qu’il y a eu des morts. Nous dénonçons cela avec la dernière énergie. C’est sûr que les conditions se radicalisent mais il faut voir l’intérêt du pays ! Dans notre lettre, nous avons appelé à l’unité ».

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone, qui représente environ 20 % des 23 millions de Camerounais et 2 régions sur 10, proteste contre ce qu’elle appelle sa « marginalisation » dans la société. C’est l’envoi de professeurs francophones dans cette région par l’État central qui a mis le feu aux poudres. Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme. Une minorité réclame même la partition du Cameroun. Deux scénarios que refuse catégoriquement Yaoundé, qui avait déployé d’importantes forces de sécurité en amont des manifestations prévues dans ces régions.

« Problème d’injustice »

« Au Cameroun, nous ne formons que 23 millions d’habitants et on voudrait faire deux États. De l’avis de beaucoup de Camerounais, ce n’est pas la solution à nos problèmes, affirme de son côté Mgr Kleda. Nous avons toujours dit qu’il faudrait résoudre le problème du Cameroun de manière générale. Il y a un problème d’injustice qu’il faut résoudre. Que les régions se développent de manière harmonieuse, au même niveau. »

Or, pour la Conférence épiscopale du Cameroun, la solution serait la décentralisation. Une option à laquelle personne ne croit plus vraiment, et surtout pas les évêques anglophones.

« Je commence par m’adresser aux chrétiens. Que nous soyons capables de pardonner, a-t-il poursuivi. Ce qui est important, c’est d’arriver d’abord à nous accepter tous. Que nos dirigeants acceptent, à l’heure où nous sommes, une sorte d’humilité ou de modestie dans le langage civil, pour pouvoir accepter de parler, de dialoguer de ces problèmes. »

Peu avant la déclaration d’indépendance symbolique, la commission Justice et paix de la CENC avait publié un document appelant le gouvernement à « reconnaître formellement les limites et erreurs dans la mise en application du processus de construction de l’unité nationale ».

D’après un observateur, les évêques anglophones estiment que la Conférence épiscopale, majoritairement francophone, ne « saisit pas pleinement les enjeux de la crise en cours » et publient régulièrement des textes en faisant fi de la collégialité épiscopale. De leur côté, la CENC, quelque peu « désemparée » face à la situation, cherche un « équilibre » impossible et « sans prendre en considération les inquiétudes des anglophones ».

Marie Malzac

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