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ADDIS-ABEBA : l’UNION AFRICAINE SAISIT LA NECESSITE DE SOUTENIR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE SUR SON CONTINENT

Contrairement aux questions liées à la gestion des crises internes, notamment celle du Burundi, de la Libye, du Soudan ; ou régionales telle la vague terroriste dans le Sahel et la Corne de l’Afrique et la crise des migrants de la Méditerranée, la stratégie du développement technologique et scientifique de l’Afrique n’a fait la une d’aucun journal présent fin janvier-début février 2016 à Addis-Abeba (Ethiopie), siège de l’Union africaine (UA), où se tenait la 26ème assemblée générale des chefs d’Etats et de gouvernements de cette organisation.
 
Cette question, pourtant fondamentale dans la stratégie de tout peuple en vue d’un développement véritable et durable, n’a pas eu de retentissement autant qu’aurait eu par exemple la remise d’un trophée de meilleur joueur de football du continent !
 
Juste une image pour montrer comment il est essentiel que les questions du droit à l’éducation soient prises en main par les journalistes et analystes africains.
 
D’autant plus que cette année 2016 est justement baptisée « année africaine des droits de l’homme« , thème de ce sommet, avec un accent particulier sur les droits des femmes.
 

“Pour réaliser les aspirations des citoyens africains et les attentes globales, l’Agenda 2063 de l’UA accorde une place de choix à l’éducation, la science et la technologie”

Nkosazana Dlamini Zuma
Commission de l’Union africaine

  
Et pourtant, à l’occasion de ce 26ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation continentale, la consécration de deux universitaires ayant remporté le concours africain du meilleur projet de recherche était l’une des manifestations symboliques, voire la manifestation la plus significative de la nouvelle orientation stratégique de l’organisation continentale vers des objectifs plus concrets tels que contenus dans son document stratégique cadre, le bien nommé « Agenda 2063 ».
 
Une consécration qui a coïncidé avec l’adoption de la stratégie continentale de l’éducation pour les dix prochaines années.
 
Et comment donc ! Nouvellement élu par ses pairs pour un mandat d’un an, comme président en exercice de l’UA, en remplacement de Robert Mugabe, le chef de l’Etat tchadien, Idriss Deby Itno, qui a affirmé sa volonté de placer son mandat sous le signe de « moins de parlote, plus d’actions concrètes », ne pouvait pas mieux entamer son mandat de 12 mois.
 
Conjointement avec Nkosazana Dlamini Zuma, la présidente de la Commission de l’UA et architecte de cette nouvelle orientation, le président en exercice 2016 a présidé la cérémonie de remise de leurs chèques aux deux vainqueurs du « Prix continental scientifique Kwame Nkrumah ».
 
En présence de chefs d’Etats et de gouvernements, ainsi que de chefs de délégations et d’invités de la Commission africaine, les professeurs sud-africain Nyokong Tebello et nigérian Opara Linus Umezurike, ont reçu chacun un chèque d’une valeur de 100 000 dollars.
 
Prenant la parole au nom des deux récipiendaires, la sud-africaine Nyokong Tebello a exprimé l’optimisme des chercheurs africains en vue de réaliser, grâce à de telles initiatives, des progrès importants afin de trouver des solutions authentiques et solides aux problèmes africains dans les prochaines décennies.
 
Elle a appelé les Etats à investir davantage de ressources dans le domaine de la recherche scientifique ainsi que dans celui de la coopération entre les chercheurs africains afin d’optimiser pour les Africains l’immense potentiel continental.
 
Présentant cette initiative conjointement financée par l’UA et ses partenaires au développement, notamment l’Union européenne, le Commissaire aux Ressources humaines, la science et la technologie, le Congolais Martial De Paul Ikounga, a indiqué que « le prix continental Kwame Nkrumah, est organisé à trois niveaux, -national, sous-régional et continental- dans l’objectif d’honorer les hommes et femmes africains qui se sont distingués par leur contribution au développement africain au travers de leurs travaux sur le terrain de la recherche et de la formation ».
 

Productivité économique et outils scientifiques

 
Pour sa part, la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, a souligné le fait que l’Afrique dispose d’abondantes ressources humaines et naturelles qui, stratégiquement mobilisées, contribueraient de manière décisive à son propre développement.
 
Elle a clairement fait le lien entre la productivité économique et la maîtrise des outils scientifiques et technologiques par les travailleurs africains.
 
A l’attention des chefs d’Etats et de gouvernements, ainsi que des délégations ministérielles et autres observateurs notamment des leaders de la société civile et des médias présents à cette assemblée générale annuelle, la présidente de la Commission de l’UA a rappelé que « pour réaliser les aspirations des citoyens africains et les attentes globales, l’Agenda 2063 de l’UA accorde une place de choix à l’éducation, la science et la technologie ».
 
Ce sont en effet, de l’avis de tous, des facteurs essentiels pour réaliser les impératifs de développement national, régional et continental en Afrique.
 
Est-ce pour matérialiser leur prise de conscience par rapport à cette nécessité cardinale pour le continent de replacer l’éducation de qualité au cœur de ses objectifs que les chefs d’Etats et de gouvernements ont, à l’occasion de ce 26ème sommet, adopté lors de leur huis-clos, la toute première stratégie continentale africaine pour l’éducation pour la prochaine décennie (CESA 2016-2025) ? On peut légitimement le penser.
 
Certes le CESA 2016 – 2025 (tiré de l’intitulé en anglais Continental Education Starategy for Africa for 2016 – 2025) qui vise à moyen terme « à créer un nouveau type de citoyens africains »- devait manifestement, comme dans ce type de grand’messe, être dans les coulisses depuis quelques années, notamment au niveau de l’élaboration technique et des négociations diplomatiques…
 
Mais son adoption formelle au cours de ce sommet, moins de six moins après la dernière assemblée générale de l’ONU ayant acté l’échec des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour la plupart des pays du continent, répond au point N°4 des objectifs de développement durables (ODD) des Nations unies, adoptés en septembre 2015 et apparaît dès lors comme un engagement prioritaire pour les Etats du continent.
 

Objectifs stratégiques

 
Selon le document de présentation, le CESA 16-25 qui est assis sur six principes et sept piliers vise ainsi à réaliser, à l’orée 2025, les 12 objectifs stratégiques suivants :
1-      Revitaliser la profession d’enseignant afin d’assurer une qualité élevée de l’éducation à tous les niveaux ;
2-      Aménager, réhabiliter et soutenir des infrastructures de l’éducation et développer des politiques assurant un environnement éducatif moins stressant et pratique pour tous afin d’étendre l’accès à une éducation de qualité aussi bien aux niveaux formels qu’informels ;
3-      Renforcer les capacités en technologies de l’information (TIC) afin d’améliorer l’accès, la qualité et la gestion de l’éducation et des systèmes d’apprentissage ;
4-      Assurer l’acquisition des connaissances nécessaires et des outils de même qu’améliorer le taux de succès à tous les niveaux et groupes à travers l’harmonisation des processus à tous les niveaux en vue de l’intégration nationale et régionale ;
5-      Accélérer les processus conduisant à l’égalité de genre et la parité ;
6-      Lancer les programmes littéraires compréhensifs et effectifs en vue d’éradiquer l’analphabétisme sur le continent ;
7-      Renforcer les curriculums en sciences et mathématiques dans la formation des jeunes et disséminer la connaissance scientifiques et la culture dans la société ;
8-      Répandre les opportunités de stages aussi bien dans les secteurs secondaires que tertiaires et renforcer les liens entre le monde du travail et les systèmes d’éducation et d’apprentissage ;
9-      Revitaliser et étendre l’éducation supérieure, la recherche et l’innovation afin d’adresser les défis continentaux et promouvoir la compétitivité globale ;
10-   Promouvoir l’éducation à la paix, à la prévention et à la résolution des conflits à tous les niveaux de l’éducation et pour tous les groupes d’âge ;
11-   Améliorer la gestion du système d’éducation de même que construire et développer les capacités pour la collecte, la gestion, l’analyse, la communication et l’utilisation des données ;
12-   Mettre en place une coalition des acteurs en vue de faciliter et soutenir les activités résultant de l’implémentation de CESA 16-25.
 

Ressources propres du continent

 
Dans la foulée de l’adoption de cette stratégie par leur assemblée générale, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UA ont appelé les Etats membres, les communautés régionales, les partenaires au développement, le secteur privé ainsi que le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) à travailler, en coordination avec la Commission de l’UA, afin de s’approprier et populariser cette stratégie inédite.
 
L’idée étant que contrairement à de nombreux autres projets africains, qu’on n’en reste pas au simple stade théorique mais que sa mise en œuvre soit concrète, en droite ligne de l’appel du nouveau président en exercice à sa prise de fonction.
 
A ce propos, le premier défi que doivent surmonter les Etats africains est de prioriser la mobilisation et la bonne gestion des ressources et capacités propres du continent.
 
En prennent-ils la voie lorsqu’à peine le document adopté, les chefs d’Etats et de gouvernements demandent à la Commission de l’UA de se mettre en collaboration avec l’UNESCO en vue de la mise en œuvre du processus d’harmonisation de l’éducation en Afrique ?
 
Certes, comme le soutenait le commissaire en charge des ressources, de la science et de la technologie face à la presse « il n’y a pas de langue spécialisée pour acquérir la science ; mais des techniques et des efforts qui sont des valeurs universelles ».
 
Mais ne faut-il pas commencer à montrer sa propre détermination à réussir ses propres objectifs avant d’en appeler aux partenaires au développement ?
 
Tel est, manifestement, l’un des paradigmes qu’il faudra prioritairement changer au niveau de l’élite gouvernante.
 
 
Alex Gustave Azébazé est un journaliste basé à Douala au Cameroun. Après avoir travaillé pendant plus de 12 ans pour le journal Le Messager, il exerce actuellement comme freelance.

Source:scidev.net/le Titre est de la rédaction de Diaf-tv

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