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La sénatrice de Paris Leila Aïchi en avril 2015 à l'Assemblée nationale. © BERTRAND GUAY / AFP
La sénatrice de Paris Leila Aïchi en avril 2015 à l'Assemblée nationale. © BERTRAND GUAY / AFP

CHRONIQUE. Leila Aïchi et la République en marche face au piège algéro-marocain

Plaire à Alger sans déplaire à Rabat, ou inversement. Un piège bien difficile à contourner, comme l’illustre le bruit autour la candidature de Leila Aïchi.

Est-ce quasiment mission impossible pour un président français que de plaire autant à Rabat qu’à Alger ? Nicolas Sarkozy, François Hollande et leurs prédécesseurs l’ont appris à leurs dépens. Seul Jacques Chirac semble s’en être sorti. C’est maintenant au tour du président Emmanuel Macron de se confronter à cette équation compliquée.

L’entrée en matière s’est jouée avec le choix du candidat de La République en marche (REM), le parti du président Macron, aux législatives dans la 9e circonscription des Français de l’étranger. Et cela a commencé par un faux pas. La République en marche s’est en effet pris les pieds dans le tapis algéro-marocain sur fond d’affaire du Sahara en annonçant l’investiture de Leila Aïchi, sénatrice EELV ralliée au MoDem (Centre) de François Bayrou, née en France de parents algériens, dans la 9e circonscription (Maghreb et Afrique de l’Ouest) des Français de l’étranger. L’histoire n’aurait pu être qu’une simple tempête dans un verre d’eau… Pas au Maghreb, où les relations algéro-marocaines sont, une nouvelle fois, en crise.

Une erreur de casting…

C’est qu’à Rabat, ce choix a été rapidement vu comme une erreur de casting : Leila Aïchi y est considérée comme une « pro-Polisario ». Certes, les officiels marocains ne font aucun commentaire sur cette affaire strictement franco-française, mais la presse n’a pas laissé passer cette nomination « sulfureuse ». Le journal Al Ahdath Al Maghribia repris par le site d’information 360.ma, proche du pouvoir, rappelle que la sénatrice a tenu, en 2013, lors d’un colloque organisé au Sénat, à Paris, des propos en faveur des Sahraouis du Front Polisario. Leila Aïchi le dément dans un communiqué et rappelle qu’elle a toujours soutenu les positions de l’ONU en faveur d’un référendum d’autodétermination des populations du Sahara occidental. La France, ralliée aux positions marocaines depuis Jacques Chirac, soutient, elle, l’organisation d’un « référendum confirmatif », selon la formule employée par Hassan II, et une large autonomie des populations du Sahara. Emmanuel Macron ne s’est pas prononcé sur ce dossier empoisonné qui, pour entretenir une « guerre froide de basse intensité » depuis 1974 entre Rabat et Alger, n’est pas jugé prioritaire mais hautement explosif.

… réglée par un subtil effacement

Les deux amis de la France de sa rive sud viennent donc de le rappeler à la réalité. De quel côté va-t-il pencher ? La République en marche – manque d’expérience ? – n’avait, certes, pas imaginé qu’elle se jetait une grenade dégoupillée sous les pieds en faisant le choix de Leila Aïchi. Au Maroc, les résidents français membres du Comité Macron, remontés, annonçaient qu’ils se désolidarisaient de la candidature de la sénatrice franco-algérienne et lui choisissait même un candidat de remplacement, un des leurs, un Franco-Marocain… À Paris, le parti va se garder de les suivre. Néanmoins, le 19 mai, le nom de Leila Aïchi disparaît de la liste des candidats de REM pour les Français de l’étranger. Aucun candidat ne la remplace : REM ne présente donc personne aux législatives dans la 9e circonscription, qui rassemble pourtant 150 000 Français dispersés dans huit pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

Au Maroc, un soulagement

Au Maroc, certains pavoisent après l’annulation de l’investiture de Leila Aïchi, voulant y voir une indication sur l’excellence des futurs liens qui seront tissés entre Emmanuel Macron et le royaume. On y attend le nouveau président qui, lors de sa campagne électorale, a promis d’aller à Rabat pour sa première visite à un chef d’État africain, étant entendu que, samedi passé, son voyage au Mali avait pour objectif de rencontrer les militaires français de Barkane sur le terrain. Emmanuel Macron n’est donc pas passé par Bamako et son avion a atterri directement à Gao, au nord du pays, obtenant du président malien qu’il accepte de se déplacer, avec une bonne partie de son gouvernement, à Gao, pour le recevoir.

En Algérie, des interrogations

En Algérie, l’affaire Leila Aïchi a bien sûr été suivie de près. Là aussi, pas un mot des autorités, mais des débats dans la presse. Dans l’éternelle querelle entre les deux capitales dans laquelle la France est toujours censée prendre parti, certains notaient que REM avait aussi une candidate franco-marocaine « proche de Rabat », Amal Amelia Lakrafi, investie dans la 10e circonscription (Proche-Orient, Afrique de l’Est). D’autres s’interrogeaient dans la presse sur le fait que le président français comptait se rendre au Maroc (sous-entendu pas en Algérie) pour son premier voyage officiel, feignant d’oublier que le candidat Macron était allé à Alger, en février, rencontrer les autorités algériennes. Un voyage apprécié au cours duquel Abdelaziz Bouteflika a dit considérer Emmanuel Macron désormais comme « un ami de l’Algérie » et un président courageux, depuis ses déclarations sur des exactions françaises pendant la colonisation (et pas seulement pendant la guerre) qui pourraient être considérées comme des « crimes contre l’humanité ».

Les prémices d’une nouvelle relation ?

La droite française avait violemment protesté contre les propos du candidat Macron. Tandis que les officiels algériens voyaient, dans le voyage d’Emmanuel Macron, les prémices de nouvelles relations excellentes entre les deux pays. Aujourd’hui, même les déclarations du président Macron au Mali, que d’aucuns considèrent comme un reproche fait à l’Algérie qui ne ferait pas son travail pour contrer le terrorisme sur sa frontière sud, seraient considérées positivement à Alger.

Dans l’immédiat, ni Rabat ni Alger n’entendent critiquer le nouveau président. Combien de temps l’état de grâce maghrébin va-t-il durer ? Peut-on imaginer que, sur la rive sud, chacun comprenne que les temps ont changé et que la France de Macron n’a plus envie de servir de punching-ball entre les deux capitales. Rien n’est moins sûr.

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