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Sur le terminal géré par le groupe Bolloré à Conakry, en Guinée, en 2011. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA
Sur le terminal géré par le groupe Bolloré à Conakry, en Guinée, en 2011. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

Affaire Bolloré : en Afrique, le groupe français est confronté à 7 litiges portuaires en cour

Les concessions portuaires accordées au groupe Bolloré à Lomé et Conakry sont actuellement au centre de « l’affaire Bolloré », ouverte avec la mise en examen pour « corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique » de l’homme d’affaires français Vincent Bolloré, le 25 avril. Tour d’horizon des ports du continent où le groupe est présent.

Ses premiers succès sur le continent dans le secteur portuaire, Vincent Bolloré les remporte en 2004, à Douala et Abidjan. En quelques années, le groupe français a étendu son empire du Gabon au Cameroun en passant par la Guinée. Très vite, également, les premiers litiges et affaires judiciaires ont émergé. Tour d’horizon des ports africains de Bolloré.

• Conakry (Guinée)

En 2008, Necotrans remporte la concession du port de Conakry pour une durée de 25 ans. En 2011, le contrat est dénoncé par décret présidentiel et l’entreprise est chassée par l’armée, trois mois après l’élection d’Alpha Condé. S’ensuit une longue saga judiciaire devant les cours arbitrales (CCJA, Cirdi) et la justice française.

En octobre 2013, le tribunal de commerce de Nanterre condamne le groupe Bolloré à verser 2,1 millions d’euros à Necotrans au titre des « investissements effectivement réalisés » et qui « ont bénéficié au nouveau concessionnaire », suite à une plainte de Necotrans.

En mai 2014, la CCJA condamne la Guinée à payer plus de 38 millions d’euros à Necotrans, avant que la décision ne soit finalement annulée sur un point de droit. En septembre 2016, le Cirdi juge également irrégulière la résiliation par la Guinée de la concession accordée à Necotrans. En novembre 2016, Necotrans accepte de mettre un terme définitif à son différend avec son concurrent.

La mise en examen de Vincent Bolloré par les juges français le 25 avril dernier pour des soupçons de « corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique », « abus de biens sociaux » et « abus de confiance » dans l’attribution à son groupe des concessions portuaires de Conakry et de Lomé, relance la controverse.

• Lomé (Togo)

En 2001, Progosa – groupe franco-espagnol basé à Séville, dont le président et fondateur est Jacques Dupuydauby, un ancien associé de Vincent Bolloré – obtient des contrats de manutention sur le port de Lomé.

En 2009, la société est brusquement écartée par les autorités togolaises au profit de Bolloré Africa Logistics (BAL) qui obtient la gestion pour 35 ans du terminal à conteneurs de Lomé (Togo Terminal). En mai de la même année, Jacques Dupuydauby quitte le Togo, où il craint une incarcération, pour la France.

Le 7 septembre 2011, le tribunal de Lomé le condamne à 20 ans de prison et 31 milliards de FCFA d’amende pour des faits de fraude fiscale, de complicité de fraude et d’escroquerie. En Espagne, en mai 2016, après dix années de procédure, la Cour suprême confirme une décision du tribunal de Séville qui condamnait Jacques Dupuydauby à 3 ans et 9 mois de prison ferme, ainsi qu’à 10 millions d’euros de dommages et intérêts au profit du groupe Bolloré.

La mise en examen de Vincent Bolloré par les juges français, le 25 avril, relance la bataille entre Bolloré et Dupuydauby. Ce dernier, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen lancé par la justice espagnole, est actuellement à Paris. « La mise en examen de M. Bolloré rebat les cartes, notamment concernant la procédure en Espagne », déclarait à Jeune Afrique Me William Bourdon, son avocat, au lendemain de la mise en examen de Vincent Bolloré.

• Douala (Cameroun)

Vincent Bolloré a fait l’objet en 2008 d’une plainte pour favoritisme, déposée auprès de la justice camerounaise par Jacques Dupuydauby, le patron de Progosa. La mise en concession du terminal à conteneurs a provoqué une grave controverse dès la connaissance des résultats en 2004, qui a entraîné l’arrestation de plusieurs responsables du port.

L’affaire s’est ensuite perdue dans les méandres judiciaires. Signe d’une certaine défiance, la direction portuaire a lancé début 2018 la renégociation de la concession. Deux ans avant la fin de l’actuel contrat.

• Kribi (Cameroun)

Surprise, après avoir remporté un premier appel d’offres lancé en 2008 sur le futur terminal à conteneurs, le groupe Bolloré est débouté en 2014 et une nouvelle procédure est enclenchée, dans laquelle l’opérateur disparaît dès le premier tour.

Il sera repêché, quelques jours après une visite éclair du président français François Hollande à Yaoundé, et remporte même la mise fin 2015, en s’associant à la CMA-CGM.

• Owendo (Gabon)

Opérateur exclusif depuis 2007 pour une durée de 20 ans, Bolloré Africa Logistics (BAL) a la mauvaise surprise de voir débarquer sur le terminal une filiale du Singapourien Olam, en 2014, pour cause de non-respect de ses engagements financiers.

Le groupe français attaque le gouvernement gabonais, avant qu’un accord ne soit trouvé en septembre 2017, pour un partage des activités de manutention sur le New Owendo International Port (NOIP).

• Abidjan (Côte d’Ivoire)

En 2013, le port autonome d’Abidjan confie à BAL son second terminal à conteneurs, pourtant prévu pour ouvrir le port à la concurrence. La simple présence du groupe, déjà opérateur du TC1 depuis 2004, exaspère sur les quais.

Sa victoire finale, après avoir été repêché de justesse au premier tour, provoquera de nouvelles accusations à son encontre, nourries par les déclarations de Jean-Louis Billon, alors ministre du Commerce, qui remet publiquement en cause ce choix, sous-entendant même des malversations lors de l’attribution du TC1, passée de gré à gré entre Vincent Bolloré et Laurent Gbagbo, alors président de la Côte d’Ivoire.

• Dakar (Sénégal)

Après plus de 80 années de présence sur les quais sénégalais, BAL perd la concession, contre toute attente, lors de l’appel d’offres de 2007. Vincent Bolloré fait pourtant jouer tous ses réseaux, pour convaincre les autorités sénégalaises qui, au final, optent quand même pour l’émirati DP World.

Une décision qui va longtemps envenimer les rapports entre le pays et le groupe Bolloré, alors que Karim Wade est un temps soupçonné d’avoir touché des pots-de-vin de la part des Dubaïotes. Il faut attendre 2013, pour voir les relations se réchauffer, suite à la victoire de BAL dans l’appel d’offres concernant le terminal roulier du port de Dakar.

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