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Cameroun: le brasseur camerounais,UCB, est-il une réelle menace pour le géant français BGI Castel?

Dans l’histoire récente de l’industrie brassicole camerounaise, nul ne se souvient d’un précédent médiatique de l’envergure du récent coup de boutoir du groupe français BGI Castel à l’endroit du brasseur camerounais UCB (Union Camerounaise des Brasseries).

Jean-Marc Soboth

Tout commence par un étrange article de presse intitulé « Le Nigérian Dangote a discrètement pris des parts dans le capital du brasseur camerounais UCB » publié fin juin 2017 par l’agence Ecofin, filiale de la genevoise Séquence Media, qui créa le journal « Les Afriques » avec l’appui d’investisseurs tels la française Proparco, le fonds ECP Investments…

La source du scoop n’est pas inconnue. Elle provient directement du rapport d’activités 2016 du leader du secteur, la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), filiale de la multinationale française BGI Castel, qui, à elle seule, contrôle pas moins de 74% des parts du marché camerounais – versus les 10% de parts de UCB.

Problème, l’information sur l’entrée dans le capital d’UCB du multimilliardaire nigérian né à Kano est fausse. L’initiative d’une peau de banane à UCB dans ce marché justement étouffé par des importations frauduleuses en provenance du Nigéria pourrait rarement être hasardeuse, surtout issue du rapport le plus crédible de l’échiquier.

« Cette information qui était destinée à un usage strictement interne à l’attention de nos actionnaires, a été relayée par la presse, écrit le directeur général de la SABC, M. Emmanuel de Tailly, contraint par UCB. Dans la mesure où nous ne sommes pas habilités et en mesure de confirmer cette information, nous présentons nos excuses aux concernés et au public (…) » C’est que, avant de faire l’objet d’un article de presse, ledit rapport était déjà disponible sur Internet et, manifestement, dans les cercles de décision. De plus, le démenti n’a convaincu qu’une partie du public. C’était prévisible.

Peau de banane

Les avocats d’UCB, Dieudonné Happi et Josette Kadji ont alors sommé la SABC à publier une mise au point plus explicite à « cette fausse information [qui] a imposé à la société UCB la création de plusieurs cellules de crise ». La SABC a obtempéré à nouveau, « candidement ».

Mais on demeure sans nouvelle des véritables mobiles, de la vraie origine de cette « erreur » monumentale ou des mesures récursoires internes chez le géant colonial.

L’explication de ce subit intérêt pour UCB se trouve peut-être dans l’économie du rapport d’activités visé.

Fin décembre 2016, la SABC affiche 4 840 200 hectolitres de ventes de bières hors exports, en baisse de 5,2% par rapport à 2015, face à une progression fulgurante de 31% à UCB avec un volume de 620 000 hectolitres. Ce n’est pas le seul segment en déclin chez le mastodonte français qui, compte tenu de la conjoncture, a dû priver ses actionnaires des derniers dividendes. À côté, l’autre concurrent, Guinness Cameroun, affiche 8% de progression. UCB est, donc, une réelle menace.

La petite brasserie camerounaise a le vent en poupe. C’est peu dire. Le nouveau management de UCB s’est, en effet, voulu audacieux en quelques années, et sa stratégie de modernisation s’est avérée payante. L’ancienne « bière des funérailles à l’Ouest » a acquis des lettres de noblesse.

Sa bière de 50 cl dénommée K44, originellement destinée à commémorer quatre décennies de labeur, se fait appeler désormais «Heinekein camerounaise » en référence à la marque allemande si prisée à Douala. Ceci, à l’insu même des dirigeants de UCB, obligés, quant à eux, de booster les capacités de production. La demande explose.

Son nouveau format 33cl « Kadji Beer » fait du chemin parmi les bières de qualité. Du coup, l’ancien petit poucet de l’industrie brassicole a quelque mal à sa popularité.

Habituée à tuer les concurrents

Habituée à tuer en plein envol les concurrents – dont, en l’occurrence, International Brasseries du groupe Fotso en 1991 et « l’allemande » SIAC Isenbeck en 2008 -, le brasseur français BGI a peut-être vu venir le danger de loin, et serait tentée d’anticiper une réduction future de ses parts léonines.

Pour l’instant, la « fausse nouvelle » n’a eu pour effet que d’attirer l’attention, « positivement », sur la petite brasserie qui rappelle à qui veut l’entendre qu’elle demeure à « 100% camerounais ».

Le message est plus que signifiant pour qui connaît l’histoire du groupe français BGI rachetée par Castel en 1990. La présence de l’ancienne Brasserie et Glacière d’Indochine est directement liée à la répression sauvage du nationalisme camerounais. À l’instar des autres firmes françaises en Afrique des ex-colonies, le brasseur est largement favorisé par la politique de crédit de la zone franc Cfa qui, le rappelle souvent l’économiste ivoirien Nicolas Agbohou, n’existe que pour la permanence du business français au détriment des Africains.

Le groupe BGI déménagea du Vietnam vers le Cameroun en 1948 en même temps que l’équipée armée française accusée, par les historiens, d’avoir perpétré un génocide au pays après que la France eut perdu sa guerre coloniale contre le Vietcong.

 

Source: Jean Marc Soboth/ le titre est de la rédaction de Diaf-tv

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