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Vincent Aboubakar et le Cameroun sont complètement passés à côté de leurs qualifications
Vincent Aboubakar et le Cameroun sont complètement passés à côté de leurs qualifications

Éliminatoires Mondial 2018 : Cameroun, les dessous d’un échec

Champion d’Afrique 2017, le Cameroun ne participera pas à la Coupe du Monde 2018 en Russie, après des résultats décevants lors des qualifications, dans un groupe très relevé. Cette absence sonne comme un coup d’arrêt pour les Lions Indomptables.

Une rédemption éclaire. Coupable d’un réveil bien trop tardif face au Nigeria (1-1) en septembre dernier à Yaoundé, le Cameroun a été officiellement hors-course dans les qualifications au Mondial 2018 à l’issue de la quatrième journée. Un dénouement très cruel pour les Lions Indomptables qui souhaitaient faire perdurer leur retour au premier plan. Tombés dans un groupe relevé avec l’Algérie, également sortie prématurément, le Nigeria et la Zambie, les Camerounais d’Hugo Broos n’ont pas réussi à rééditer leurs exploits de la CAN 2017 pour décrocher leur billet pour la Russie. Avant ce nul contre les Super Eagles, le mois dernier, le Champion d’Afrique 2017 avaient sombré au Nigeria (4-0) et concédé deux matchs nuls face à la Zambie (1-1) et à l’Algérie (1-1).

Le sélectionneur belge s’est pourtant appuyé sur le groupe titré au Gabon en janvier 2017 pour atteindre l’objectif Russie 2018 avec comme joueurs majeurs Ondoa, Siani, Moukandjo, Bassogog et Aboubakar mais la barre était trop haute. Le contexte des qualifications pour un mondial est totalement différent que celui d’une phase finale d’une CAN. L’ancien international camerounais Bill Tchato, champion d’Afrique 2002, avait suivi de près ce groupe au Gabon durant la CAN 2017. « Sur du court terme, le coach a réussi à créer une bonne ambiance, un groupe solide parce qu’il n’y avait pas de stars dans cette équipe. J’ai côtoyé cette équipe au Gabon. Je voyais l’ambiance qui régnait dans cette équipe à l’hôtel et aux entraînements et au fil des matchs cette ambiance s’est solidifiée par des victoires ».

Un manque d’expérience

Attendus au tournant par les autres nations africaines après ce sacre continental, les Camerounais n’ont pas réussi à assumer leur nouveau statut et ont rencontré de nouvelles difficultés auxquelles ils n’ont pas su répondre. La digestion d’un titre n’est pas chose facile et les hommes d’Hugo Broos ont mal négocié ce moment. Mais ce n’est pas tout. Le niveau du groupe entre aussi en compte. Le programme concocté pour les Lions Indomptables était relevé, avec au menu deux anciens champions d’Afrique : la Zambie (2012) et le Nigeria (2013), mais également l’Algérie, une nation forte avec une génération de joueurs très talentueux. Face à autant d’obstacles, le Cameroun s’est accroché au début de sa campagne puis a explosé au Nigeria avec une large défaite (4-0) lors de la troisième journée. Bill Tchato estime lui que le Cameroun a manqué de talent et d’expérience.

« C’est décevant de voir une équipe qui gagne la CAN ne pas se qualifier ensuite pour la Coupe du Monde. Dans le groupe, on a rencontré des sélections très difficiles à jouer. J’aurais voulu que l’ambiance de la CAN 2017 continue durant la campagne de qualifications pour la Coupe du Monde 2018 en Russie ». Avant de poursuivre son explication : «  mais ce n’était pas la même situation. Pendant la CAN, c’était un groupe qui était ensemble pendant un mois et seulement une fois la compétition terminée chacun rentrait dans son club. C’est différent de revenir ou de rappeler d’autres personnes et de se retrouver sur une semaine pour disputer un match. Et puis, ils ont rencontré des équipes très solides et plus expérimentées. Notre sélection manque d’expérience et le Cameroun n’a plus de joueurs comme à l’époque. En 2002, on a gagné la CAN et on a fait la Coupe du Monde au Japon. Sur le papier, il y avait Eto’o, Mboma, Foé et Geremi Njitap. C’était du costaud ».

Un environnement instable

En dehors du terrain, le Cameroun a connu, avant et après son sacre à la CAN 2017, des problèmes avec sa Fédération, en proie à des difficultés de gouvernance depuis plusieurs années. En août dernier, la FIFA a décidé de mettre en place un comité de normalisation, étendu jusqu’au 28 février au plus tard, pour mettre fin au sujet de l’élection du président qui dure depuis deux ans. Avant l’intervention de l’instance internationale de football, l’affaire du Bruxelles Gate était sortie. Une histoire de fonds non-débloqués et de factures impayées. A titre d’exemple, la Fédération camerounaise n’avait pas réservé le billet retour d’Ambroise Oyongo en mars dernier, en marge d’un match amical face à la Guinée, disputé à Bruxelles. Il avait finalement pris un vol deux jours plus tard pour retrouver son club de l’Impact Montréal, en MLS. Sans compter que, quelques heures avant le match, l’hôtel dans lequel les joueurs résidaient avait refusé de leur servir le repas, en raison des impayés de la délégation. De multiples erreurs qui ont perturbé ce nouveau groupe. Bill Tchato regrette lui l’absence de leader pour gérer ce genre de péripéties.

« En principe, les joueurs ne devraient jamais avoir à s’occuper de ce qui passe en dehors du terrain, que ce soit à la fédération ou à la CAF. Les joueurs doivent rester concentrer sur le terrain. Il y a les journaux et l’affaire Bruxelles Gate. On est pas en Afrique, où on peut payer après. En Europe, il faut donner tout de suite le compte. Je pense qu’on a mal anticipé ça. C’est un truc qui aurait pu être éviter à mon avis et ça a empiété sur nos performances. Le coach a été obligé de gérer tout ça, au lieu de se concentrer sur l’effectif, la tactique. Donc ce n’était pas évident pour lui. On a du mal à anticiper les choses au Cameroun. Il y a un comité de normalisation qui a été mis en place et il faut remettre les choses à plat pour que le futur président puisse mener à bien sa mission pour le Cameroun. Vous savez, même en 2002, il y avait toujours ces problèmes mais ma génération avait cette force de passer outre. Nous aussi, on faisait des réunions pour les primes mais mentalement on était plus fort. Quand il y avait le match, on se disait tous « les gars, on a fait des revendications mais demain il y a match, là il y a le pays qui va jouer » et on mettait tous ces problèmes de côté, on se donnait pour le pays. Dans cette équipe, il y a un manque de leaders naturels. A notre époque, il y avait Patrick Mboma, Samuel Eto’o, Marc Vivien Foé, Geremi Njitap, tous ça c’est des capitaines ».

Une CAN 2019 à préparer

Après ses péripéties, le Cameroun s’était rendu en Russie pour disputer la Coupe des Confédérations, en tant que représentant africain.Trop limités, offensivement et défensivement, pour espérer briller dans cette compétition, les Lions Indomptables ont terminé dernier de leur groupe. Devancé par l’Allemagne, vainqueur de l’épreuve, le Chili et l’Australie, le Cameroun a montré le même visage lors de la suite de ses éliminatoires de la Coupe du Monde 2018. Une défense perméable et une attaque maladroite. Les Lions Indomptables, qui n’avaient plus manqué un Mondial depuis 2006, ne reverront donc pas la Russie l’été prochain. La prochaine échéance de la sélection sera donc la CAN 2019, à 24 équipes, disputée pour la première fois en été. Qui plus est, la compétition se déroulera au Cameroun. Les Lions Indomptables n’auront donc pas le droit à l’erreur selon Bill Tchato. « Je pense que c’est un mal pour un bien de ne pas être en Russie. L’objectif pour le Cameroun c’est la CAN 2019, qu’elle va organiser, et il y aura beaucoup plus d’attente que pour un participation à la Coupe du Monde, parce que cela fait longtemps que le pays n’a pas organisé une CAN. On doit être en minimum en finale ». Les Lions Indomptables doivent maintenant regarder devant.

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