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Bill Cosby arrivant au tribunal, Norristown, Pennsylvanie, le 10 avril 2018.
Bill Cosby arrivant au tribunal, Norristown, Pennsylvanie, le 10 avril 2018.

États-Unis : témoignages accablants pour Cosby, qualifié de « violeur en série »

Des pilules, de l’alcool, offerts avec insistance, et puis le brouillard, et l’agression sexuelle, un mode opératoire rôdé pour l’acteur Bill Cosby, qu’ont décrit mercredi deux de ses victimes présumées au troisième jour de son procès.

Mardi, il y avait déjà eu Heidi Thomas, assurant avoir été abusée, en 1984, par le héros déchu du « Cosby Show », rendue comateuse après avoir absorbé une gorgée de vin probablement mélangé, selon elle, à un sédatif.

Mercredi, lui a succédé Chelan Lasha, la deuxième des cinq femmes qui doivent témoigner de leur agression sexuelle présumée, en plus d’Andrea Constand, la seule pour lesquels les faits ne soient pas prescrits.

En larmes, contrainte de s’arrêter à plusieurs reprises, Chelan Lasha a décrit comment, en 1986, Bill Cosby l’avait attirée dans une chambre d’hôtel de Las Vegas sous le prétexte de la présenter au représentant d’une agence de mannequins.

Selon elle, l’acteur aux quatre Emmy Awards lui aurait donné un sédatif –en l’occurrence une pilule bleue– présenté comme un moyen de lutter contre son rhume et accompagné d’un verre de liqueur.

Elle a expliqué être tombée dans un état semi-conscient, à l’instar d’Heidi Thomas ou d’Andrea Constand. Elle se souvient néanmoins avoir senti Bill Cosby se frotter contre sa jambe, puis éjaculer, sans qu’elle ne puisse rien faire.

« Je ne pouvais plus bouger », a-t-elle dit dans un sanglot.

Dans le cadre du procès qui se déroule à Norristown (Pennsylvanie), Bill Cosby est uniquement poursuivi pour l’agression sexuelle présumée d’Andrea Constand, ancienne cadre technique de l’université de Temple, en janvier 2004.

Elle assure que le comédien lui a demandé, ce soir-là, de prendre trois pilules pour se « détendre » ainsi qu’un peu de vin, mélange qui lui a fait perdre ses moyens physiques et psychiques durant plusieurs heures, jusqu’à la perte de conscience.

Au total, plus de 60 femmes ont accusé Bill Cosby de les avoir agressées sexuellement sur plusieurs décennies.

– « Beaucoup de honte » –

« Je ne veux pas que cela arrive à quelqu’un d’autre », a exhorté mercredi Chelan Lasha, avant de laisser sa place, à la droite du juge Steven O’Neill, à Janice Baker-Kinney.

Serveuse dans un casino de Las Vegas, Janice Baker-Kinney avait 24 ans lorsqu’en 1982, elle a rencontré l’acteur qui lui a rapidement proposé, là encore, deux pilules et une bière.

Cette fois, Bill Cosby en aurait donné le nom: du Quaalude, un médicament dont la molécule est le méthaqualone, prisé des hippies durant les années 60 pour son effet planant, qui plaçait les consommateurs dans un état de léthargie.

La suite ressemble aux témoignages précédents. La jeune femme perd conscience, puis s’éveille brièvement alors que le comédien pratique sur elle des attouchements, avant de sombrer de nouveau.

Quand elle reprend conscience, elle est nue sur un lit, aux côtés de Bill Cosby, nu également. Elle comprend, en observant des résidus, qu’elle a eu une relation sexuelle, mais n’en a aucun souvenir.

Longtemps, « j’ai trimbalé beaucoup de honte et de culpabilité, celle d’avoir fait quelque chose de mal », s’est-elle souvenue, plus de 35 ans après.

« Aujourd’hui », a-t-elle ajouté, « je sais que même si c’était un choix stupide, je n’ai rien fait de mal. »

« Je veux voir un violeur en série être condamné », avait lancé, mercredi matin, Heidi Thomas, au coeur de cette séquence très défavorable à Bill Cosby.

Le conseil de l’acteur, Tom Mesereau, a tenté de ralentir cet élan en insistant sur les problèmes d’addiction qu’a connus Janice Baker-Kinney, pour amoindrir le poids de son témoignage.

Mais la quinquagénaire a contre-attaqué, accusant notamment l’avocat de « transformer » ses déclarations.

Au total, plus de 60 femmes ont accusé Bill Cosby de les avoir agressées sexuellement sur plusieurs décennies. Tous les faits sont prescrits, à l’exception de ceux concernant Andrea Constand.

Face à cette contextualisation de l’accusation, la défense veut, elle, se concentrer sur Andrea Constand, comme elle l’a fait mardi, et fragiliser son témoignage en pointant quelques incohérences et en la dépeignant comme « un escroc », en quête d’un coup financier.

Si elle a bien touché 3,38 millions de dollars dans le cadre d’un accord amiable conclu avec Bill Cosby en 2006, Andrea Constand n’est pas à l’origine des poursuites qui visent aujourd’hui l’acteur de 80 ans.

C’est le procureur du comté de Montgomery, Kevin Steele, qui a inculpé, in extremis, le créateur du dessin animé « Fat Albert » en décembre 2015, à quelques jours de la prescription.

Avec AFP

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